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L'évolution.

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nnikkolass
Silentio
ksinok
7 participants

descriptionL'évolution. - Page 3 EmptyRe: L'évolution.

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J'ai l'impression que vous devriez apprécier Antonio Damasio, notamment dans son livre l'Erreur de Descartes ou il émet l'hypothèse des marqueurs somatiques (qui est proche du courant évolutionniste, d'ailleurs vous remarquerez les nombreuses allusions que fait Damasio à Darwin) et qui traite de la complexité des réseaux neuronaux, de leurs connexions et de la manière dont ils s'articulent pour former des modules spécialisés (notamment le cortex préfrontal ou siégerait une partie de l'origine de nos modules d'émotions).

Je ne connais pas l'ouvrage que vous citez, mais il semble qu'il est dans la lignée de Daniel Dennett quand il prétend que "le conscient n'existe pas". Ce qui pose clairement la question du "libre arbitre"...

Quant à la question du discours biologique réductionniste ou non, il me semble que chacun pourra se former une opinion en fonction des éléments qu'il connaît ; pour ma part, il me semble indéniable que nous sommes constitués de matière vivante, biologique... mais il me semble tout aussi important de ne pas nier l'importance des interactions avec l’environnement, du culturel : pour résumer je dirais que nous avons des prédispositions génétiques qui vont s'activer ou pas en fonction du besoin de "survie" ou d'adaptation (c'est le cas d'une émotion qui se transforme en sentiment au contact d'une expérience vécue afin de servir au mieux le processus de mise en action ou de décision, on peut y voire un lien avec l'hypothèse des marqueurs somatiques).

Sur le fait de vulgariser, il pourrait y avoir aussi un débat contradictoire d'idées, personnellement, j'ai l'impression que dans le monde d'aujourd'hui où l'on cours après le temps, il est difficile de sensibiliser les "gens" à la culture, pour cela il me semble que la vulgarisation peut susciter un intérêt et amener des personnes à vouloir approfondir. J'ai l'impression que peu de personnes se rendent compte du véritable danger du créationnisme et c'est sans doute aussi pour cela que des personnalités comme Pinker prennent des positions radicales (réductionnisme). Mais malgré leur radicalité elles sont passionnantes et s'appuient toujours sur un fondement théorique : Pinker dans son ouvrage, Comprendre la nature humaine, fait tout un historique des théories de "la page blanche" en partant de Locke en passant par Hobbes, Descartes, Rousseau, etc... Il s’appuie sur une connaissance générale des sciences, de la philosophie pour émettre ses théories, ses positions ne reposent donc pas sur la fondation d'un mythe comme de nombreuses religions mais bien sur une observation scientifique de la nature humaine... Certains préfèrent ne pas s'interroger sur le mystère de la nature humaine et s'en remette à la religion pour expliquer le mystère de l'homme et d'autres pensent que l'on peut toujours chercher à comprendre certains de ces mystères à travers une méthode d'investigation ou d'enquête.

descriptionL'évolution. - Page 3 EmptyL'évolution.

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Bien que je n'aie pas (encore) lu les livres de Damasio, c'est vrai que je suis d'accord avec ses propos.

L'auteur Pinker dont vous me parlez, est-ce bien Steven Pinker dont j'ignorais tout ? Je viens de faire une petite recherche de littérature et j'en ressors un article que vous connaissez peut-être, où il développe l'idée d'une co-évolution de l'homme, de son caractère social, de son raisonnement abstrait et du langage qui aurait visé à combler une niche écologique particulière caractérisée par les facultés cognitives : « The cognitive niche: Coevolution of intelligence, sociality, and language ».  

Je suis bien sûr d'accord avec lui en général. Pinker, en parlant de "co-evolution", d'"émergence", etc., désigne clairement un processus complexe et ne tombe pas dans les travers dont j'ai évoqué la possibilité. Je relève qu'il considère toutefois "non-important" à son niveau d'analyse qu'on parle de l'évolution d'un gène ou d'un réseau de gènes. 

L'auteur Kim que j'avais mentionné, est à un niveau plus abstrait, mais il faudra que je lise d'autres articles de Pinker pour comparer. 

Au sujet des religions, ce me semble un autre sujet fascinant. Alors que tout me pousse à être totalement d'accord avec votre opinion sur le sujet, j'essaie normalement de me modérer. Il faut se rappeler que les fondements de la science ne sont pas si nettement définis et que nous sommes certains de ne jamais atteindre de vérité absolue par ce moyen.

Certains "croyants" considèrent que c'est là la faiblesse de la science, alors qu'eux grâce à leur capacité à savoir accepter une vérité révélée ont par elle accès à l'Absolu. Ils sont d'accord avec nous que leur foi ne peut être prouvée logiquement de manière absolue, mais ils considèrent qu'elle peut être prouvée rationnellement et empiriquement à un niveau juste suffisamment bon pour qu'ils acceptent de croire. C'est à rapprocher de l'épistémologie des sciences : une théorie ne sera jamais prouvée de façon absolue et on s'appuie sur des observations et des expériences. Et en matière de foi, ces observations sont de l'ordre de la vérité empirique constatée dans le Livre. Le Livre leur parle de vérités qu'ils observent autour d'eux. Ce serait pour eux une pathologie de la raison qui s'égare que de s'engager dans des raisonnements purement logiques qui coupent les cheveux en quatre pour, sur cette base, refuser de reconnaître cette vérité qu'ils observent.
Le plus rationnel pour eux est aussi d'accepter de croire ne serait-ce que pour des raisons pratiques : une question de vie ou de mort en dépend. Si pour eux, il n'existe qu'une maigre chance qu'un Dieu sauveur n'existe pas, le risque n'en vaut pas la peine : c'est le pari de Pascal. J'ai appris cela par des discussions avec des croyants. Leur mode de pensée relativise la toute-puissance des sciences qui deviennent elles-mêmes un mythe.

Inversement, un point intéressant est que les sciences naturelles sont aujourd'hui en train de "grignoter" une partie de la métaphysique et de la philosophie. Par exemple, dans l'antiquité, le mouvement des astres était de l'ordre de la philosophie. La "physique" entière faisait partie de la philosophie. Il y a à peine plus d'un siècle, on pouvait encore défendre le vitalisme, ce qui n'est plus possible aujourd'hui. La physique est sur le point de savoir reproduire la vie. Pour l'explication de l'esprit, de nombreuses thèses s'affrontent aujourd'hui mais plusieurs cherchent à en rendre compte en le considérant comme objet "naturel". Parallèlement, "certains auteurs" ont introduit l'idée de naturalisation de la morale, de l'épistémologie, etc.

descriptionL'évolution. - Page 3 EmptyRe: L'évolution.

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Badak a écrit:
Je ne veux pas nier l'importance du biologique bien sûr, mais il faut quand même rappeler que l'animalité de l'homme est médiatisée par sa culture. C'est-à-dire que si nos comportements ont ultimement une origine biologique (qui ne se réduit pas qu'au génétique non plus), ceux-ci sont altérés par les cultures humaines qui leurs donnent un sens.


On retrouve, dans ce que vous dites ici, la thèse d'Henri Atlan, Entre le cristal et la fumée. Essai sur l'organisation du vivant (1979) :
L'idée est communément admise, aujourd'hui, que l'évolution biologique dans l'espèce humaine s'est considérablement ralentie et a été relayée par une évolution culturelle. Les courbes d'augmentation du volume du crâne superposées par A. Leroi-Gourhan à celles d'évolution des techniques en sont une spectaculaire illustration. Mais la question se pose alors de la possibilité d'un feedback de facteurs culturels sur les mécanismes de l'évolution biologique.
Cette idée n'est d'ailleurs pas neuve. L'idée que la culture modifie le patrimoine génétique remonte au moins à Lamarck, reprise plus récemment par Lyssenko avec le succès que l'on connaît. Autrement dit, elle a subi dans la biologie moderne le sort du lamarckisme définitivement condamné dès lors que l'hérédité des caractères acquis eut été définitivement rejetée comme l'hérésie génétique par excellence. Comment en effet des facteurs culturels, donc nécessairement acquis, pourraient-ils s'inscrire dans le patrimoine génétique jusqu'à devenir héréditaires ? Pourtant, en ce qui concerne les premières étapes de l'hominisation, le rôle dynamique d'un tel feedback a été longuement analysé par des chercheurs comme A. Leroi-Gourhan, S. Moscovici, E. Morin. Là, des phénomènes socioculturels tels que l'invention de la chasse collective ont pu être à l'origine de changements d'environnements à la fois naturels, sortie de la forêt vers la savane, et sociaux, qui ont pu provoquer des changements qualitatifs dans les pressions de sélection, à l'origine d'une orientation nouvelle de l'évolution biologique, ayant conduit finalement à l'Homo sapiens Neanderthalis adapté à ce nouvel environnement.
Autrement dit, sans remettre en cause la non-hérédité des caractères acquis, et de façon non contradictoire avec les schémas actuels des théories néo-darwiniennes, on peut imaginer comment, au niveau de la distribution des gènes dans les populations, et non, bien sûr, de génomes d'individus, des facteurs socioculturels peuvent modifier le patrimoine génétique en créant de nouveaux environnements sources de pressions de sélection nouvelles. S'il n'y a pas hérédité des caractères acquis au niveau des individus, tout se passe comme s'il y en avait une, indirectement et statistiquement, au niveau des populations, par l'intermédiaire de modifications de fréquences de gènes.


Badak a écrit:
Au sujet des religions, ce me semble un autre sujet fascinant. Alors que tout me pousse à être totalement d'accord avec votre opinion sur le sujet, j'essaie normalement de me modérer. Il faut se rappeler que les fondements de la science ne sont pas si nettement définis et que nous sommes certains de ne jamais atteindre de vérité absolue par ce moyen.

Certains "croyants" considèrent que c'est là la faiblesse de la science, alors qu'eux grâce à leur capacité à savoir accepter une vérité révélée ont par elle accès à l'Absolu. Ils sont d'accord avec nous que leur foi ne peut être prouvée logiquement de manière absolue, mais ils considèrent qu'elle peut être prouvée rationnellement et empiriquement à un niveau juste suffisamment bon pour qu'ils acceptent de croire. C'est à rapprocher de l'épistémologie des sciences : une théorie ne sera jamais prouvée de façon absolue et on s'appuie sur des observations et des expériences. Et en matière de foi, ces observations sont de l'ordre de la vérité empirique constatée dans le Livre. Le Livre leur parle de vérités qu'ils observent autour d'eux. Ce serait pour eux une pathologie de la raison qui s'égare que de s'engager dans des raisonnements purement logiques qui coupent les cheveux en quatre pour, sur cette base, refuser de reconnaître cette vérité qu'ils observent.

Ici encore, on retrouve dans vos propos la position de Spinoza dans son Traité théologico-politique, chap XV.
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