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Parménide et la découverte du fait d'être.

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"Le pluriel du participe est utilisé. "Etant", en grec, c'est "on" [omicron-nu] tout simplement mais c'est "onta" au pluriel [omicron-nu-teta-alpha]. "Onta" ce sont les étants. En grec on utilise un neutre pluriel. Il y a aussi un participe masculin, un participe féminin près du participe neutre. Pour dire "les hommes qui existent" il y avait une forme, "les femmes qui existent" une autre forme. Mais quand on dit "onta" on parle des choses qui existent. C'est un pluriel neutre qui fait appel, allusion à quelque chose de général. C'est le sens générique. Le sens du mot "onta" (non pas la traduction qui est : "étants") ce sont les choses concrètes ou abstraites, les choses matérielles ou spirituelles. On rajoute un article neutre, "ta", qui n'est ni masculin ni féminin. "ta onta" : les chose qui existent, "les étants".
Dès que la philosophie commence à regarder les choses, elle regarde "ta onta". Le premier philosophe pose le regard sur les choses et il se pose des questions sur les choses, est-ce que toutes les choses sont semblables ? Toutes les questions posées par les premiers philosophes concernent "ta onta". Déjà en grec dire les choses cela veut dire les étants. Que sont "les étants" ? Est ce qu'il y a "des étants" privilégiés ? Quelle est l'origine des "étants" ?

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"Pour nous c'est un mot ["étant"] qui fait partie du vocabulaire des initiés, mais pour un grec c'est une notion tout à fait banale. Et l'on pose la question au pluriel parce que le philosophe s'intéresse à la totalité, à toutes choses, et non à une chose.
Nous trouvons cette formule "ta onta" dans les tous premiers textes philosophiques parvenus jusqu'à nous. Dans les trois lignes qu'il nous reste d'Anaximandre, au début du VI siècle (avant JC), il y a déjà cette expression "ta onta".
[Lorsque Anaximandre parle de "ta onta" il parle de tout : les dieux, les animaux, les étoiles. Il parle d'une source de tout "étant" puis retour à cette source après un cycle dans le temps. Tant que les choses se trouvent en leur devenir, elles se font injustice les unes par rapport aux autres. Elles doivent payer cette injustice en revenant à l'origine].
Il y a aussi un participe passé et un participe futur du verbe être. Mais pourquoi les philosophes n'ont utilisé que le participe présent ? Parce que les philosophes parlent des choses présentes. Ce qui s'est passé n'existe plus, ce qui se passera n'existe pas encore. Donc "ta onta" ce sont les choses présentes et envisagées sans aucune nuance temporelle. On pourrait parler d'un présent éternel. Quand un philosophe parle de "ta onta" il parle de quelque chose qui était, qui est et qui sera. Le présent était présent hier, il est présent aujourd'hui, il sera présent demain. On appelle cela le présent philosophique. C'est en ce sens que "ta onta" est un participe présent.

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"Ta onta" fait allusion à la totalité des choses. Pourtant quelques années après le début de la philosophie il y a des philosophes qui commencent à utiliser le mot "physis" pour faire aussi allusion à la totalité des choses. La "physis" c'est la nature et la nature est aussi constituée par la totalité des choses. C'est le cas d'Héraclite qui le premier utilise le mot "physis". Mais le mot  "physis" est un singulier, ce n'est pas un mot pluriel comme "ta onta". C'est toutefois un faux singulier car c'est un singulier générique. Ce que Héraclite dit à propos de la nature est valable pour toute chose qui se trouve dans la nature. Lorsque Héraclite dit qu'il faut écouter la "physis", la "physis" c'est la tension des forces opposées. Ces tensions se trouvent en chaque chose, mais aussi dans l'ensemble des choses. Déjà le passage d'un pluriel au singulier c'est un bond en avant considérable pour la philosophie. La philosophie vient de trouver un sujet singulier. Ce sujet singulier chez Parménide ce sera l'être. Ainsi avant d'arriver à l'être il faut commencer par la langue, par le pluriel des "étants" et ainsi on arrive à l'être".

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"Ce qui nous intéresse maintenant c'est l'originalité de Parménide qui a essayé de ressortir tout ce qui est présupposé dans cette formule "ta onta". Que voulons-nous dire quand nous disons "ta onta" ? "Nous" ici désigne les philosophes antérieurs à Parménide. Et pour la première fois Parménide décide d'utiliser le singulier. Au lieu de parler de "ta onta" il va parler de "to on" [on, omicron, nu, est le participe présent singulier neutre du verbe être]. Comme dans le cas de "physis" le singulier "to on" est un faux singulier qui veut dire quelque chose. Etant donné que toutes les choses partagent quelque chose, au lieu de parler des choses Parménide va parler de l'étant. L'étant c'est ce qu'il y a de commun dans toutes les choses. Ainsi l'anthropologue va parler de l'homme mais lorsqu'il parle de l'homme, qui est singulier, il étudie ce qui est commun à tous les hommes. C'est l'unité générique qui embrasse une multiplicité. Et parce qu'il s'agit d'une unité il faut l'écrire au singulier. Voilà la fameuse unité parménidienne. C'est l'unité d'une notion qu'il trouve dans tous les étants.
Au lieu d'étudier un étant + un étant  + un étant, il étudie ce qu'il y a dans tous les étants. Et ce qu'il y a dans tous les étants c'est de l'être. S'il y a des étants, s'il y a des choses préexistantes, c'est qu'il y a de l'être. S'il n' y avait pas de l'être il n' y aurait pas les étants. Cela nous semble d'une banalité totale et c'est cela la philosophie de Parménide. S'il y a des étants c'est parce qu'il y a de l'être. Et c'est à ce moment-là que la philosophie est née".

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"Ce que Parménide fera va consister à découvrir le fait d'être qui se trouve dans les étants, le fait d'être qu'il y a dans tous les étants. Pour Parménide il faudrait découvrir quel est l'être qui se trouve à l’intérieur de tous les étants. Ce qui est intéressant  c'est la manière parménidienne de nous introduire dans cette problématique. Parménide a écrit un poème, ce qui suppose qu'il veut privilégier un côté didactique, il veut toucher les gens. Parménide fait un effort pour entrer à l’intérieur d'un disciple. Au lieu de partir  de la notion de "to on" de l'étant, il arrive à cette notion après un long chemin. Dans les trois pages de son poème il fait un parcours gigantesque. Quel est le point de départ du schéma  parménidien ? Il exprime la philosophie par un long chemin à parcourir. Le point de départ de Parménide est tout simplement la troisième personne du singulier du verbe être. C'est le mot "esti", c'est le mot "est". Parménide prend comme point de départ : "est". C'est le premier mot que la maîtresse de philosophie  (parce que ce jeune homme qui veut trouver un maître de philosophie trouve finalement une déesse) la déesse lui dit : tu dois apprendre "esti" : est. En grec il est possible d’utiliser une troisième personne sans sujet. En français il faut dire: il est. Le point de départ est "est" tout simplement "est". Mais pourquoi "est", pourquoi cette troisième personne du verbe être ? Si cette troisième personne était accompagnée d'un sujet, il ...dieu...la nature...le poids de la formule serait tombé sur le sujet. Le sujet aurait été le héros de la formule. Mais Parménide a montré que ce qui est important ce n'est pas le sujet, c'est le verbe."
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