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Vers une déstructuration de notre société ?

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5 participants

descriptionVers une déstructuration de notre société ? EmptyVers une déstructuration de notre société ?

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Dans un nouvel ouvrage intitulé : La gauche au défi de la société des individus, Marcel Gauchet fait cette remarque : "Ce n'est pas parce que la société est incapable de se penser comme une société qu'elle n'en est pas une" et  : "Il faut retrouver les moyens de définir la société comme telle pour être en mesure d'en infléchir les orientations".

Le sentiment, je dis bien le sentiment (perception intérieure) de ne plus former société commence manifestement à se répandre. Dans le cadre de ce sentiment les événements qui se produisent, le Brexit (qui remet en cause la communauté européenne et qui relance l'idée de nation), les attentats de Paris et aujourd'hui de Nice qui remettent en cause l'idée de communauté nationale, les manifestations clivantes contre la loi travail ont toutes chances d'accélérer la progression dans les esprits de cette idée : "Nous ne formons plus (dans nos esprits) société".

Nous pourrions ajouter à ces constats pris à l'actualité d'autres constats de fond : la dislocation sociale entre la vie urbaine et la vie rurale, entre la vie centrée sur les métropoles et la France périphérique (lire les livres de Guilluy). Et bien sûr d'autres réalités disloquantes (l'école notamment).

Question : "Est-ce qu'un philosophe n'a rien à dire là-dessus ? Peut-on traverser la réalité sociale de son époque en s'en désintéressant ?". Les grands philosophes ne se se sont-ils pas toujours intéressés aux phénomènes sociaux et politiques de leur époque ? 

Pourtant nous sommes dans une époque où philosopher c'est, souvent, tenir cette postion : "Je suis indifférent à l'état de la société dans laquelle je vis". 

Mais alors philosopher c'est quoi, c'est la seule recherche d'un bonheur personnel, individuel, c'est en définitive céder à l'esprit courant, c'est affirmer avec son époque : "Je ne fais plus société avec les autres, seul compte : Moi (et mes proches)".
  
Le désagrégation de la société serait-elle alors un fait réel si ceux qui ont pour vocation de réfléchir sur le monde, à leur tour sont emportés par cette injonction : "Sauve-toi toi-même" et cèdent ainsi à cette tension désorganisatrice ?

descriptionVers une déstructuration de notre société ? EmptyRe: Vers une déstructuration de notre société ?

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Notre société, dans laquelle nous évoluions, a peu à peu glissé vers une société nettement individualiste, où l’individu est la valeur suprême.

Peu à peu il y a perte du lien social, et familial, nous le voyons avec l’éclatement des familles, dissolution du lien politique, désertion civique, l’abstention lors des votes.

Cet individu qui s’affirme progressivement dans l’histoire, tend à se couper du réel et de ses contemporains. Non seulement il se coupe de ses contemporains, de la vie collective, mais il se coupe aussi de ses ancêtres. Tocqueville notait que les nouvelles générations coupaient cette mémoire de l’ancestralité qui caractérisait les sociétés aristocratiques. L’aristocratie était le souvenir du clan.
L’individu tel qu’il est vu actuellement, est celui qui s’isole volontairement à la fois de ses contemporains et de ses ancêtres.

Tous ces éléments contribuent-ils à activer le pas vers une nouvelle société ?
C’est la question qui peut être posée.

descriptionVers une déstructuration de notre société ? EmptyRe: Vers une déstructuration de notre société ?

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Vous avez écrit ceci, par ailleurs, dans un autre lieu, et si je transporte ici ces réflexions, c'est que je pense qu'elles s'inscrivent bien dans la réflexion que je voudrais ouvrir :

"La plupart des grands sociologues de la modernité affirment que la valeur suprême d’une société politique fait l’individu. Cet individualisme peut devenir très facilement de l’égoïsme, mais avant tout c’est une valeur.
L’avènement de l’individualisme  moderne fait courir un risque extrêmement grave au lien social, familial : dissolution du lien social, politique, désertion civique, éclatement des familles, extinction  de l’amour dans la consommation, ébranlement des normes d’autorité. D’une certaine façon, cet individu qui s’affirme progressivement dans l’histoire tend à couper les ponts avec le réel, avec tout ce qui l’entoure.
Est-ce que le destin de cet individualisme moderne est une solution souhaitable ?
Il y a un paradoxe dans cette société. D’un côté, pour me réaliser je dois être seul. De l’autre, si je suis seul je plonge dans le désespoir. La solitude est perçue comme la hantise absolue.

Dans ce monde d’individus, jamais les êtres ont attendu et demandé autant des autres. J’attends d’être reconnu : je n’ai rien à dire, mais je le dis devant la caméra. Le phénomène du blog est très symptomatique, c’est un genre de journal intime. Maine de Biran résume bien ce que peut être le journal en disant «je raconte le néant de ma vie ».
Nous vivons au quotidien ce dilemme : s’enfermer en soi pour être ce que nous sommes, et tout attendre des autres.
Quand les autres sont là nous avons du mal à les supporter, quand ils sont absents nous avons du mal à nous supporter".


Vous résumez là quelque chose de fondamental dans les évolutions de notre société. Je sens l'importance de vos remarques, je "sens" mais je ne vois pas encore, rationnellement, la portée de votre constat. Il est nécessaire de prendre le temps de réfléchir.

descriptionVers une déstructuration de notre société ? EmptyRe: Vers une déstructuration de notre société ?

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Si je poursuis dans ce chemin du constat j'ai le sentiment que je ne cesserai jamais de trouver des faits nouveaux qui, toujours, me démontreront la désintégration du sentiment de former société. Je termine par exemple la lecture du livre de Jean-Pierre le Goff Malaise dans la démocratie, et ce qu'il nous dit de la société française est encore pire que ce que j'imaginais ! Lui, montre carrément comment notre société festive marque une rupture avec notre histoire (je n'ai pas complètement suivi son raisonnement dans lequel il s'appuie sur Philippe Muray  "festivus festivus") comment les nouvelles spiritualités ne sont que des "trucs", des  techniques pour mieux se soumettre aux contraintes économiques, comment les soi-disant solidarités ne sont plus qu'expression de pures émotions sans lendemain, comment les nouvelles techniques de management dénaturent le sens de travail, etc. Et encore je ne parle pas de l'intrusion d'internet, des jeux électroniques, des réseaux sociaux et tout le reste dans le quotidien des enfants et des adultes.
Mon sentiment c'est que, si je m'appesantis à constater, à regarder, si en plus je fais partie d'une génération qui a été éduquée dans le  respect de valeurs pensées à l'époque comme éternelles, je n'aurais de cesse comme Le Goff et comme tant de sociologues et de philosophes de railler voire de mépriser cette société désarticulée, et je rendrai alors les individus responsables de ce qui leur arrive. Ce qui du coup m'absoudra de toute responsabilité et surtout de tout effort pour m'atteler à répondre à cette question : comment changer tout cela ?
Car la lancinante question qui s'expose depuis des décennies, qui se posait déjà en 68 pendant les événements, est toujours la même : que faire ?
Il y a aussi cette idée que, tant que nous resterons passifs, face aux changements sociaux, tant que nous les subirons, alors sans cesse nous découvrirons de nouveaux manquements à la vie collective. Mais ces manquements, ma conviction, c'est que si nous retrouvons un élan collectif, si nous retrouvons la capacité à déterminer, au moins en partie, notre destin collectif, alors ces tares disparaîtront d'elle-mêmes. Ce qui fait défaut ce n'est pas notre capacité d'analyse, c'est notre capacité à agir.

descriptionVers une déstructuration de notre société ? EmptyRe: Vers une déstructuration de notre société ?

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Je finis par me demander si la société dont parle Gauchet, celle qu'il appelle au moins à définir pour pouvoir peser sur ses orientations  n'est pas un concept introuvable. L'attentat de Nice, avec le recul, vu les réactions, souligne un autre facteur de désarticulation de notre société : le problème des communautés.
Concernant la comnunauté arabe, issue du Maghreb, des amis me faisaient remarquer que les Arabes n'ont jamais été acceptés dans la société française. Même ceux qui ont choisi  la France et choisi donc de s'y intégrer, les harkis, n'ont jamais reçu la sympathie des Français d'origine européenne. Les Arabes sont tenus en lisière, loin de la nation française.
La radicalisation de certains jeunes arabes paraît aggraver le fossé entre les communautés dans la mesure où, au lieu de parler de la communauté arabe, nous parlons maintenant de la communauté musulmane. C'est-à-dire que nous entrons dans un début d'affrontement religieux, ce qui est catastrophique.
Je lisais un article étonnant par son titre "La renaissance française est en marche" d'Ivan Rioufol dans le Figaro daté du 15 juillet 2016  (je ne fais pas la promotion d'une opinion politique puisque je lis journaux et magazines de l'extrême gauche à l'extrême droite). Un titre accrocheur qui semblait répondre à mes interrogations. Mais dans cet article ce que Rioufol annonce c'est la renaissance de la France...catholique ! par opposition aux musulmans. La renaissance française se fera donc contre l'Islam. Cet article m' a plongé dans un profond pessimisme et dans cette idée : ça n'a aucun sens aujourd'hui de réfléchir à ce concept de société. Puisqu'il semble que nous nous orientons vers une dislocation volontaire des populations au sein même du pays.
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