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L'individu contre l'État.

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Impero
zhbw
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silentio a écrit:
Bien sûr, mais on peut aussi ajouter que l'État peut participer de cette recherche du bonheur (je ne suis pas certain qu'il ne doive permettre qu'une liberté négative, comme l'a mentionnée Impero, puisque nous voulons aussi agir). De plus, il faut envisager les conditions qui rendent possible l'espace privé, or il me semble qu'elles sont aussi politiques. Le risque n'est donc pas seulement de voir le privé détruit par l'État, mais de voir la chose commune (la politique) à ce point amoindrie par le repli dans l'espace privé que cela pourrait se retourner contre les intérêts de chacun. D'ailleurs, le totalitarisme n'est pas simplement l'aliénation politique des individus, c'est aussi la destruction du politique et tout à la fois de ce qu'il présuppose comme sa condition et garantit, à savoir la pluralité. Avec l'atomisation du corps social, il n'y a plus de monde commun, et dès lors c'est très inquiétant pour ces individus soi-disant souverains (qui sont d'autant plus normalisés qu'ils se croient libres parce qu'en-dehors de la politique).

Cela me rappelle la distinction que fait Benjamin Constant entre liberté des anciens et liberté des modernes (voir ci-dessous). Il me semble Silentio que vous soulevez là une question décisive concernant le pluralisme. Je ferai quelques remarques sur ce point :

  • Il me semble que la notion de sphère ou d'espace privé va de pair avec celle de libéralisme, comme on peut le voir chez Benjamin Constant. Nous voyons clairement chez ce dernier un soutien vigoureux au libéralisme, il considérait tout comme Alexis de Tocqueville, que l'État et a fortiori l'État démocratique était un danger pour la liberté de l'individu ; cela pour deux raisons :

- l'État peut basculer dans l'autoritarisme si les mécanismes juridiques ne parviennent pas à contenir les soifs de pouvoir des différents acteurs politiques (Napoléon en est un exemple frappant, tout comme des épisodes post-révolutionnaires tels que la terreur, il faut d'ailleurs relever que c'est dans ce contexte que mûrissent des esprits comme Constant et Tocqueville).
- l'État démocratique peut basculer dans une tyrannie de la majorité, il faudrait donc limiter d'une certaine manière l'influence du peuple (c'est bien sûr le suffrage censitaire, cela veut dire que seuls les individus propriétaires sont citoyens, inutile de vous dire qu'ils n’étaient pas légion à l’époque).

  • Au vu de la réalité de nos sociétés contemporaines on peut tout de même retenir ce que nous dit Benjamin constant sur l’idéal libéral, un État démocratique réduit qui ne s’en tiendrait qu'à la garantie de la liberté individuelle et bien sûr la liberté d'entreprendre. "Le commerce inspire aux hommes un vif amour de l’indépendance individuelle", dit constant. Constant a inspiré des personnalités telles que Friedrich Hayek, économiste néolibéral, fervent défenseur du libéralisme économique et du retrait de l'État (c’était d'ailleurs un grand rival de Keynes qui privilégiait une conception favorisant, dans une certaine mesure, l'État providence). Or de nos jours d'aucuns tendent à affirmer que cette tendance néolibérale (qui s'est globalement développée dans les années 80 avec Thatcher et Reagan, mais aussi sous Mitterrand, notamment en 1986 lors de la première cohabitation quand le gouvernement de droite avait enclenché une vague de privatisations, plus tard la gauche fera de même), cache en réalité une confiscation du pouvoir Étatique par les élites entrepreneuriales, c'est-à-dire pour faire simple les grandes firmes transnationales.
  • Le suffrage censitaire a-t-il été remplacé par une idéologie encourageant dans les faits, le désengagement politique et cela afin de mieux consolider une double emprise, à la fois sur le citoyen et sa vision de la chose publique mais aussi sur les garants des institutions ? Peut-être une telle question risque-t-elle de laisser croire à certains que je serais dans une sorte d’obsession de "ceux qui tirent les ficelles", une sorte de théorie du complot en somme. Mais il me semble que ce qui distingue principalement le théoricien du complot est qu'il aborde la chose principalement comme si "ceux qui tirent les ficelles" étaient en quelque sorte des démiurges ou des malins génies qui auraient tout planifié à l'avance et qui seraient en ce moment même aux manettes, s'assurant que tout va comme prévu. Tout d'abord cela me paraît être une surestimation de ces "élites de l'ombre" puisqu'il s'agit là en somme de croire que des hommes comme nous auraient la capacité, dans un certain sens, de prévoir l'avenir et ses aléas, mais il me semble tout de même que le calcul politique et surtout géostratégique a ses limites, et de telles thèses mènent à admettre que ces "hommes de l'ombre" disposent de pouvoirs surnaturels (d'où les fantasmes sur la franc-maçonnerie, et autres confréries), je me refuse donc à approfondir davantage de telles hypothèses. Il me semble plutôt que les hommes forgent des idéologies, qui peuvent être plus ou moins en lien avec leur appartenance socio-culturelle, et qui vont déterminer leurs relations à la vie et à son sens, d'ailleurs cela peut se dire non seulement des idéologies politiques, mais aussi des religions. En ce sens j'approuve ce que vous dites zhbw quand vous parlez de "religion originale", car il me semble en réalité que vous parlez de spiritualité. C'est la relation qu'a l'individu avec le sens de sa vie qui va déterminer la dynamique dans laquelle celui-ci va s'inscrire, si je suis chrétien ou musulman, c'est le rapport à Dieu qui va déterminer le sens, si je suis athée et existentialiste, il me faudra alors créer le sens et la nouvelle morale sans Dieu, si je suis Yogi ou soufi il me faudra me fondre dans l'harmonie du cosmos, etc. Il ne s'agit pas bien sûr de promouvoir une sorte de confusion du spirituel et du temporel, car au fond la différence entre les idéologies politiques et la religion, c'est que les premières doivent rendre des comptes. Évidemment la religion peut être instrumentalisée à des fins d'idéologie politique (l'islam politique) mais cela ne doit, de mon point de vue, aucunement avoir pour conséquence une essentialisation de la religion (comme cela se fait malheureusement parfois en France), mais bien l’évaluation critique des résultats de ces expérimentations. Il en va de même il me semble pour les idéologies néolibérales, nous ne devons pas les essentialiser, mais avoir une approche critique sur leur application. En ce sens je ne pense pas que l’idéologie néolibérale se soit totalement imposée, les religions originales étant à mon avis à l'œuvre (je fais référence ici à tout ce qui dans l'individu tend à l'engagement spirituel, intellectuel et éthique), tout dépend si l'individu accepte le présupposé néolibéral qui est que tout homme est mu par ses intérêts propres et que seul le choc des intérêts et leur concurrence peut mener à l’intérêt général (ce serait la thèse de Friedrich Hayek si on devait la résumer très grossièrement).
  • Si même nous admettions que l’idéologie néolibérale s'impose une fois pour toutes, il faudrait encore se demander ce que les individus feraient de cette liberté consacrée aux activités dites privées. Benjamin constant privilégiait le commerce, et globalement il est dans une logique (je le dis ici sans connotation péjorative) individualiste, bien connue des néolibéraux, où l'individu est tourné vers la satisfaction de ses propres intérêts, en tant que telles ces idéologies se fondent sur une anthropologie sombre, ils privilégient donc l’égoïsme plutôt que l'altruisme. Pourquoi cette liberté individuelle ne pourrait-elle pas aussi servir à se consacrer à un engagement associatif ou à un engagement quelconque qui d'une manière ou d'une autre aurait une influence citoyenne sur la politique en plus de l'influence des acteurs économiques qui ont un poids conséquent ? De ce fait, pourquoi ne pourrait-il pas y avoir un peu de "liberté des anciens" dans cette "liberté des modernes", sans pour autant que la sphère publique ne prenne un poids considérable voire déraisonnable dans la vie des citoyens ? En cela je trouve que dans ces thèses dites libérales et néolibérales, il y a comme un encouragement au désengagement politique qui me paraît être, dans une certaine mesure, une des causes possibles de cette déliquescence sociale ressentie par vous Silentio, et par bien d'autres. Peut-être n'ont-ils pas tout à fait tort ceux qui affirment que, d'une certaine manière, l'État est désormais dans une relation de vassalité vis-à-vis des groupes transnationaux et que de plus les thèses néolibérales encouragent les individus à se retirer de la sphère publique pour la laisser à des "spécialistes" (les partis politiques sont composés de professionnels de la politique). Le fait que la sphère politique soit composée d’élites n'est donc pas seulement, chez les néolibéraux, un état de fait, mais une organisation plus qu'acceptable, "ce n'est pas la source mais la limitation du pouvoir qui l’empêche d’être arbitraire" nous dit Hayek, en d'autres termes le problème n'est pas que l'on reconnaisse que la source du pouvoir est dans le peuple et dans sa constitution, il pourrait aussi bien être issu d'un roi ou d'une caste, ce qui compte c'est que le pouvoir soit limité et cela pour ne pas nuire aux activités de "l'individu souverain", comme vous l'avez appelé Silentio. Là ou le néolibéralisme prend le chemin du totalitarisme c'est peut-être quand dans les faits, il y a conflit d’intérêt entre les élites politiques et les élites entrepreneuriales, si en effet la seule chose qui compte est la limitation du pouvoir étatique, qu'en est-il du fait que d'autres acteurs pourraient devenir plus puissants que lui ? Ce qui est le cas actuellement des élites entrepreneuriales, n'oublions pas qu'aujourd'hui Coca-Cola est plus puissant que les États-Unis. Aujourd'hui, les exemples illustrant le recul de l'État et l'expansion des firmes sont accessibles à toute personne curieuse sur internet (nous savons aujourd'hui les raisons de l'intervention en Irak, c'est bien sûr le pétrole, l'intervention Française au Mali est en réalité au moins en partie intéressée, car l'uranium est une ressource qui abonde au Nord Mali, région actuellement envahie par les extrémistes violents). Constant pensait que le développement du commerce mènerait à l'amoindrissement des guerres classiques, mais il se peut qu'à notre époque ces guerres soient dans certains cas menées pour garantir l'hégémonie économique, entre autres motifs philanthropiques. Ainsi si Constant pensait que "Le commerce est une tentative de gré à gré pour obtenir ce qu'on n’espère plus conquérir par la violence" il faut en réalité constater de nos jours que la conquête violente peut servir à préparer le terrain au commerce. Les Etats-Unis espéraient bien sûr imposer leur grandes firmes en Irak après la chute de Saddam Hussein, c’était négliger les ambitions chinoises (Le pétrole irakien, état des lieux et perspectives – Les Yeux du Monde). L'intervention en Libye est due aux mêmes raisons, sauf que cette fois-ci il s'agissait de briser les liens croissants entre Tripoli et Pékin (La diplomatie chinoise en échec après la chute de Kadhafi - Rue89 - L'Obs) . Il nous faut admettre que de nos jours, dans une certaine mesure, l'État a certes moins de puissance, mais il est surtout sous grande influence des firmes chargées d'assurer la croissance. Sachant qu'en outre, les ressources pour lesquelles les différents acteurs des classes dirigeantes s'entre-dévorent sont limitées, et que même la Terre dans sa globalité est désormais une ressource limitée. En outre, la concurrence tant souhaitée par Hayek et les siens présuppose l’égalité des participants, or ce n'est pas le cas aujourd'hui (soyons sérieux, comment les pays Africains pourraient-ils être de sérieux concurrents ? Ils n'ont été jusqu’à ce jour que des proies, mais les choses changent, l’émergence de la Chine semble être à la fois un danger et une opportunité, les pays pauvres profiteront inévitablement de ce monde multipolaire qui se développe pour ainsi jouer sur l’équilibre des puissances).
  • Il me semble pour finir que tout repose sur un présupposé néolibéral qui veut que l'homme soit essentiellement motivé par l’appât du gain, alors je vais poser une question simple : est-ce l’appât du gain qui motive l'homme, ou est-ce que certains hommes veulent se persuader tout en nous persuadant que l’appât du gain est le motif premier ? Du reste, des initiatives citoyennes existent, et la façon dont j'entends le libéralisme politique, est justement la possibilité de choisir la manière à laquelle on répondra à cette dernière question et d'agir en conséquence, c'est ainsi je pense que commence le pluralisme.

(contenu quelque peu modifié le 3/26).

En ce qui concerne Benjamin constant, Liberté des anciens :
Wikipedia a écrit:
Pour Constant, la liberté au sens des Anciens « se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif » et consistait à « exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière » et, sauf à Athènes, ils considéraient que cette vision de la liberté était compatible avec « l’assujettissement complet de l’individu à l’autorité de l’ensemble ». Ainsi, à cette époque et en dehors du cas particulier d'Athènes, le pouvoir avait droit sur tout et donc sur les mœurs de la société. L’auteur prend l’exemple de Terpandre qui, du temps de Sparte, a été condamné par les Éphores pour avoir ajouté une corde à sa lyre sans les prévenir; ou encore du principe de l’ostracisme à Athènes montrant que l’État réglemente tout. La liberté est donc contradictoire dans la Grèce antique, car la souveraineté dans les affaires publiques coexiste avec l’esclavagisme dans la sphère privée. « Comme citoyen, il décide de la paix et de la guerre; comme particulier, il est circonscrit observé, réprimé dans tous ses mouvements. » Benjamin Constant explique ainsi que les anciens n’avaient pas de notion de droits individuels, sauf à Athènes qui par ailleurs, nous dit Constant, « est [de tous les états anciens] celui qui a ressemblé le plus aux modernes  » et qu'elle accordait « à ses citoyens infiniment plus de liberté individuelle que Rome et que Sparte ». Ce type de liberté s’explique par la petite taille des républiques de l’époque. La rivalité entre les cités fait que les États achètent leur sûreté au prix de la guerre.


Liberté des modernes :
wikipedia a écrit:
La liberté dans les sociétés modernes est incompatible avec celle des Anciens. Il s’agit de la possibilité de faire ce que bon nous semble, il s’agit d’une protection de la sphère privée. « Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées ; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances. » La taille et le commerce l’expliquent. Le partage du pouvoir diminue avec l’accroissement de la taille des États. La guerre a laissé place au commerce. Ils ne sont que deux moyens pour atteindre un même objectif, à savoir de posséder ce que l’on désire. Le commerce est « une tentative pour obtenir de gré à gré ce qu’on n’espère plus conquérir par la violence. » La guerre tout comme le commerce permet d’atteindre un objectif et l’évolution de la société a fait évoluer le moyen sans toucher à la fin. « Le commerce inspire aux hommes un vif amour de l’indépendance individuelle. » Ainsi Athènes, qui était la république la plus commerçante, était aussi celle qui accordait le plus de liberté individuelle. Il faut néanmoins modérer cette idée avec pour preuve la pratique de l’ostracisme, symbole du pouvoir de l’État sur l’individu.
Les erreurs de la Révolution française seraient le résultat de l'application à la liberté moderne de principes politiques valables chez les Anciens. Benjamin Constant critique ainsi l’abbé Mably qui, selon lui, regrette que la loi n’atteigne que les actions et non pas la pensée. Il explique l’admiration de l’auteur pour Sparte. Il critique de même l’attitude de Jean-Jacques Rousseau.


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Dernière édition par lcz le Jeu 26 Mar 2015 - 0:07, édité 4 fois

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Selon Pierre Clastres, les sociétés peuvent être divisées en deux grandes catégories : les sociétés sans État et les sociétés à État. Il ne postule certainement pas une hiérarchisation dans ces deux types de sociétés et montre bien que ce type de discours n’a pas grand sens. Si la société sans état entraîne des conséquences lourdes (j’en donne un exemple plus loin), la société à État n’est pas sans travers :
Pierre Clastres - La Société contre l'État a écrit:
Quand, dans la société primitive, l’économie se laisse repérer comme champ autonome et défini, quand l’activité de production devient travail aliéné, comptabilisé et imposé par ceux qui vont jouir des fruits de ce travail, c’est que la société n’est plus primitive, c’est qu’elle est devenue une société divisée en dominants et dominés, en maîtres et sujets, c’est qu’elle a cessé d’exorciser ce qui est destiné à la tuer : le pouvoir et le respect du pouvoir. La division majeure de la société, celle qui fonde toutes les autres, y comprit sans doute la division du travail, c’est la nouvelle disposition verticale entre la base et le sommet, c’est la grande coupure politique entre détenteurs de la force, qu’elle soit guerrière ou religieuse, et assujettis à cette force. La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Avant d’être économique, l’aliénation est politique, le pouvoir est avant le travail, l’économique est une dérive du politique, l’émergence de l’État détermine l’apparition des classes.


Pierre Clastres pose la question de l’origine du « ceci est à moi » de Rousseau (second discours) : comment une société sans État peut-elle laisser se mettre en place cette division sociale entre exploiteurs et exploités qu’est l’instauration de l’État alors même que c’est justement contre cela qu’elle lutte dans son essence même ?

Pour en revenir aux conséquences : dans Chronique des Indiens Guayaki, Pierre Clastres décrit la coutume du jepy, une vengeance rituelle destinée à apaiser les esprits des morts. L’auteur constate en premier lieu un fort déséquilibre démographique entre hommes et femmes en faveur des premiers, impossible à expliquer dans la mesure où les naissances se font globalement à parité. C’est la pratique du jepy qui est à l’origine de ce déséquilibre : lorsqu’un indien meurt, surtout si c’est un chasseur, son âme va hanter le reste de la tribu et représente un danger très important. Pour éloigner et apaiser l’âme, il est nécessaire de « venger » sa mort par la mort d’un autre indien de la tribu, généralement une jeune fille qu’il est plus facile de sacrifier qu’un futur chasseur. Cette vengeance peut également entraîner une réaction en chaîne en fonction de la personne sacrifiée qui peut rendre nécessaire un nouveau sacrifice. Pierre Clastres donne en exemple une réaction en chaîne débouchant sur deux meurtres à la suite du foudroiement d’un enfant.

De son côté, Philippe Descola décrit, dans Les lances du crépuscule, un déséquilibre démographique inverse (en faveur des femmes) chez les Indiens Achuar du fait de la probabilité très importante de mort violente des hommes dans les rixes continues qu’ils se livrent.

Voilà pourquoi je parle de « prix bien lourd à payer ». Remarque ethnocentrée ? Probablement, après tout je n’ai connu que la vie dans une société à État et je suis certainement moins sensible au prix que l’on a à payer pour vivre dans ce type de société. Par contre, permettez-moi d’être sceptique lorsque vous parlez de valorisation de l’individu (pour le coup, ça me semble être un contresens) et du « sourire permanent de leurs enfants ». Mais effectivement, ce sujet n’a pas à être "idéologique", ça n’aurait aucun intérêt. Cette possibilité de bascule d’une société vers l’autre, étudiée par Pierre Clastes, est autrement plus intéressante.

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kercoz a écrit:
On ne peut échapper à une aliénation que pour une autre.

Ce qui est une façon de considérer, très libérale au fond, que l'individu est premier et indépendant de la société. Or sans société, il n'y a pas d'individu. Ce que vous appelez de façon très négative une aliénation pourrait être au contraire considéré positivement comme une condition de possibilité. Ensuite, il faut regarder quel type de société produit quel type d'individualité : il y aura plus ou moins d'hétéronomie selon le mode d'organisation du pouvoir et l'imaginaire institué qui lui est corrélatif.

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kercoz a écrit:
Le système d'organisation sociétale de l'espèce humaine ne peut se prévaloir d'une qualité équivalente ou supérieure au système "naturel" complexe.


Il faudrait définir ce qu'est le "système naturel", expliquer pourquoi il est opposé au "système d'organisation sociétale". John Dewey affirme contrairement à ce que vous avancez, que la société est la résultante de l'évolution humaine, en ceci que l'homme, pour surmonter les contraintes naturelles, expérimente, s'adapte, adapte son environnement en créant justement une société politique. Cette société permettra la satisfaction des intérêts individuels, dans la construction d'un intérêt commun. Plus qu'une opposition nature/société, c'est davantage un lien de cause à effet. Dès lors la société (démocratique) permet davantage l'émancipation individuelle et la liberté à faire ou agir.

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Il faudrait argumenter pour que cette hypothèse soit recevable. Habermas n'est pas d'accord avec vous, Rorty non plus et ils sont davantage contemporains que Goffman ou Lorenz. Ce n'est donc pas une question d'époque.
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