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Heidegger et l'antisémitisme.

5 participants

descriptionHeidegger et l'antisémitisme. - Page 2 EmptyRe: Heidegger et l'antisémitisme.

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Le mieux est peut-être de partir de ce qu'en a dit George Steiner, philosophe juif, un des plus éminents du siècle, et l'un des plus autorisés dans cette affaire. Il a pour lui la délicatesse de l'humour et le talent de la simplicité. Faut-il rappeler que la Heideggerrei est franco-française ? Heidegger, ou "le revenu de Sicile" ? Un entretien du 27 novembre 1998, conduit par Guillaume Chenevière, pour la Télévision Suisse Romande (22 minutes) :

descriptionHeidegger et l'antisémitisme. - Page 2 EmptyRe: Heidegger et l'antisémitisme.

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Euterpe a écrit:
et l'un des plus autorisés dans cette affaire.


Pour quelle(s) raison(s) ?

Quant à l'interview, j'avoue avoir du mal à saisir en quoi elle donne particulièrement à comprendre la question de Heidegger et du nazisme/antisémitisme. Si la première comparaison entre Platon et Heidegger face à la politique en application est pertinente, il me semble qu'en ce qui concerne le reste Steiner ne développe pas vraiment la question.

descriptionHeidegger et l'antisémitisme. - Page 2 EmptyRe: Heidegger et l'antisémitisme.

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Il faudra du temps pour répondre, si jamais je le fais (ce n'est pas une mince affaire). D'abord, je souhaite réagir au message d'Euterpe.
Euterpe a écrit:
Le mieux est peut-être de partir de ce qu'en a dit George Steiner, philosophe juif

En quoi le fait que George Steiner soit juif rend-il Heidegger judéo-compatible et rachète-t-il son engagement nazi ? Et justifier cet engagement en reprenant un bon mot, celui de Gadamer, en affirmant que l'on peut être un immense penseur et "le plus mesquin des hommes" (comme pour dire : "c'est comme ça, c'est tout, circulez"), n'est-ce pas naïf et trop facile ? J'ai le plus grand respect pour Steiner (j'ai récemment lu Tolstoï ou Dostoïevski qui est excellent), mais il semble trouver des excuses faciles pour faire comme tous ceux qui ont été influencés par Heidegger : ne pas toucher à l'idole, ne pas trouver de liens entre l'homme et son œuvre, ne surtout pas poser la question d'une possible contamination (si j'étais heideggerien et juif, je serais hanté par cette question), afin de ne pas procéder à une auto-critique. Ce qui est d'autant plus bizarre que Steiner, à ma connaissance, ne doit pas grand-chose (en termes de méthode) à Heidegger. Il semble surtout fasciné par lui (et je pense que Heidegger peut se montrer intellectuellement impressionnant).

Pour ma part, je pense que Heidegger n'a pas été si naïf (du moins pas comme on le dit, lorsque l'on met la "simple" faute sur l'homme, en en détachant le philosophe) : il a consciencieusement élaboré une justification théorique de la politique national-socialiste. Cependant, sa part de naïveté, celle que sa praxis révèle en retour sur sa pensée, relève de préjugés qui, par définition, n'ont pas été interrogés, le plus souvent romantiques. Jacques Bouveresse a lui depuis longtemps (et il n'est pas le seul, cf. Vincent Descombes) critiqué et Heidegger et la surdité du milieu intellectuel français (cf. "Heidegger, la politique et l'intelligentsia française").
Euterpe a écrit:
Il a pour lui la délicatesse de l'humour et le talent de la simplicité.

C'est toujours un réel plaisir d'écouter Steiner. Mais il a aussi l'art d'évacuer la question. La seule chose qu'il montre, comme dans son très bon ouvrage sur Heidegger, c'est ce qu'il y a de bon dans la pensée de ce dernier. Mais à force de raffiner, par visée de clarté, il en élimine les plus grosses aspérités. Pour autant, il semble ne pas en interroger la pertinence, les limites, etc. C'est un éloge sans aucune forme de discernement. Par exemple, et si ma mémoire ne me joue pas des tours, la conception de l'histoire de Heidegger n'est pas étudiée et n'est pas comparée au cours de l'histoire effective. Steiner me donne l'impression de réduire la philosophie de Heidegger à de la poésie, et donc de l'évaluer bien plus en fonction de ses effets sur la pensée (certains parleront d'un envoûtement concomitant à l'exaltation provoquée...) qu'il ne lui demande des comptes. Or il me semble que Steiner, parce qu'il est un intellectuel juif, devrait être le premier interessé quant à la question de savoir en quoi la pensée a pu participer d'un mouvement visant la destruction de l'Europe et des juifs. Steiner se contente d'un mystère.
Euterpe a écrit:
Faut-il rappeler que la Heideggerrei est franco-française ?

En Allemagne, il est vrai que l'affaire est pliée, et je ne pense pas que tout soit à rejeter dans Heidegger. Mais en France, si la polémique enfle et fait rage, c'est que le milieu intellectuel français dans son ensemble est menacé, étant donné que Heidegger y jouit d'une très grande popularité (proche de l'idolâtrie). Que l'on soit heideggerien ou dans les "notes liminaires" à l'œuvre de Heidegger, il y a une dette et s'il s'avère que la pensée de Heidegger justifie le nazisme ou lui est propice, il faut craindre ce que j'appellerais une contamination. Or, comme je l'ai dit, nul n'ose l'auto-critique.

D'ailleurs, on pourrait dire que l'accusation d'antisémitisme est l'arbre qui cache la forêt, car si l'antisémitisme peut être une manière de critiquer Heidegger et peut pointer des lacunes dans sa pensée (ou des prédispositions ininterrogées à l'antisémitisme), il me semble que ces lacunes peuvent exister sans le recours à l'antisémitisme. Or en-dehors de cette perspective, la critique de Heidegger est très très faible ou éparpillée (Stanley Rosen, Anders, Adorno, Bourdieu, etc., qui ne sont ni heideggeriens ni postmodernes). Et Arendt de déclarer : "C'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal."
Euterpe a écrit:
Heidegger, ou "le revenu de Sicile" ?

La comparaison est intéressante mais inadéquate, car il s'agit d'une réduction qui n'a aucun sens, ou en tout cas elle est abusive. C'est ne pas tenir compte du contexte historique, par exemple, et faire comme Heidegger (réduire l'histoire à l'oubli de l'être, oublier qu'il y a une histoire en somme). D'autant plus que la Seconde Guerre mondiale, et la Shoah notamment, sont des événements majeurs et inédits (plus encore, au regard des enjeux et des conséquences, qu'une simple tentative de participer à une tyrannie antique). C'est aussi donner moins d'importance au nazisme, en le faisant l'égal du platonisme (par lequel nous ne nous sentons plus concernés ; nous pensons au platonisme comme à un enfantillage dépassé depuis belle lurette). Or je crois qu'il y a une attitude platonicienne chez Heidegger (un aristocratisme que je trouve relever d'un certain pédantisme, et d'une forme de naïveté : un abus de soi-même...).

Mais on dit : l'engagement politique de Heidegger n'est pas si grave, il n'a rien à voir avec la pensée (si belle...) et l'homme était naïf comme Platon. Ce n'est qu'une erreur de jugement. Mais la vie n'affecte en rien une œuvre juchée si haut au-dessus d'elle. Sauf que 1) on peut reprocher légitimement le lien entre philosophie et politique chez Platon (par exemple pour condamner le totalitarisme), tandis qu'on ne le fait pas chez Heidegger (au motif que ce n'est pas un penseur politique), alors qu'il répéterait l'erreur du premier, 2) si un philosophe commet une erreur de jugement (pratique), cela n'assure pas du sérieux de sa philosophie (d'autant plus que la théorie s'abstrait du réel !). Et s'il avait mal compris le réel ? Si lui aussi pouvait se montrer bête, en tant qu'homme et en tant que philosophe (dont on oublie qu'il est avant tout un homme et qu'il ne philosophe pas hors-sol) ? De Rabelais à Bernhard (je viens de récupérer Maîtres anciens...), on a tout le loisir de se méfier des prétentions des philosophes. Surtout que les plus idéalistes ne sont pas vertueux : comme l'écrit Musil, "les philosophes sont des violents qui, faute d'armée à leur disposition, se soumettent le monde en l'enfermant dans un système."

descriptionHeidegger et l'antisémitisme. - Page 2 EmptyReprise sur la question de Heidegger, l'antisémitisme et le nazisme

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Sur ce topic ont été réunis quelques messages initialement présents dans un sujet dédié à Sartre (Sartre faux philosophe ?) mais qui du fait de leur contenu ont été déplacé pour former une annexe des sujets déjà consacrés à la question de Heidegger, de l'antisémitisme et du nazisme ; d'où son titre de "reprise". (Desassocega). 


Je ne parlais pas de la réception universitaire. Dans ce cas, il me semble que Sartre bénéficie encore d'un net avantage. Mais en effet, avec le démontage systématique de la pensée 68 par l'intelligentsia conservatrice en vogue, Sartre ne trouve plus grâce aux yeux du grand public. Bizarrement, Camus lui est privilégié, mais cet auteur sert des fins contraires à sa pensée. Pour reprendre le titre de l'ouvrage de Michel Onfray, on est bien plus dans la défense de l'ordre que dans la critique libertaire.

Ensuite, je suis bien d'accord pour expliquer cette disgrâce par l'engagement politique de Sartre. Mais bien que le communisme ait fait plus de victimes que le nazisme, il ne me semble pas pertinent de mettre Sartre et Heidegger au même plan. Il me semble que la philosophie de Sartre est bel et bien un humanisme, elle porte en elle une critique de l'ordre établi et a une visée émancipatrice. Elle ne recoupe pas nécessairement les prises de position ponctuelles du philosophe, lequel n'est pas partisan de l'extermination totale d'un peuple ni ne distingue les hommes et les non-hommes selon leur être. Je ne pense pas non plus que l'on puisse la considérer comme une idéologie au service de la politique. Par ailleurs, Sartre n'a jamais été encarté dans un parti et il n'a pas non plus cautionné le régime de Staline. (Je trouve, de plus, la question du terrorisme et de la violence - bien qu'elle me déplaise - trop complexe pour être tranchée d'emblée : après tout, on a tendance à considérer que durant la Seconde Guerre mondiale les Français avaient le droit et même le devoir de résister à la barbarie nazie - alors qu'est-ce qui change fondamentalement quand il s'agit de résister au capitalisme, au colonialisme, etc. ? Personnellement, je n'ai pas de réponse toute faite.) A l'inverse, nous découvrons via la publication des Cahiers noirs qu'Heidegger a été un penseur nazi, je veux dire que sa pensée était éminemment nazie, au service d'un anti-humanisme revendiqué et d'un hitlérisme plus pur, plus authentique (il se voulait le "führer du führer"), sous les apparences d'une métaphysique. Il n'a jamais condamné la violence extrême, le mal radical du régime, il a même appelé à de plus grands efforts en ce sens, tout en légitimant les crimes contre l'humanité, inscrivant l'éradication des juifs par eux-mêmes (!) dans l'histoire de l'être. Il me semble que Sartre, en dépit de ses bonnes intentions, a parfois soutenu des causes funestes (la révolution culturelle maoïste par exemple) et qu'il était opportuniste, tandis qu'Heidegger avait un véritable projet auquel il a toujours tenu (mais il a brouillé les pistes après-guerre). En ce sens, la cécité de Sartre par péché d'intellectualisme me semble moins grave que la terrible détermination d'Heidegger, bien que condamnable elle aussi.

descriptionHeidegger et l'antisémitisme. - Page 2 EmptyRe: Heidegger et l'antisémitisme.

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Silentio a écrit:
A l'inverse, nous découvrons via la publication des Cahiers noirs qu'Heidegger a été un penseur nazi, je veux dire que sa pensée était éminemment nazie, au service d'un anti-humanisme revendiqué et d'un hitlérisme plus pur, plus authentique (il se voulait le "führer du führer"), sous les apparences d'une métaphysique. Il n'a jamais condamné la violence extrême, le mal radical du régime, il a même appelé à de plus grands efforts en ce sens, tout en légitimant les crimes contre l'humanité, inscrivant l'éradication des juifs par eux-mêmes (!) dans l'histoire de l'être. Il me semble que Sartre, en dépit de ses bonnes intentions, a parfois soutenu des causes funestes (la révolution culturelle maoïste par exemple) et qu'il était opportuniste, tandis qu'Heidegger avait un véritable projet auquel il a toujours tenu (mais il a brouillé les pistes après-guerre). En ce sens, la cécité de Sartre par péché d'intellectualisme me semble moins grave que la terrible détermination d'Heidegger, bien que condamnable elle aussi.



Y aurait-il eu, depuis nos précédentes discussions sur ces mêmes sujets (anti-humanisme : La controverse de Davos et antisémitisme : Heidegger et l'antisémitisme) une découverte incroyable ? Une étude magistrale ayant donné un éclairage tout nouveau à la pensée de Heidegger dans son ensemble ? Une traduction complète et dotée d'un bon appareil critique des Cahiers noirs ? Non. Pour lors, il n'y a que des publications éparses, des études préliminaires, des articles et des lettres ouvertes en réponse. Bref, que des recherches balbutiantes inhérentes à un tel travail de recherche et de mise en question. Les anti-heideggeriens bas de plafond (je distingue bien évidemment de ceux-là ceux qui, pour critiquer Heidegger, tentent de le faire avec sérieux, comme Peter Trawni, qui a une véritable connaissance de Heidegger) sautent sans vergogne sur des citations, ne s'occupant ni de leur contexte d'énonciation, ni de la pensée de Heidegger dans son ensemble, et alimentent ainsi la polémique. Voyez l'encre qu'a fait couler la phrase de Heidegger affirmant que le judaïsme était sans monde, alors qu'il suffit de voir à partir d'où le propos surgit (Heidegger parle à ce moment de la désolation, de l'américanisme et du déracinement) et de connaître ce que Heidegger entend par "monde" pour se rendre compte assez vite que ce propos n'a rien de nazi ! Et ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres...

Nous ne sommes à vrai dire pas plus avancés sur la question de Heidegger et de l'antisémitisme qu'en février, mois durant lequel je vous ai longuement répondu sur cette question dans le topic cité plus haut, et que je vous invite à relire. Car que Heidegger s’inscrivit au Parti Nazi et y prit part en tant que Recteur en avril 1933 avant de démissionner en février 1934 ne fait aucun doute depuis longtemps ; que Heidegger ait écrit certains propos sur les juifs et le judaïsme qui demandent à être étudiés sérieusement pour avancer dans cette question, c'est ce qu'on entrevoit en effet avec la publication des Cahiers noirs (dont je rappelle que le titre est sans rapport avec le contenu, puisque son nom lui vient simplement de la couleur noire de la couverture ; l'amalgame étant vite fait à cause des titres comme Le livre noir du communisme). Mais de là à prétendre que Heidegger est fondamentalement nazi, que sa pensée l’est tout aussi fondamentalement, qu'il a légitimé et soutenu le crime contre l'humanité, que son œuvre n'est qu'une fumée visant à dissimuler son terrible antisémitisme, voici un pas que ne franchissent que ceux qui ne le lisent pas et se contentent de baver leur bile pour faire marcher la machine anti-heideggerienne. Quand on sait ce qu’est le nazisme, il est évident que le travail de Heidegger ne l’est pas. Et ainsi, quand bien même nous découvririons à terme qu'il y a bel et bien, indubitablement, des propos antisémites dans les Cahiers noirs, cela ne changerait pas le fait que jamais son œuvre et sa pensée ne pourront être déclarées nazies, ni de près, ni de loin. Comme le dit Hannah Arendt :

Arendt, Vies politiques, p.320 a écrit:
Car la tempête que fait lever le penser de Heidegger – comme celle qui souffle encore contre nous après des millénaires de l’œuvre de Platon – n’a pas son origine dans le siècle. Elle vient de l’immémorial et ce qu’elle laisse derrière elle est un accomplissement qui, comme tout accomplissement, fait retour à l’immémorial.


A partir de là, vos propos ci-dessus montrent un manque de probité inquiétant, et sont évidemment intolérables dans un Forum de philosophie, où nous sommes censés discuter à partir de textes, à partir de lectures profondes et sérieuses, à partir de questionnements et de recherches, et non comme vous le faites ici à la manière d'un pamphlétaire qui ne s'occupe pas de rendre intelligible son propos, et se limite à des déclarations sans fondements, "surfant" sur une polémique déjà bien violente. Aussi, puisque ma calme intervention de février à ce sujet n'a pas trouvé son chemin à vos oreilles, et que vous devenez de plus en plus virulent sur ce sujet au lieu d'être circonspect, je vais ici vous soumettre une alternative, que vous pouvez prendre à bon droit comme un ultimatum : soit vous vous abstenez de proclamer quoi que ce soit sur une question dont vous n'avez pas effleuré la surface, et vous vous appliquez alors à la poser/penser avec la rigueur et l'honnêteté qu'elle exige ; soit vous allez cracher vos médisances sur un Forum de polémique où pensée et sérieux ne font pas partie de la charte. 
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