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Les leaders

+3
Desassocega
Euterpe
WiCaM
7 participants

descriptionLes leaders - Page 3 EmptyRe: Les leaders

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Oui et il faut désormais faire face à un malentendu développé par les entreprises qui ne demandent plus des compétences, mais des qualités. Boltansky le développe assez bien.
Ensuite, la notion de hiérarchie révèle, à force, l'idée d'une répartition des responsabilités, mais non du pouvoir, le pouvoir étant quelque chose que l'on obtient par soi, la responsabilité quelque chose qui nous est dévolue.
Ce qui fait que du chef il ne reste finalement pas grand chose. Du leader encore moins.

descriptionLes leaders - Page 3 EmptyRe: Les leaders

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Euterpe a écrit:
Parler de leadership est un anachronisme. Vous occultez complètement la dimension sacrale de la fonction impériale, par exemple. En outre, le stoïcisme est si caractéristique d'une période si importante, significative et complexe de la civilisation romaine que l'originalité de Marc-Aurèle est moins dans ses écrits (adressés à lui-même, dans l'intimité même d'une pensée nécessairement solitaire en ceci qu'elle est celle d'un empereur), que dans le fait d'une rencontre historique et unique de l'action et de la pensée.

Y a-t-il un lien de cause à effet, entre la pratique philosophique d'un homme et son incapacité à exercer un "leadership" ? Voilà une chose qui paraît impossible à établir. Nous n'avons que des récurrences, lesquelles sont si répétitives, à l'échelle de 25 siècles, qu'il faut se faire une raison. Qu'avons-nous ? Des intellectuels engagés (Sartre, etc.) - mais quelle philosophie n'est pas engagée ? Ce que l'action est à l'homme d'État, la pensée l'est au philosophe. On peut, alors, poser la question de savoir ce qu'est la pensée, en tant qu'elle est action. Parmi les éléments de réponse, on retrouverait que toute philosophie, peu ou prou, est axiologique. Mais combien de philosophes correspondent au zoon politikon d'Aristote, autrement dit à cet homme qui parle et qui, ce faisant, agit ? (cf. ce qu'en dit Arendt). A cet homme, autrement dit encore, qu'on appelle homme politique ? Combien de philosophes d'un côté ? Combien de Périclès de l'autre - Périclès dont Thucydide vantait la faculté à penser, à juger du réel au moment où il se produit ?
Désolé de ne pas avoir répondu plus tôt, mais je voulais prendre le temps de relire un texte auparavant, car votre réponse m’a fait penser au problème de la « réalisation de la philosophie » chez Marx. J’avais vu rapidement ce point il y a quelques mois et ça m’est revenu à l’esprit en vous lisant.
 
Je me base sur les explications d’Emmanuel Renault dans Lire Marx. Soit une situation réelle identifiable empiriquement et une situation idéelle issue de la réflexion philosophique. Un « parti politique pratique » aurait tendance à refuser de considérer la situation idéelle ce qui, pour Marx, est une impasse, car une action véritablement libre doit être issue de consciences suffisamment éclairées. Un « parti politique théorique » aurait tendance à ne se baser que sur sa position théorique et se trouve alors coupé de la réalité historique et imperméable à toute critique. Marx résume cela en deux phrases : « vous ne pouvez pas supprimer la philosophie sans la réaliser » et « il croit pouvoir réaliser la philosophie sans la supprimer » (Introduction à l’Idéologie allemande). Pour surmonter ces deux positions intenables, Marx propose la mise en place d’une « philosophie critique » qui permettra un ancrage dans la réalité et un regard sur elle-même.
 
Ceci dit, par rapport aux questions de WiCaM, je ne sais pas si nous sommes toujours sur le même terrain. Marx parle plutôt de l’élaboration de la politique (la définition du « bien ») alors que le manager se charge de sa mise en œuvre (comment aller vers ce « bien »).
 
Concernant Marc-Aurèle, plusieurs aspects m’échappent effectivement, par manque de culture historique principalement. La dimension sacrale de la fonction impériale que vous donnez en exemple m’apparaît bien comme un point important maintenant que vous la mentionnez, mais je ne sais pas l’appréhender.
 
Enfin, sur un autre sujet et pour recoller aux questions de WiCaM, j’ai trouvé amusant que vous mentionniez Périclès, car La Guerre du Péloponnèse m’est venue à l’esprit en lisant le premier post de WiCaM. Je m’étais demandé si le contraste Périclès / Alcibiade était intéressant par rapport à ses questions.

Kthun a écrit:
De fait l'homme pratique doit moins se soucier de théorie que d'action. Il le sait instinctivement : vous poser trop de questions, autrement dit le fait d'intellectualiser les choses risque de constituer un obstacle à l'action. Mieux vaut se concentrer sur l'expérience.
Ça me gêne un peu comme position. Je vais tenter de m’expliquer à l’aide d’une métaphore sportive. Dans de nombreux sports (tous ?), il est nécessaire de « désapprendre » des réflexes naturels pour les remplacer par de nouveaux, plus efficaces. Pour prendre un exemple simple, en boxe, lorsque vous voyez arriver le poing de votre opposant, le réflexe naturel (instinctif) est de reculer en fermant les yeux. Or, il est beaucoup plus efficace d’esquiver en avançant (pour être en mesure de répliquer immédiatement) et en gardant les yeux ouverts (plutôt évident ça). On voit ici que si « intellectualiser » pendant l’action peut poser quelques problèmes, il est tout de même important « d’intellectualiser » avant l’action en vue d’être prêt pour l’action.

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JimmyB a écrit:
Dans le monde du travail il n'y a pas une seule vision du chef ni un seul mot pour le désigner et généralement chaque mot différent incarne une vision différente du sens qu'on lui donne. Souhaitez vous comprendre ce que c'est qu'être un manager ? Un patron ? Un dirigeant ? Un président ?
Oui, en admettant que ce soit vrai, est-il nécessaire d'avoir ouvert le moindre livre philosophique pour le deviner (ce qui constitue, je le rappelle, mon point de départ) ? Pour ce qui est des étiquettes, vous pouvez désigner la même activité par différents termes ("femme de ménage", "technicien de surface") sans pour autant qu'elle ne se transforme.

Dienekes, on peut aussi soutenir l'idée, ce qui mettra tout le monde d'accord, que théorie et pratique sont dans un rapport de mutuelle dépendance. La théorie existe évidemment dans le cadre de quelque activité ("comment effectuer telle tâche ?", "comment parvenir à la fin X ou Y ?") en fonction de la pratique. La "théorie" dont il est question est celle qui s'éloigne du domaine de la pratique pour voler dans le ciel des idées, des principes, des questions philosophiques ("qu'est-ce qui justifie ma position, mon autorité, ma légitimité ?"). Dans son activité il ne lui est aucunement nécessaire de rejoindre ce domaine. En fait il peut très bien avoir une représentation inexacte voire fausse de son activité sans que cela ne porte à conséquence ; de même que nous n'attendons pas de notre boucher qu'il connaisse la pensée de Marc-Aurèle. Je réagissais initialement dans la mesure où il n'est peut-être pas dans l'intérêt d'un chef, ni de son rôle, d'interroger sérieusement la nature du pouvoir, douter (en questionnant) de la légitimité de son exercice.

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En admettant que ce soit vrai puisque ça l'est, chaque terme désigne une vision de la responsabilité différente et du rapport au subalterne différent également. Contrairement à la femme de ménage.
Ah ! mais rien n'est nécessaire quand il s'agit de philosophie, si l'on va jusqu'au bout de votre logique...

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Que n'importe qui puisse devenir un leader un jour, pourquoi pas, mais cela ne dit rien de ce qui distingue le leader et des conditions qui mènent un homme, et non un autre, à devenir en certains circonstances (celles que vous présupposez et qui sont paradoxalement, si elles peuvent s'appliquer à n'importe qui, universelles et particulières à chaque fois) un leader qui se détache du reste du groupe. Que le leader soit choisi, certes, mais est-ce toujours le cas ? Et même en démocratie, le choix n'est-il pas motivé par des raisons inconscientes ? Comment choisit-on, d'après quels critères, et est-on sûr que l'on n'est pas influencé malgré nous dans notre choix ? Le leader en puissance ne doit-il pas aussi faire preuve de qualités qui pourraient être jugées comme mauvaises (alors qu'on prétend le choisir pour de bonnes raisons), comme l'éloquence qui capte l'attention, séduit, et qui font que les hommes en compétition ne sont pas égaux entre eux puisqu'ils ne possèdent pas tous les mêmes talents, du moins pas au même degré ? Ne leur faut-il pas non plus "travailler" explicitement ou implicitement leur public ? Ne jugez-vous pas trop le leader d'un point de vue idéal, oubliant les contradictions propres au réel et à l'humain, et comme s'il était un prestataire de services devant réponse à la demande des autres ? Et comment se rend-on légitime ? Les leaders n'ont pas toujours été démocrates, et même les démocrates ont des méthodes et des attitudes qui ne répondent pas aux souhaits de ceux qu'ils conduisent, lesquels ne bénéficient pas de toute la transparence nécessaire ni d'un pouvoir suffisant pour décider en âme et conscience de leurs leaders. Leur poids dans la constitution d'un homme en leader n'est pas non plus si important. César ou Sarkozy, par exemple (pour prendre des extrêmes et des opposés), étaient-ils légitimes, reconnus pleinement, attendaient-ils même la reconnaissance pour s'imposer et diriger, l'accord de tous ? N'y a-t-il pas des rapports de force à prendre en compte ? Enfin, toute personne désignée comme chef est-elle un leader ? Elisez-moi demain, il est fort probable que je ne sache ni convaincre ni décider...
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