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L'idéalisation de l'État.

+4
Liber
Intemporelle
broceliand
Udenlandske
8 participants

descriptionL'idéalisation de l'État. - Page 2 EmptyRe: L'idéalisation de l'État.

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C'est un peu exagéré de parler d'État uniquement à propos des États modernes (sauf sous le point de vue du vocabulaire). Rome était un État (République ou Empire), les cités grecques étaient des États, la sérénissime Venise, le Vatican. Je définis l'État comme une puissance impersonnelle, que même le souverain doit servir, et qui subsiste malgré le changement de gouvernant. Ainsi Louis XIV disait que l'État demeurerait après sa mort. C'était déjà le cas chez les Romains. La république passe à l'Empire, les Empereurs meurent, mais Rome subsiste ("la ville éternelle"). Autre exemple : les pharaons d'Égypte. Plus l'État est apte à survivre à la mort de son chef, plus il est solide. Ainsi l'empire hittite ne fut pas aussi solide, malgré sa puissance militaire, que l'Égypte, puisque des dissensions internes entre familles dominantes aboutirent à sa destruction.

Pour répondre directement à la question posée, l'État est la victoire des plus faibles (les plus nombreux) sur les plus forts. L'État sert aux faibles de protection contre les forts. C'est une structure qui ressemble à celle d'une fourmilière ou d'une ruche (Freud parle d'États animaux). Nous ne pouvons être heureux que si cette structure ne nous écrase pas. C'est pourquoi Freud disait que nous serions fort malheureux si nos États ressemblaient à ceux des insectes. Finalement, les animaux ne sont-ils pas plus libres, même en troupeaux, que nous ? Les éléphants, les mustangs, par exemple. Ils n'ont peur de personne, n'ont pas besoin de police, vont où ils veulent. D'un autre côté, l'animal qui est dominé dans le troupeau l'est vraiment plus que nous.

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D'où l'intéret de préciser la terminologie. A la fois du point de vue de la philosophie politique, et du point de vue linguistique (puisque l'émergence du terme dans son sens politique est récente et liée à l'État moderne), l'État s'entend au sens moderne d'État, du fait de la spécificité historique du concept, qui requiert une claire délimitation. Parler de Rome, ou de l'Egypte des pharaons comme d'un État, c'est justement prendre le risque de perdre tout ce qui fait la spécificité du terme : notamment le fait que l'émergence de l'État est concomitante de l'autonomisation de la société, quand on parle d'État, on désigne avant tout une institution administrative et politique qui se distingue de la société et qui la gère de l'extérieur (gestion qui peut impliquer divers attributs, notamment le monopole de la violence légitime qu'évoque Weber). Cette opposition ne se retrouve pas dans l'Antiquité d'où le fait assez significatif qu'il n'y a pas de termes dans les langues anciennes, pour désigner l'État, ou la société, comme deux entités séparées. La société était toujours incluse, présupposée dans le nom que l'on donnait à l'organisation politique, et ne s'en dissociait pas.

Par ailleurs, même en prenant une définition élargie, il existe toujours des formes de structuration des sociétés qui échappent à toute définition de l'État, de près ou de loin, par exemple les "sociétés primitives", que Pierre Clastres ou Marcel Gauchet ont étudiées, et qui pourtant, malgré cette absence d'État sont régies par des règles et des lois. Donc le terme d'État, même si l'on élargit la définition, est toujours impropre à englober toutes les formes de structuration des sociétés par des lois. Or, ce que Udenlandske semble critiquer, c'est moins l'État en tant que tel que le fait que les hommes soient soumis à des lois/règles instituées. Identifier l'État à l'institution (le fait que des sociétés soient structurées par des lois), malgré tous les élargissements de définition que l'on puisse faire, c'est toujours abusif.

Supprimer l'État ne veut pas automatiquement dire que les hommes ne seront plus soumis à aucune lois instituées. Donc pour clarifier le débat, il faudrait savoir clairement si ce qui vous pose problème, Udenlandske, c'est l'État en tant que tel, ou le fait que les hommes soient soumis à des lois ?

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Intemporelle a écrit:
quand on parle d'État, on désigne avant tout une institution administrative et politique qui se distingue de la société et qui la gère de l'extérieur (gestion qui peut impliquer divers attributs, notamment le monopole de la violence légitime qu'évoque Weber). Cette opposition ne se retrouve pas dans l'Antiquité d'où le fait assez significatif qu'il n'y a pas de termes dans les langues anciennes, pour désigner l'État, ou la société, comme deux entités séparées.
Vous avez pourtant, avec Rome et l'Égypte, deux types d'État gouvernés par des administrations toutes puissantes (y compris les prêtres en Égypte), qui vont jusqu'à renverser des souverains.

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Liber a écrit:
Intemporelle a écrit:
quand on parle d'État, on désigne avant tout une institution administrative et politique qui se distingue de la société et qui la gère de l'extérieur (gestion qui peut impliquer divers attributs, notamment le monopole de la violence légitime qu'évoque Weber). Cette opposition ne se retrouve pas dans l'Antiquité d'où le fait assez significatif qu'il n'y a pas de termes dans les langues anciennes, pour désigner l'État, ou la société, comme deux entités séparées.

Vous avez pourtant, avec Rome et l'Egypte, deux types d'État gouvernés par des administrations toutes puissantes (y compris les prêtres en Égypte), qui vont jusqu'à renverser des souverains.

Les exemples de Rome et de l'Égypte sont justement très intéressants puisque précisément, elles se fondent sur une religion avant tout civile, ce qui montre l'étroite interpénétration du fait politique, du fait religieux, et du fait civil dans ces sociétés antiques. Alors que l'État tel que défini par la philosophie politique, fonctionne sur un principe de dissociation, pour revendiquer seul l'exercice légitime du pouvoir et de la force. C'est précisément à cause de ce principe de dissociation qu'il existe des termes différents dans nos langues modernes, pour identifier des réalités qui étaient indissociables dans les communautés antiques. C'est ce que constatait déjà Rousseau, dans sa conclusion à l'anecdote sur cette Spartiate qui, lorsqu'elle apprend que ses cinq fils sont morts pour la cité, va remercier les dieux au temple pour la victoire de la cité : « Voilà la citoyenne. Celui qui dans l’ordre civil veut conserver la primauté des sentiments de la nature ne sait ce qu’il veut, il ne sera jamais ni homme ni citoyen, ce sera un des hommes de nos jours, un français, un anglais, un bourgeois, ce ne sera rien. » L'État, c'est cette forme politique spécifique qui prétend ne s'appliquer que sur des individus dépouillés de toute appartenance sociale ou religieuse, précisément parce que ce dépouillement est la condition de son pouvoir. Ainsi l'homme moderne est un bourgeois, un ouvrier, un chrétien dans sa vie privée, mais aux yeux de l'État il est avant tout un sujet (ou citoyen, selon le type d'État). Dans les sociétés antiques, il existait encore des espaces qui échappaient au pouvoir politique : les lieux sacrés, inviolables par exemple. L'originalité de l'État c'est précisément qu'il revendique le monopole du pouvoir sur tout ce qui existe dans les limites de ses frontières. La disparition de l'inviolabilité des églises en est un exemple, et plus récemment, l'affaire des Inventaires, en 1906. Aucun lieu ne doit échapper au pouvoir de l'État, et les seules limites à la puissance de l'État sont fixées du dedans, par les lois, et du dehors, par les frontières.

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broceliand a écrit:
Justement en quoi pensez-vous que l'Humanité est "bonne" ? Je suis relativement sceptique. Dans nos sociétés modernes, difficile d'y voir une telle humanité, tant nos intentions vers autrui sont tournées vers la quête de nos intérêt personnels. Pascal affirmait d'ailleurs : "En un mot, le moi a deux qualités : il est injuste en soi, en ce qu'il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres, en ce qu'il les veut asservir : car chaque moi est l'ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres".

Je vous trouve un peu "pessimiste". ;) Il me semble que rien n'est bon ou mauvais en soi.

Pour ce qui est de l'État asservissant, serait-il plus exact de dire que c'est son universalisation (et l'universalisation en général), parfois imposée (les impôts et autres taxes, par exemple) qui asservit, limite notre liberté et tue l'authenticité (de la découverte de l'inconnu, de l'expérience) ainsi que la diversité ? Une autorité "par défaut" aurait remplacé une autorité "authentique" (que chaque personne peut développer).

Intemporelle a écrit:
montrant comment l'État, qui n'est qu'une construction historique, a finalement fini par s'imposer abusivement comme le seul mode possible d'organisation des sociétés humaines, du fait précisément de son efficacité par rapport à d'autres formes d'organisation.
Ce serait un exemple de technicité que Jacques Ellul constate et déplore, il me semble.
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