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L'idéalisation de l'État.

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Liber
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descriptionL'idéalisation de l'État. - Page 4 EmptyRe: L'idéalisation de l'État.

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Silentio a écrit:
L'anarchisme est un apprentissage de la confiance en soi, en notre liberté et en autrui, tandis que le libéralisme justifie le retrait de la société, le mépris d'autrui et la servitude volontaire en tant qu'il projette sur la nature humaine les relations violentes qu'il produit et que l'ordre établi maintient (notamment par la doctrine libérale).

En quoi le Libéralisme justifie-t-il de se retirer de la société ? L'individualisme, avec le retrait dont vous parlez, est un mal décrié par les libéraux eux-mêmes, notamment Tocqueville (pour peu qu'on le considère comme libéral).

Qu’entendez-vous par relations violentes ?

descriptionL'idéalisation de l'État. - Page 4 EmptyRe: L'idéalisation de l'État.

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Il s'agit d'un individualisme considérant la liberté et le pouvoir comme négatifs. La liberté consiste à se défendre de toute atteinte, de toute contrainte. Qu'elle soit le fait d'autrui ou de l'État. Ajoutons à cela ce paradoxe : l'État est puissant et conduit d'autant plus à le laisser faire et à se retirer devant lui que le libéralisme justifie la primauté de l'individu (recherchant ses jouissances en privé) sur le citoyen (lequel n'existe quasiment pas, puisque la contradictoire "démocratie représentative" spolie le peuple, rendu absent de l'exercice du pouvoir et de la souveraineté, de cette dernière). Ainsi vous êtes d'autant plus à la merci du pouvoir étatique. C'est d'ailleurs le paradoxe terrifiant du Leviathan : par l'État, l'homme devient un dieu pour l'homme, mais le prix de la sûreté est cher à payer puisqu'il s'agit de sacrifier une partie de sa liberté à un souverain tout-puissant qui a droit de vie et de mort sur soi. Entre les autres et moi, entre les institutions et moi, pour limiter le pouvoir, il y aura le rempart du droit.

Quant aux relations violentes ou conflictuelles, elles résultent justement de ces rapports de force entre différentes libertés essayant de s'accaparer différents biens ou en concurrence pour l'obtention d'honneurs, ce qui est causé par l'amour-propre comme ressort de la société telle que décrite et critiquée par Rousseau. Hobbes a projeté ces conflits d'intérêts et d'egos sur une fausse condition naturelle de l'homme dépouillé de cette même société qui le pousse à se comparer à autrui. Il est alors facile de justifier la monarchie lorsque l'on croit montrer que l'homme est naturellement avide de pouvoir et agressif (alors que cela implique déjà la société !), il faudra nécessairement lui opposer un pouvoir et le légitimer par cette menace. Le pouvoir a besoin de se légitimer par la sécurité, il faut donc faire peur. Hobbes a fait de la peur de la mort (notamment de la mort violente) l'un des ressorts les plus déterminants de la nature humaine. Mais dans l'état de nature, sans institutions, sans le langage et la reconnaissance des signes, etc., l'homme n'existe pas en tant que tel, ni son ennemi, car il ne peut y avoir de reconnaissance de soi et d'autrui. C'est au contraire l'apparition de cette reconnaissance, via la sociabilité et son développement historique, qui pose la question du pouvoir et de la lutte pour y accéder. On ne se contente plus d'être soi (amour de soi), on s'ouvre à une insuffisance de soi dans la rencontre avec autrui, notamment autour de la question de l'accès aux ressources. C'est l'état de société qui s'est fondé sur la violence, par la violence, dans le cadre de cette accumulation de ressources. L'état de droit régule ces conflits, tout en légitimant sans le remettre en cause l'ordre établi qui s'appuie sur cette violence originaire. L'état de nature violent n'est qu'un mythe pour s'auto-justifier et faire perdurer une forme de domination (qu'on pourra par exemple interpréter en termes marxistes, cf. l'histoire comme lutte des classes dans le Manifeste).

descriptionL'idéalisation de l'État. - Page 4 EmptyRe: L'idéalisation de l'État.

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Oui, mais pour moi les anarchistes individualistes sont avant tout individualistes et non pas anarchistes, au sens politique de ces termes. C'est-à-dire qu'ils sont apolitiques (bien qu'ils plaident parfois pour une vision aristocratique de la société, dans laquelle ils se donnent le beau rôle, ou aident à justifier une politique réactionnaire, par exemple simplement en légitimant le statu quo, la société établie). En général ils s'accordent plutôt bien avec la mentalité libérale (notamment son côté subversif, tandis que le côté politique est occulté). Ils peuvent contester la société mais peiner à proposer un modèle alternatif de société, puisqu'ils conçoivent le pouvoir (sauf s'ils l'exercent !) comme négatif. Ils se replient alors sur eux-mêmes, sur leur subjectivité érigée en idole. Pendant ce temps la réalité continue son œuvre, sans eux et leur mégalomanie doublée d'autisme.

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Silentio a écrit:
Il s'agit d'un individualisme considérant la liberté et le pouvoir comme négatifs. La liberté consiste à se défendre de toute atteinte, de toute contrainte. Qu'elle soit le fait d'autrui ou de l'État.

Existe-t-il une autre vision possible de la liberté ? La liberté entendue comme absence d’entrave n’est qu’une idée, même dans l’état de nature où la limite est autrui. Une nuance tout de même, la liberté de l’état de nature, ce droit illimité sur toute chose, est justement la source de cet état de guerre de tous contre tous. Le retrait de la sphère collective, au profit d’une individualité, est déjà présent chez Cicéron – et les stoïciens en général (?) -, avec sa thèse de la propria natura. Le fait n’est pas imputable au libéralisme. 
Ajoutons à cela ce paradoxe : l'État est puissant et conduit d'autant plus à le laisser faire et à se retirer devant lui que le libéralisme justifie la primauté de l'individu (recherchant ses jouissances en privé) sur le citoyen (lequel n'existe quasiment pas, puisque la contradictoire "démocratie représentative" spolie le peuple, rendu absent de l'exercice du pouvoir et de la souveraineté, de cette dernière). Ainsi vous êtes d'autant plus à la merci du pouvoir étatique. C'est d'ailleurs le paradoxe terrifiant du Leviathan : par l'État, l'homme devient un dieu pour l'homme, mais le prix de la sûreté est cher à payer puisqu'il s'agit de sacrifier une partie de sa liberté à un souverain tout-puissant qui a droit de vie et de mort sur soi. Entre les autres et moi, entre les institutions et moi, pour limiter le pouvoir, il y aura le rempart du droit.

Plusieurs remarques. La faiblesse de l’homme, autonome et indépendant (cf. Tocqueville) n’est pas le fait de l’état mais de l’absence de corps intermédiaires – qui ont disparu sous la pression du grand nombre. Tocqueville regrette justement la disparition de l’aristocratie pour ça et s’évertue à faire sortir l’homme de sa petite société. Ortega parle également d’un retour à l’aristocratie (avec toutes les nuances propres qu’il entend). On pourrait ajouter la peur de l’anarchie qui conduit à l’étatisme, mais c’est davantage un trait de la démocratie que du libéralisme.

La sentence que vous attribuez au libéralisme « recherchant ses jouissances en privé » et la remarque sur la démocratie représentative n’est-elle pas davantage un caractère commun à l’homme ? Veyne, dans le Pain et le cirque, a cette phrase formidable :
Paul Veyne a écrit:
Mais la dépolitisation chère aux dictateurs n’est pas autre chose que la culture forcée d’un apolitisme naturel.

L’homme ne cherche qu’une égalité dans les droits – d’où l’opposition petit/grand nombre – puis la jouissance passive de ses biens garantie par l’État.

Les deux points peuvent être compris comme deux justifications possibles, bien qu’à mon sens complémentaires, de cette toute-puissance de l’État. Je vous rejoins sur la maladie, perte du civisme, pas sur le diagnostic.
Il apparaît important de souligner que le pouvoir du Léviathan, sa légitimité est extraite d’un contrat double (association et soumission) ! Manent relève que c’est l’homme qui par contrat a volontairement décidé de se placer sous l’autorité du Léviathan, de sorte que les actes de celui-ci sont les actes de l’homme. Attention toutefois aux assimilations abusives, la volonté reste affaire d’individu, le sujet ne reconnaît nullement sa volonté dans celle du roi. Plus simplement, dit Manent :
qu’il s’agisse d’aristocratie, de monarchie, de démocratie, la légitimité de ces régimes, qui ne fait qu’un avec le mode de leur génération, de leur institution est essentiellement démocratique. Leur fondement est dans le consentement de chacun. Le pouvoir du souverain ne lui appartient pas par nature ou par grâce, il lui est toujours donné ou laissé par ses sujets.


Quant aux relations violentes ou conflictuelles, elles résultent justement de ces rapports de force entre différentes libertés essayant de s'accaparer différents biens ou en concurrence pour l'obtention d'honneurs, ce qui est causé par l'amour-propre comme ressort de la société telle que décrite et critiquée par Rousseau. Hobbes a projeté ces conflits d'intérêts et d'egos sur une fausse condition naturelle de l'homme dépouillé de cette même société qui le pousse à se comparer à autrui. Il est alors facile de justifier la monarchie lorsque l'on croit montrer que l'homme est naturellement avide de pouvoir et agressif (alors que cela implique déjà la société !), il faudra nécessairement lui opposer un pouvoir et le légitimer par cette menace. Le pouvoir a besoin de se légitimer par la sécurité, il faut donc faire peur. Hobbes a fait de la peur de la mort (notamment de la mort violente) l'un des ressorts les plus déterminants de la nature humaine. Mais dans l'état de nature, sans institutions, sans le langage et la reconnaissance des signes, etc., l'homme n'existe pas en tant que tel, ni son ennemi, car il ne peut y avoir de reconnaissance de soi et d'autrui. C'est au contraire l'apparition de cette reconnaissance, via la sociabilité et son développement historique, qui pose la question du pouvoir et de la lutte pour y accéder. On ne se contente plus d'être soi (amour de soi), on s'ouvre à une insuffisance de soi dans la rencontre avec autrui, notamment autour de la question de l'accès aux ressources. C'est l'état de société qui s'est fondé sur la violence, par la violence, dans le cadre de cette accumulation de ressources. L'état de droit régule ces conflits, tout en légitimant sans le remettre en cause l'ordre établi qui s'appuie sur cette violence originaire. L'état de nature violent n'est qu'un mythe pour s'auto-justifier et faire perdurer une forme de domination (qu'on pourra par exemple interpréter en termes marxistes, cf. l'histoire comme lutte des classes dans le Manifeste).

La compétition pour les biens est régulée par les lois, et en dernier ressort par la puissance de l’État. Ce que Rousseau décrit correspond aux moteurs de l’action que Hobbes définit en parlant de l’état de nature. Ceci étant, j'admets devoir me renseigner sur la critique que Rousseau fait de Hobbes. La dernière phrase résume toute notre opposition. L’état de nature hobbesien, quand bien même il serait impossible de distinguer autrui et soi (pour toutes les raisons que vous avancez), n’empêche pas l’individu défini comme raisonnable d’observer son intérêt et les menaces que représentent potentiellement les autres individualités qui l’entourent.

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