Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Considération sur la psychologie et la sociologie.

3 participants

descriptionConsidération sur la psychologie et la sociologie. EmptyConsidération sur la psychologie et la sociologie.

more_horiz
On m’a invité à créer un sujet traitant du sujet. Il semblerait qu’il règne un dédain non justifié de la part de la sociologie pour la psychologie. Kthun, je vous laisserai corriger mes dires s’ils sont faux, puisque c’est ce que j’ai compris de vos propos. Je tenterai d’expliquer les divergences que je vois entre les deux disciplines. Je tiens à préciser qu’il n’y a pas de déconsidération particulière de la psychologie pour la sociologie, ou du moins je n’ai pas encore eu l’occasion de la ressentir.

La psychologie s’intéresse à l’individu, et même dans ce qui la rapproche le plus de la sociologie, la psychologie sociale. L’individu est le centre des études en psychologie. En psychologie sociale par exemple, on cherche à savoir comment l’individu réagit en situation sociale (ou son contraire, l’isolement), comment il évolue, quels sont les processus de son évolution. On étudie l’influence d’un individu sur un autre individu, d’un groupe sur un groupe ou encore d’un individu sur un groupe et inversement. Bref, on s’intéresse à l’environnement social et à son impact sur l’individu.

Ce qui m’amène à la sociologie, qui n’a pour moi pas les mêmes buts ; la sociologie, comme l’indique son étymologie, étudie les sociétés. L’individu n’est pas sa prétention première, ou du moins si c’est le cas, ce serait alors considérer l’influence des sociétés sur l’individu et ainsi, on se limiterait à l’influence de l’environnement et aux conséquences externes de la société. Ce à quoi la psychologie ne s’intéresse pas, ou plutôt ne se limite pas. La sociologie, pour moi, étudie l’évolution, la structure, les processus de création et de développement des sociétés. La psychologie étudie l’individu, mieux, l’esprit de l’individu.

Ainsi, la sociologie doit pouvoir se servir de la psychologie et inversement, étant donné leurs domaines d’étude à la fois différents et complémentaires. La sociologie apportant les explications environnementales principalement, et la psychologie apportant les explications individuelles, l'impact des individus sur la société, la façon dont ils la façonnent et dont il sont façonnés par elle. Bref, ces disciplines ont tout à perdre à se rejeter l’une l’autre.

Ces divergences nous rapportent-elles à l’éternelle problématique de l’importance de la culture et de la nature ? La psychologie s’intéressant plus à la nature, et la sociologie à la culture ? La sociologie impute-t-elle l’ensemble des comportements à la société, ce que la psychologie ne fait pas (puisqu’elle doit prendre en compte la multiplicité des causes pouvant aboutir à un comportement) ?

Pendant que j’y pense, et peut être pourra-t-on m’éclairer, comment est née la sociologie ? De quelle discipline s’est-elle dégagée ?

P. S. : Je laisse aux administrateurs et/ou modérateurs, le soin de décaler le sujet si je ne l’ai pas correctement placé et m’excuse d’ores et déjà pour l’erreur commise si erreur il y a.

descriptionConsidération sur la psychologie et la sociologie. EmptyRe: Considération sur la psychologie et la sociologie.

more_horiz
jem a écrit:
Ce qui m’amène à la sociologie, qui n’a pour moi pas les mêmes buts, la sociologie, comme l’indique son étymologie, étudie les sociétés. L’individu n’est pas sa prétention première, ou du moins si c’est le cas, alors ce serait considérer l’influence des sociétés sur l’individu et ainsi, on se limiterait à l’influence de l’environnement et aux conséquences externes de la société. Ce à quoi la psychologie ne s’intéresse, ou plutôt ne se limite pas. La sociologie pour moi, étudie l’évolution, la structure, les processus de création et de développement des sociétés. La psychologie étudie l’individu, mieux, l’esprit de l’individu.

Cela ne reviendrait-il pas, in fine, à réduire la distinction entre la psychologie et la sociologie à l'opposition entre individu et société ? D'ailleurs, la société n'est-elle pas une notion (et non un concept) ? Qu'est-ce qu'on entend par là ? L'ensemble des interactions entre individus, l'ensemble des institutions ou un synonyme d'État-nation ? On se rend compte, par exemple, qu'il n'y a pas de consensus concernant l'objet de la sociologie ("l'action sociale" pour Dubet et le "règne humain" pour Baechler). La différence entre la sociologie et la psychologie ne serait-elle pas réductible à une différence entre les paradigmes, au sens de Kuhn (c'est-à-dire qu'une discipline est organisée autour de la résolution d'énigmes particulières dans un cadre défini), qui sont utilisés ?

jem, pouvez-vous nous en dire plus sur les rapports entre la psychanalyse (omniprésente dans les sciences humaines) et la psychologie ?

descriptionConsidération sur la psychologie et la sociologie. EmptyRe: Considération sur la psychologie et la sociologie.

more_horiz
Cela ne reviendrait-il pas, in fine, à réduire la distinction entre la psychologie et la sociologie à l'opposition entre l'individu et la société ?

Pourquoi parler d’opposition ? Il n’en est pas question nulle part. Je n’oppose pas l’individu à la société, je les associe, la psychologie étudie l’individu dans la société, la sociologie étudierait donc la société dans laquelle se situe l’individu.

On se rend compte, par exemple, qu'il n'y a pas de consensus concernant l'objet de la sociologie ("l'action sociale" pour Dubet et le "règne humain" pour Baechler).

Cela me semble insensé. Comment peut-on rassembler un certain nombre de choses si ces choses n’ont pas un minimum d'éléments en commun ? Si elles ne sont pas liées par un objet commun ? En psychologie, c’est l’esprit humain.  

La différence entre la sociologie et la psychologie ne serait-elle pas réductible à une différence entre les paradigmes, au sens de Kuhn (c'est-à-dire qu'une discipline est organisée autour de la résolution d'énigmes particulières dans un cadre défini), qui sont utilisés ?

Pouvez-vous expliciter votre pensée ? Je crains de ne pas être d’accord avec Kuhn, je n’ai pas cette définition d’une discipline.

pouvez-vous nous en dire plus sur les rapports entre la psychanalyse (omniprésente dans les sciences humaines) et la psychologie ?

Concernant la psychanalyse, vous semblez faire d’elle une discipline à part de la psychologie alors qu’en fait la psychanalyse est une discipline à part dans la psychologie. La psychanalyse est, à l’origine, un des domaines développés dans le cadre du domaine de la psychologie, c’est une des théories sur la structure de l’esprit (un peu comme les théories de Piaget).


Néanmoins, la psychanalyse est relativement mal vue aujourd’hui dans le domaine de la psychologie. On connaît tous, je crois, les torts de la psychanalyse, et je ne vous apprendrais rien que vous ne puissiez connaître, avec plus de précision, sur ce que de nombreux ouvrages ont traité* encore et encore. Il est un des défauts qui, je crois, explique le rejet que connaît la psychanalyse en psychologie.


La décrédibilisation de la psychologie. La psychologie a eu énormément de mal à faire reconnaître son intérêt, et la fiabilité de ses résultats, son statut de science est encore et toujours contesté, pire encore : la plupart des citoyens lambda ne savent même pas que la psychologie est une science, ils ont en eux l’image du psychologue (« qui n’est même pas médecin »), assis derrière un divan, dessinant des petits dessins et faisant payer une inutile séance à un prix exorbitant. Encore plus agaçant, ils sont persuadés qu’un psychologue « analyse » les gens, et que le facteur et la coiffeuse font la même chose que le praticien.


Bref, la psychanalyse a défait ce que la psychologie avait de scientifique, et la psychologie rejette maintenant avec ferveur cette discipline qui a failli marquer la fin de ce qu’elle avait peiné à construire. Les théories psychanalytiques connaissent aujourd’hui, dans mon université du moins, un dédain et sont aisément sujettes à plaisanterie. Nos professeurs n’y sont pas pour rien. La psychanalyse a falsifié des résultats, s’est gargarisée d’une grandeur non méritée, et a des biais méthodologiques monumentaux ! Elle rejette l’empirisme et l'objectivation des résultats, elle prend la part clinique (contre la généralisation des résultats) du débat avec les naturalistes (pour la généralisation des résultats). Et malgré tous ces éléments, elle affirme être une science.

Dans les critiques de la psychologie contre la psychanalyse, il n’est pas nécessairement question de critique envers les théories directement, mais de critique envers la méthode, ou alors de critique envers l'opacité des théories (cf. rejet de l’empirisme).

(*Ici, dois-je accorder "traité" ? Le cod de la phrase est placé avant le verbe avoir ici non ? )

descriptionConsidération sur la psychologie et la sociologie. EmptyRe: Considération sur la psychologie et la sociologie.

more_horiz
jem a écrit:
Est-ce que cela ne reviendrait-il pas, in fine, à réduire la distinction entre la psychologie et la sociologie à l'opposition entre l'individu et la société ?

Pourquoi parler d’opposition ? Il n’en est pas question nulle part. Je n’oppose pas l’individu à la société, je les associe, la psychologie étudie l’individu dans la société, la sociologie étudierait donc la société dans laquelle se situe l’individu.

La distinction analytique entre "l'individu" et la "société", si vous préférez.

On se rend compte, par exemple, qu'il n'y a pas de consensus concernant l'objet de la sociologie ("l'action sociale" pour Dubet et le "règne humain" pour Baechler).


Cela me semble insensé. Comment peut-on rassembler un certain nombre de choses si ces choses n’ont pas un minimum d'éléments en commun ? Si elles ne sont pas liées par un objet commun ?

Il faut se référer au concept de connaissance tacite développé par Michael Polanyi. C'est-à-dire la connaissance moins théorique que pratique de l'homme de science. Autrement dit, c'est une connaissance implicite n'impliquant pas pour lui de devoir connaître et les règles qui sont au principe de son domaine d'étude et l'histoire de sa discipline.

En psychologie, c’est l’esprit humain.

Comment définiriez-vous cet "esprit humain" ?

La différence entre la sociologie et la psychologie ne serait-elle pas réductible à une différence entre les paradigmes, au sens de Kuhn (c'est-à-dire qu'une discipline est organisée autour de la résolution d'énigmes particulières dans un cadre défini), qui sont utilisés ?


Pouvez-vous expliciter votre pensée ? Je crains de ne pas être d’accord avec Kuhn, je n’ai pas cette définition d’une discipline.

En gros, il y a deux sens au terme paradigme. L'un, sociologique, à savoir une communauté de scientifiques. L'autre, philosophique, à savoir un cadre théorique à l'intérieur duquel l'objectif consiste à résoudre des énigmes. Si vous préférez, c'est l'utilisation d'une théorie (et non ses objets), un modèle, qui pourrait définir une discipline scientifique.

descriptionConsidération sur la psychologie et la sociologie. EmptyRe: Considération sur la psychologie et la sociologie.

more_horiz
La distinction analytique entre "l'individu" et la "société", si vous préférez.

Alors je reste sur mes positions. Il y a je pense, entre l'une et l'autre, un changement de degré. Et puis je pense que la société dépasse le groupe d’individus. C’est une création qui émane de l’individu, ou plutôt d’un ensemble d’individus, mais cette notion dépasse ce groupe, et elle le dépasse d’autant plus que l’apport de ce groupe persiste même après sa disparition. Je définirais une société comme « l’esprit » qui unit les individus entre eux, qui les unit à leur passé et à leur présent, en d’autres termes c’est ce qui situe l’individu dans le temps et l’espace.

Il faut se référer au concept de connaissance tacite développé par Michael Polanyi. C'est-à-dire la connaissance moins théorique que pratique de l'homme de science. Autrement dit, c'est une connaissance implicite n'impliquant pas pour lui de devoir connaître et les règles qui sont au principe de son domaine d'étude et l'histoire de sa discipline.

Cela équivaudrait donc à dire : « Je suis sociologue, mais je ne sais pas ce que c’est que la sociologie. » ?

Comment définiriez-vous cet "esprit humain" ?

Je rendrais honneur à Binet qui définit l’intelligence comme étant : « ce que mesure mon test ». Je dirais donc que l’esprit humain, c’est ce que j’étudie. Je ne peux pas le définir, je ne peux que le supposer. Je crois qu’en fin de compte, cela va bien avec ce que vous dites à propos de la sociologie : c’est une connaissance tacite. D’ailleurs, Wolff définit l’objectif de la psychologie empiriste comme la comprendre de ce à quoi sert l’esprit, et non comme le savoir de ce qu’est l’esprit. Et quand j’y pense, c’est vrai que jamais on ne définit « l’esprit humain » dans mes cours, ou alors très rapidement, de manière incomplète. Je dirais que l’on pense que c’est ce qui motive et ordonne les comportements quels qu’ils  soient.  Ou du moins, on trouve sa manifestation dans les comportements. Ces deux dernières définitions sont ce qu’a introduit mon professeur de méthodologie expérimentale.

 En gros, il y a deux sens au terme paradigme. L'un, sociologique, à savoir une communauté de scientifiques. L'autre, philosophique, à savoir un cadre théorique à l'intérieur duquel l'objectif consiste à résoudre des énigmes. Si vous préférez, c'est l'utilisation d'une théorie (et non leur objet), un modèle, qui pourrait définir une discipline scientifique.

Vous pensez donc que la différence se situe dans l’utilisation que nous faisons chacun des théories ? Un peu comme quand Herbart reprend la notion de force de Newton pour l’appliquer à la psychologie ?


Cela n’est pas faux, mais pas tout à fait vrai non plus. Quelque chose me fait hésiter à agréer totalement. Il y a tout de même une interdépendance non ? La psychologie a des théories propres qu’il serait absurde de transposer à la sociologie non ? Et inversement.


A moins que j'aie mal saisi, et que vous considériez une théorie globale comme une discipline (de type 1 pour  1), mais là je suis coincé, car je n’arriverais pas à définir la psychologie à partir d’une théorie, ou plutôt, je ne parviendrais pas à englober la psychologie sous une seule et même théorie.  


Et selon vous, qui êtes plus savant que moi sur le sujet, qu’est-ce que la sociologie ?  
Et pourquoi m’avoir demandé les relations que la psychologie entretenait avec la psychanalyse ?
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum