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Êtes-vous addict à internet ?

+3
Euterpe
Silentio
Liber
7 participants

pollEtes-vous addict à internet ?

Oui
10
71%
Non
4
29%
Total des votes:
14

descriptionÊtes-vous addict à internet ? - Page 3 EmptyRe: Êtes-vous addict à internet ?

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NOU-JE a écrit:
S'il s'agit de dire que je ne sais pas penser
Ne déformez pas mes propos... Vous ne savez pas penser la technique, vous ne savez pas en faire un objet de pensée. D'abord parce que Stiegler ne vous donne pas les éléments qui vous permettraient de le faire, ensuite parce que vous appliquez systématiquement vos mêmes schémas à tout et à n'importe quoi ou qui (Debord, Marx, Deleuze...).

NOU-JE a écrit:
Bon, dans le fond, vous en pensez quoi d'internet ?
La question n'est pas de savoir ce que je pense d'internet, ou ce qu'en pense quelqu'un d'autre. La question est de savoir ce qu'est "l'objet" internet, quelle connaissance on en peut avoir. Je vous l'ai dit, internet n'a pas une fonction à laquelle on l'aurait préassigné. Les fonctions sont venues avec les usages qu'on en fait. Il ne se passe presque pas un jour sans qu'on ne lui en invente de nouveaux. Parce que n'étant ni un objet au sens commun, ni un outil, il n'a pas de destination évidente. Si, donc, on s'en rapporte aux usages qu'on en fait, que constate-t-on ? L'usage principal concerne les réseaux sociaux, Facebook en tête. Pour autant Internet est-il le support d'un nouveau type de relations ? Non. La recherche d'informations prend une place importante. Sauf qu'internet ne propose pas de hiérarchisation, les sources et la qualité de l'information constituent un problème majeur. Les blogs et les forums, innombrables, montrent (les enquêtes le confirment) que les usagers souhaitent d'abord et avant tout s'exprimer et commenter les informations plutôt que d'en chercher, donner des avis plutôt que de les éclairer et de les étoffer avec de l'information. C'est du reste comme ça qu'on vend internet, avec des "arguments" porteurs : expression, liberté, démocratie, etc. C'est ainsi l'opinion publique qui se trouve renforcée, quand dans le même temps la qualité et les sources de l'information représentent le cadet des soucis de la plupart des usagers. Internet, c'est le paradis de la rumeur, et il faut du buzz. La durée n'y a aucune place. On passe beaucoup de temps avec de l'instantané, et pour cause, dans l'instantané le temps est aboli.

NOU-JE a écrit:
Une addiction peut devenir une tare ou l'avoir été oui je confirme. Si l'addiction est quelque chose de négatif, pour vous, d'absolument négatif, alors l'est aussi la maladie, chose que je ne crois pas... La maladie c'est la vie, je veux dire que ça en fait partie, que c'est intimement lié à elle.
Pour confirmer il faut étayer. Vous basculez arbitrairement, et sans réfléchir aux implications conceptuelles, de l'addiction à la maladie en général. L'addiction induite par les nouvelles technologies n'est pas une "maladie". On n'emploie du reste le terme que par transposition, métaphore héritée des problèmes liés à la drogue, en raison de ressemblances. C'est une perversion, au sens littéral du terme : détournement, réorientation, dévoiement, déviance. Avec toutes les conséquences psychologiques et sociales que l'on connaît. Allez donc raconter vos théories aux familles complètement détruites qui vivent un enfer avec ce genre de phénomènes ; mieux : allez donc en conférer avec des thérapeutes.

NOU-JE a écrit:
Mais c'est un peu facile dis-je. Car en effet, ces machines, qui remplacent le travail des ouvriers, diminuent le temps de travail humain au profit d'un temps de travail plus rentable qui est celui des machines, lorsque cette usine ferme pour la nuit, elles restent des machines, elles restent maîtresses d'un ordre qui règne dans la production, la division sociale du travail et qui l'organisera encore à la réouverture de l'usine. Une râpe à fromage sera toujours râpe à fromage, parce qu'elle est là. Je trouve la distinction que vous faire un peu inutile en fait. Autrement dit, en tant qu'outil technologique, ces machines déterminent-matérialisent, par la présence même de leur installation, un ordre des choses, qui même lorsque la machine est à l’arrêt, perdure : lorsque les "luddites" (conflit socio-industriel opposant artisan et manufacturier) détruisent les équipements de la production, font œuvre de sabotage des machines dans les manufactures, leur théorie n'est pas assez consistante pour leur montrer le fait d'existence des machines, l'importance centrale qu'elles ont dans la production et son organisation. Ils supposent qu'en détruisant les machines, on éliminera l'exploitation, alors qu'il s'agit non pas de détruire la matérialisation de l'idée, mais l'idée elle-même. Vous donnez l'illusion que nous pourrions faire abstraction de l'existence de ces machines lorsque nous ne les utilisons plus. C'est presque idéologique, tandis que ces machines peuvent fonctionner et sont même surveillées par des gardiens que l'on paye afin d'être certain qu'elles fonctionneront correctement et qu'aucun luddite "mélanchoné" ne viendra les saboter dans la nuit. Tant qu'elles peuvent fonctionner, elles existent en tant que telles, je ne vois pas où il vous serait permis d'en faire abstraction.
[...]
Alors après, vous pouvez me répondre que s'il y a grève, les équipements de travail n'existent plus comme tels. Et bien je vous réponds qu'ils existent encore comme tel, même s'ils ne sont pas utilisés, et ce n'est que dans votre relativisme que ces machines "n'existeraient" plus. La machine aurait pu libérer l'homme, mais elle l'a prolétarisé. Ce processus second de prolétarisation n'est pas lié à la machine en elle-même, mais à l'environnement économique, social, marchand, dans lequel elle apparaît et qu'elle servira directement dans son fonctionnement institutionnalisé, dans le rôle central que va commencer à jouer en Angleterre la division sociale du travail.
La râpe à fromage est une machine, maintenant ? Vous êtes complètement hors-sujet ! D'abord, vous reprenez un vieil argument hérité passivement et servilement de Marx parce que vous vous contentez de le trouver tous azimuts chez des épigones qui vous donnent l'illusion que vous pourriez faire de la philosophie sans l'étudier. Et puis quoi encore ? Vous seriez au fait de toute la littérature sur le machinisme, l'industrialisation, la technique ? Regardez du côté de Sauvy, d'Ellul, etc. Lui au moins a lu Marx - et en France, on les compte sur les doigts de la main ses lecteurs avérés. En proposant d'expliquer la prolétarisation et l'aliénation par la lutte des classes, par l'exploitation des uns sur le dos des autres, Marx a non seulement contribué à réconcilier les hommes et la machine (toutes les études montrent que la machine faisait l'unanimité, du XVIIIe jusqu'au milieu du XIXe environ, pour dénoncer les problèmes des ouvriers), mais a contribué à développer et à enraciner l'idée que les "patrons" sont, par définition, des exploiteurs. Ellul a démonté tout ça implacablement et on ne peut plus clairement : le problème est bien dans la technique en général. C'est à lui qu'on doit d'avoir eu une vision globale, dont le machinisme, l'industrialisation, etc., ne sont qu'un aspect. C'est lui qui a compris et théorisé l'autonomie de la technique, dont vous n'avez manifestement pas eu vent. Vous devriez enfin étudier plus attentivement vos luddites, ils savent ce qu'ils font, ils connaissent leurs vraies cibles.

NOU-JE a écrit:
Il parle d'inventions majeures dans l'histoire, de l'imprimerie, de l'alphabet, de la photographie, cinéma, scanner... Et du reste, on ne peut pas imaginer l'existence du cinéma sans celle préalable de la photographie.
C'est vrai que la râpe à fromage n'a pas la noblesse de l'imprimerie ! Je pouvais prendre n'importe quel autre exemple, c'est pourquoi j'ai pris un exemple quelconque, comme toujours. Vous devriez en méditer les vertus, à commencer par celle du bon sens. Quant au reste, je vous l'ai déjà écrit : Stiegler mélange tout. Il n'y a rigoureusement aucune comparaison possible, du point de vue qu'il occupe, entre l'écriture ou l'imprimerie, et les technologies modernes. C'est comme ça. Sa pharmacologie, c'est intellectuellement stimulant, c'est une manipulation amusante d'idées, mais le résultat n'est pas plus ni moins probant que celui des expériences farfelues qu'on peut trouver chez maints artistes contemporains. Il pourra prendre tous les mots qu'il veut : s'il les utilise comme il utilise l'hypomnésie, on obtiendra toujours la même chose. Il ferait mieux d'étudier avec plus de soin ce qu'on appelle des artefacts.

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NOU-JE a écrit:
Euterpe a écrit:
Pour autant Internet est-il le support d'un nouveau type de relations ? Non.

[...] Mais vous n'êtes pas sans savoir qu'il s'agit de clarifier nos propres représentations de cet objet. En cela, je vous demanderai ce que vous entendez par "relation" ?
La relation par excellence, c'est le rapport de personne à personne, de chair et d'os, directe. Un peu trop de monde aujourd'hui confond purement et simplement moyens techniques de communication et communication. Quand j'ai un téléphone portable, j'ai un moyen technique de communication qui n'a en rien favorisé ou changé la communication : il l'a supprimée, il l'a rendue "inutile", impossible, parce que le rapport de personne à personne, ce n'est pas assez high-tech. Internet, c'est moins le monde qui s'invite chez moi, que moi qui, en restant chez moi, me coupe du monde. Il n'y a aucun risque ou presque à s'aventurer dans le pseudo-monde d'internet, qui s'est manifestement liquéfié, puisque il impose le transport internautique... On le voit jusque chez les pervers qui cliquent sur les photos des petites filles thaïlandaises comme on ouvre l'éventail d'échantillons de couleurs de la prochaine tapisserie qu'on fera poser dans sa cuisine. Dans cette soupe placentaire et régressive, cet océan sans bord ni phare, l'illusion de l'ouverture au monde auto-congratulatoire et auto-jubilatoire provient de ce que la cellule de notre clôture psychique a la taille d'un loft cosmique. Mais pendant qu'on admire la superficie de ce nouveau domicile, le simple sens des autres et des choses a disparu.


NOU-JE a écrit:
Lorsque Stiegler parle de technologie "relationnelle" [...] il veut parler de toutes les relations que la forme du web re-détermine
Je crois que c'est une illusion. Le web surdétermine les relations en les supprimant, en supprimant ce qui fait qu'il y a relation : la présence des êtres et des autres, leur matérialité. Le web dématérialise tout. Dès lors, la relation est comme impossible ou rendue la plus "inutile" possible pour rendre incontournable l'usage d'internet.

NOU-JE a écrit:
la critique de nos "sociétés de contrôle" chez Michel Foucault :
« Les hypomnemata, au sens technique (...), pouvaient être des livres de compte, des registres publics, des carnets individuels servant d’aide-mémoire » (Foucault, L’écriture de soi (1983), Dits et écrit, Tome 2, P. 1237)
Livres de compte, registres publics, carnets individuels n'ont rien de technologique. Ils ne dématérialisent pas ce dont ils sont les supports, au contraire. Je vous l'ai dit plus haut, il faut distinguer opération technique et phénomène technique... Les exemples de Foucault relèvent de l'écriture et de l'imprimerie. Rien à voir avec le web, une voiture ou un train à vapeur.

NOU-JE a écrit:
Internet est une création humaine.
La râpe à fromage aussi, impossible sans la maîtrise artisanale ou industrielle du métal.
NOU-JE a écrit:
je veux parler du circuit imprimé.
Lequel n'est pas sans rappeler la râpe à fromage...



Êtes-vous addict à internet ? - Page 3 Rape-a-fromage-1-2-ronde-18-cm-sif
NOU-JE a écrit:
à quoi correspond l'idée internet, si ce n'est à une idée plus fondamentale encore qui est celle de la mise en réseau de subjectivités ou de sources d'informations ?
Pour l'information, ça dépend d'un travail qui n'est pas encore réalisé (c'est mauvais signe...) : l'indexation. Pour les subjectivités, non. Leur mise en réseau implique l'absence de communication, interdit leur communication. C'est ou l'un, ou l'autre.

NOU-JE a écrit:
internet demeure comme toute invention technologique une idée réalisée
C'est exactement le contraire. A grande échelle (histoire longue), Internet, c'est le résultat longtemps imprévisible de trajectoires qui toutes participent à ce qu'Ellul appelait le système technicien, mais qui se croisent essentiellement pour des raisons techniques. La technique appelle la technique, c'est exponentiel. Je vous renvoie à Ellul.

NOU-JE a écrit:
il ne faut pas nier le besoin auquel internet répond, l'ARPANET correspondant à une nouvelle stratégie que la situation de la guerre froide impose d'élaborer.
C'est exactement là où je voulais que vous en arriviez. La plupart de nos technologies "civiles" sont des technologies issues du militaire... Ce qui est vrai du web l'est des téléphones portables, comme des disques compacts... Lorsque l'industrie militaire, en cessation d'activité (on ne peut pas faire la guerre tous les jours...), se retrouve avec ses technologies sous le bras, elle est inévitablement amenée à les transférer dans le civil pour leur trouver de nouveaux débouchés. Achetez une cinquantaine de magazines couvrant une période de vingt à vingt-cinq ans (1990-2010, grosso modo), sélectionnez toutes les publicités pour le téléphone portable. Vous verrez ce qu'on appelle l'inverse d'une idée réalisée... L'idée, en l'occurrence, n'est pas à l'origine, mais au terme du processus. Encore une fois, l'usage d'internet reste pour une très large part à inventer. Il ne se passe pas un jour sans qu'on lui en invente. C'est internet qui nous oblige à avoir des idées pour lui. Les impératifs de l'extension du marché, encore et toujours...

NOU-JE a écrit:
quelle est la fonction de la technologie internet durant l'ARPANET et maintenant ?
L'abolition de l'espace-temps, l'ubiquité, la fusion de l'infiniment petit (les cellules subjectives) et de l'infiniment grand (l'univers). Le trou noir par excellence. On verra bien où ça nous mène ; puisque nous y sommes, on ne reviendra pas en arrière.

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NOU-JE a écrit:
Internet n'est pas, ou n'a pas, de mal en soi. Peu de technologies utilisées à des fins civiles le sont... Toute technologie, technique, est potentiellement à la fois un remède et un poison. Le fait est que le numérique n'a que 50 ans... C'est cette fulgurance qu'il faut comprendre comme l'une des causes principales de l'utilisation que nous faisons de ces nouvelles technologies que nous ne saisissons pas forcément d'abord comme des poisons pour l'esprit. Ce sont des technologies de l'esprit, celles de l'ère du numérique, pas de la matière.

L'originalité de notre société réside dans l'utilisation de la technologie, plutôt que de la terreur, pour obtenir la cohésion des forces sociales dans un mouvement double, un fonctionnalisme écrasant et une amélioration croissante du standard de vie (Marcuse, l'Homme Unidimensionnel, intro.)

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NOU-JE a écrit:
Philippe Jovi a écrit:
citant Marcuse : une amélioration croissante du standard de vie

Le fait est que le capitalisme fait certes diminuer la pauvreté mais creuse les inégalités sociales d'un autre cô
Par "amélioration du standard de vie", Marcuse n'entend pas "amélioration du niveau de vie" ou "amélioration des conditions de vie", mais "amélioration des normes auxquelles nos vies doivent obéir" (cf. par exemple, les normes d'hygiène et de sécurité édictées par l'AFSSA et auxquelles nos aliments doivent se conformer). Quant au problème de savoir si "le capitalisme fait certes diminuer la pauvreté" ... vaste débat ! Du point de vue strictement philosophique qui nous occupe, on commencera par demander, par honnêteté intellectuelle et par neutralité axiologique : quelle est la définition de la pauvreté ? quels sont les instruments censés la mesurer objectivement ? Après, on verra ...

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NOU-JE a écrit:
Ce dont vous parlez dans la relation de personne à personne, cette relation authentique en chair et en os, me fait étrangement penser à la philosophie du visage d'autrui chez Levinas qui souligne la prépondérance de la présence du visage de l'autre face au mien en ma conscience de cet autre et de moi-même comme autre parmi les autres, montrant toute la singularité de cette autre face à moi et m'imposant par là même une relation éthique à celui-ci ; c'est le fait que chacun est responsable de l'autre avant même qu'il ait choisi de l'être. Donc je vois bien la rupture que vous voulez souligner, cette rupture dans le relationnel que constitue internet.
Ça n'a rien à voir avec Levinas. La question de l'autre, de l'altérité, vous la trouvez ailleurs.

NOU-JE a écrit:
C'est pour moi semblable à la télévision sur ce point, ce point de l'isolement par la possibilité d'avoir cette technologie pour soi/chez soi.
Internet et la télévision n'ont rien à voir, sinon l'écran. Notre "rapport" à la télévision est unilatéral, par définition. Avec internet, il y a multilatéralité. Le problème, c'est qu'on a une multilatéralité de trajectoires parallèles. Or, les parallèles ne se croisent pas. Ce qu'offre internet, c'est la simultanéité, pas le croisement.

NOU-JE a écrit:
Vous semblez réduire l'importance de cette possibilité de posséder, d'acheter cette technologie
Je peux acheter une banane aussi.

NOU-JE a écrit:
je veux parler de la figure de l'éloignement en tant que critique chez Guy Debord, voyant dans le langage notre principale médiation avec la réalité et par voie de conséquence, la principale origine d'un éloignement dans des représentations
Pas de médiation, pas de réalité. Le langage est constitutif de la réalité. Il la construit. Les moyens techniques de communication ne sont pas des médiations, mais des immédiations, ils abolissent toute distance, toute temporalité.

NOU-JE a écrit:
D'accord, mais ce transfert, du militaire vers le civil, induit-il nécessairement une utilisation radicalement différente de ces technologies ? Pour ce qui est du cas internet, l'idée réalisée au niveau de l'industrie militaire perd-elle vraiment toute sa signification lorsque internet devient un usage public/civil ?
La vie militaire, par définition, est soumise à des objectifs qui s'imposent à tous, du haut vers le bas. Dans la vie civile, les objectifs des uns ne sont pas nécessairement les objectifs des autres. N'oubliez pas que nous vivons dans une société hyper individualisée, complètement atomisée. Il y a d'autant plus de conformisme et d'uniformité que plus rien ne lie les individus les uns aux autres.

NOU-JE a écrit:
Le GPS de l'industrie militaire est-il radicalement différent, nous forçant à donner une nouvelle idée à l'objet au "terme de son processus de production" (sa reconversion dans le civil) que le GPS que l'on utilise pour se rendre dans un bled paumé ? Fondamentalement, le GPS du domaine civil reste ce Système de Géolocalisation Mondiale.
Localiser un ennemi, c'est une chose. Installer un GPS sur son tableau de bord, c'en est une autre. D'un côté, on mène une guerre réelle, avec de vrais risques et de vrais morts. De l'autre, on a un gadget.

NOU-JE a écrit:
En revanche, Euterpe, le passage du militaire au civil n'est pas propre à la Technique comme objet universel de réflexion proprement humain, mais est relatif au mode de production capitaliste et à son impérialisme guerrier, c'est relatif à un moment dans l'histoire où la technique passe d'abord par l'industrie militaire, et je ne pense pas que cela soit valable pour toutes les civilisations dans toute l'histoire. Je ne pense pas, pour le dire autrement, que votre réflexion sur le passage du militaire au civil puisse se généraliser à l'ensemble de la réflexion sur la technique, et précisément internet, même si pour le cas de ce dernier, cela reste important à évoquer.
Quand vous aurez des connaissances historiques solides, on en reparlera.

NOU-JE a écrit:
Et lorsque je parle de ce temps supra-humain, ce temps de l'ordinateur qui dépasse celui de notre intelligence, je veux parler de la même indépendance par rapport à la volonté humaine que possède ce que Ellul appelle le Système technicien.

Extrait de l'analyse de la théorie du système technicien de Ellul par Emmanuelle Laforêt :
Les développements conjoints de l’informatique et d’internet illustrent parfaitement les analyses d’Ellul. On y retrouve les différentes caractéristiques du phénomène technique : l’autonomie, qui évacue le problème moral des techniques considérées ; l’unité, qui lie les différentes techniques, en l’occurrence l’informatique et internet, dans une relation d’interdépendance ; l’universalité, dans la mesure où, d’une part, chaque domaine de l’économie, de la politique, de la science, de la vie quotidienne, des relations humaines participe de l’internet, et d’autre part, la pénétration de l’informatique et du web se fait de plus en plus présente dans le monde : en 2009, près du quart de la population mondiale utilise internet ; enfin, la totalisation se traduit dans l’évolution des relations interhumaines par l’intermédiaire du web : celui-ci permet en effet de polariser toute la communication (réseaux sociaux, sites de partage d’informations, forums de discussion, etc.) pour se rapprocher de cet idéal d’unité, d’universalité d’une communication possible sans barrière, interactive et présente à tous les niveaux des sociétés qui y ont accès. En outre, l’évolution et les progrès dans le domaine de l’informatique comme pour internet répondent également aux caractères du progrès technique développés par Ellul : l’autoaccroissement est une réalité. Chaque parcelle de la vie quotidienne est envahie par internet et l’informatique, si bien que tout ce qui n’y trouve pas une application paraît immédiatement suspect. De fait, la plupart des actes de la vie quotidienne sont orientés d’une façon ou d’une autre vers l’outil informatique et l’internet. L’automatisme est également perceptible de façon très nette dans ces développements. Francis Pisani et Dominique Piotet en témoignent à propos du développement fulgurant d’internet, et d’attitudes nouvelles encore plus récentes de la part des utilisateurs, qui ne se contentent plus d’absorber passivement les informations mais au contraire, participent à leur déploiement en contribuant au contenu des sites, en proposant des services ou en discutant les informations disponibles : « La mutation est profonde, mais elle est arrivée comme par surprise, sans que nous nous en rendions bien compte ». L’absence de finalité propre à ces développements informatiques ne peut faire de doute, même si des finalités secondaires, contingentes et toujours élaborées a posteriori sont identifiables. Enfin, l’accélération du développement d’internet et de l’informatique ces dernières années est un élément central dans l’évolution d’une grande part des sociétés du monde.

Quand on a la prétention de se faire le pourfendeur d'un monde victime du capitalisme et qu'on se comporte comme un vulgaire consommateur qui croit qu'on bouffe une œuvre comme on picore des cacahuètes, on a un sérieux problème. Apprenez donc ce qu'on appelle lire. Silentio a posté une belle citation hier, vous devriez la méditer et vous renseigner sur la rumination nietzschéenne :
Silentio a écrit:
Epictète a écrit:
Ceux qui reçoivent simplement les principes veulent les rendre immédiatement, comme les estomacs malades vomissent les aliments. Digère-les d'abord et, ensuite, ne vomis pas ainsi ; sinon il advient cette chose sale et répugnante que sont les aliments vomis. Le charpentier ne vient pas nous dire : "Écoutez-moi parler de l'art de la charpente", mais il traite pour la construction d'une maison et il fait voir qu'il possède son métier. Fais-en donc autant toi aussi ; mange, bois, habille-toi, aie des enfants, occupe-toi de la cité en homme ; supporte les injures, supporte un frère ingrat, un père, un fils, un voisin, un compagnon de route. Montre-nous tout cela pour que nous voyions que tu as réellement appris quelque chose chez les philosophes. Non pas : "Venez et écoutez mes commentaires". Eh bien ! cherche des gens pour vomir sur eux. "Moi, je vous expliquerai comme personne les œuvres de Chrysippe ; j'analyserai très clairement le texte et je pourrais même y ajouter la manière de voir d Antipater et d'Archédème (livre III, chapitre 21).
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