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Gouvernement mondial.

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descriptionGouvernement mondial. - Page 2 EmptyRe: Gouvernement mondial.

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Georges Réveillac a écrit:
J'ai enseigné pendant 10 ans aux paysans burkinabés. Je me suis demandé comment les aider à gagner le niveau de vie auquel ils aspirent et qu'ils viennent maintenant chercher chez nous. Puis je suis allé plus loin : comment associer la culture burkinabé et la nôtre, en développant le meilleur des deux, chacune gardant néanmoins sa personnalité, chaque culture restant vivante ?

C'est là tout le problème. Vous pensez le peuple burkinabé en fonction d'un présupposé si intimement inoculé dans la "culture" occidentale que vous ne vous en apercevez pas : ce peuple n'a aucune antériorité dans votre pensée, vous le faites entrer dans une catégorie occidentale qui lui préexiste et qui n'entretient aucun rapport avec lui : le capitalisme (ou appelez ça comme vous voudrez). Vous le soumettez d'office à la question du "niveau de vie". Mais, à l'instant même où la question est posée, ce peuple n'existe plus.

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Euterpe a écrit:
C'est là tout le problème. Vous pensez le peuple burkinabé en fonction d'un présupposé si intimement inoculé dans la "culture" occidentale que vous ne vous en apercevez pas.

Effectivement, en 1964, quand je reçus une proposition de poste pour la Haute Volta (devenue depuis, le Burkina Faso), je dus aller voir sur l'Atlas où se trouvait ce pays dont j'ignorais tout. J'y allai donc, avec les idées reçues de l'époque,  porter la civilisation en échange d'un salaire confortable.
J'étais affecté au Centre de Formation des Maîtres d’Éducation Rurale. Cette école formait, en un an, de jeunes gens d'une vingtaine d'années lesquels étaient ensuite dispersés en "brousse". Ils devraient, à leur tour, en trois ans, former de jeunes paysans illettrés, des adolescents. Leur enseignement se composait pour moitié d'alphabétisation et, pour le reste, de notions pratiques simples censées moderniser la vie rurale. C'était un demi, voire un quart, mais une amorce de succès quand même, dans ce pays où rien n'avait progressé en un siècle, mis à part le chiffre de la population. Hélas, pour des raisons propres au fonctionnement interne du soi-disant état voltaïque, le projet fut abandonné, malgré une promesse d'aide importante de l'Europe et de la Banque Mondiale (les autorités voulaient disposer à leur guise de l'argent).
Donc, je portais à mes débuts une double naïveté : celle de la jeunesse, et celle de l'époque. Mais il me fallut bien apprendre.

ce peuple n'a aucune antériorité dans votre pensée, vous le faites entrer dans une catégorie occidentale qui lui préexiste et qui n'entretient aucun rapport avec lui : le capitalisme (ou appelez ça comme vous voudrez).

 
J'enseignais aux Burkinabés des rudiments d'histoire de leur pays. La référence en la matière était le professeur Joseph Ki Zerbo, un Voltaïque agrégé, auteur d'une histoire de l'Afrique. Je ne pouvais donc ignorer totalement les origines de ces peuples.
Le commerce existait depuis des temps immémoriaux. Et même ! il y avait au moins un peuple spécialisé dans ce domaine : les Dioulas. Il y avait aussi de petits capitalistes, propriétaires d'un ou plusieurs camions, ou d'une quelconque entreprise employant plusieurs salariés. Mais cela se faisait à toute petite échelle. Pour l'essentiel, les paysans vivaient (et mouraient !) de ce qu'ils pouvaient arracher à la terre de leur village.
Le problème n'était donc pas de diffuser un modèle économique capitaliste dont il existait déjà des embryons.
L'essentiel des difficultés provenait de la culture burkinabée, de la manière dont ils concevaient et organisaient leur existence. Si, comme tout homme, ils font appel à la rationalité pour faire leur vie, c'est dans une proportion nettement moindre que nous. Ainsi, à l’Éducation Rurale, un de nos grands combats était d'amener les paysans à faire des semis en lignes, ce qui présente quantité d'avantages. Peine perdue : dès que nous avions le dos tourné, ils retournaient à leur semis traditionnel. J'ai même vu les techniciens agricoles procéder ainsi dans leurs champs personnels, après leur journée de travail rationnel. De même, l'artisan refuse d'utiliser les instruments de mesure.
Autre obstacle de taille : la culture animiste. J'ai découvert son importance au cours de mon travail. A cette époque, je n'enseignais plus. Dans quelques écoles rurales, j'organisais des coopératives post-scolaires. C'était une expérience. Je suivais plus particulièrement la coopérative proche du Centre de Formation des Maîtres. Avec ces jeunes là, puisque nous étions proches de Ouagadougou, la capitale, nous cultivions un jardin maraîcher. Nous avions choisi une terre riche dans un bas-fonds. Après les dernières pluies, fin septembre, les hautes herbes de la savane commençaient à sécher. Il était temps de les couper afin de débuter la mise en culture. Or, je découvris avec stupeur que personne ne voulait faire ce travail. Personne !
Permettez-moi de me citer :
Pour obtenir ce qu’on veut de la nature, il faut appeler la puissance des esprits.

Je découvris cette croyance par hasard, un jour où tous mes élèves refusaient de couper les hautes herbes sur le terrain qui allait être leur jardin. Ils étaient pourtant très motivés pour ce travail. Tous avaient improvisé, avec plus ou moins de bonheur, des excuses dont la somme était invraisemblable : noces, funérailles, travaux collectifs, marché, convocations administratives... Il y avait même un faux pansement.

« - Que vous ai-je donc fait, pour que vous me traitiez ainsi tel un imbécile ? Pourquoi cette insulte ?

Et l’un d’eux osa me révéler la vraie raison de leur attitude.

« - C’est le dieu, Monsieur. Il est dans les herbes. Si on les coupe, il va être fâché.
- Trop fâché, même ! Renchérit un autre. Il va y avoir un grand malheur.
- Tu vois, patron, l’herbe est verte : le dieu est là, c’est sûr !
- Monsieur, tu attends quelques jours seulement. Quand l’herbe est bien sèche, le dieu est parti. Alors on coupe l’herbe... tranquilles. »

Évidemment, de telles croyances ne sont guère propices aux découvertes scientifiques : quand on cherche quel mauvais esprit est responsable d’une maladie, les chances sont amoindries de découvrir le véritable coupable, un microbe, par exemple.

Ceci dit et malgré tout, quand on suit un chemin différent, fût-il largement erroné, on doit découvrir des choses différentes. Donc, en suivant les voies tracées par leur credo animiste, les Burkinabés devaient avoir fait d’originales découvertes.
C’est vrai, mais je ne parvins à voir que les plus évidentes. Je pense d’abord à la virtuosité de leurs batteurs et de leurs danseurs pour qui leur art paraît aussi aisé et essentiel que la respiration chez moi. Je pense aussi à leur large sourire qui n’est pas de politesse comme chez les Asiatiques, mais de simple bonne humeur, et qui trône comme un soleil au milieu de l’extrême pauvreté. Je ne pus découvrir le secret de ce sourire...



Vous le soumettez d'office à la question du "niveau de vie". Mais, à l'instant même où la question est posée, ce peuple n'existe plus

Tout le monde sait que les gouvernants d'Afrique Noire sont peut-être les plus corrompus du monde. Pourquoi cherchent-ils à amasser tant de richesses ? N'est-ce pas le souci d'élever leur niveau de vie ?
En 1974, avec ma famille, j'ai quitté définitivement la Haute-Volta qui ne s'appelait pas encore Burkina Faso. Alors, Marcel et Jean-Pierre, nos deux "boys",  qui avaient si bien veillé sur nos enfants, ont demandé à nous suivre en France. Le déferlement des peuples pauvres vers les pays riches d'Occident en était encore à ses débuts. Et les noirs de nos anciennes colonies n'avaient pas encore commencé leur migration vers le mirage français. Mais il était évident que ça n'allait pas tarder. Nous refusâmes d'emmener nos deux boys, malgré les liens qui s'étaient noués.
Alors, qui "soumet" les peuples d'Afrique et d'ailleurs" à la question du niveau de vie" ?

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Georges Réveillac a écrit:
J'y allai donc, avec les idées reçues de l'époque, porter la civilisation en échange d'un salaire confortable.
Georges Réveillac a écrit:
Leur enseignement se composait pour moitié d'alphabétisation et, pour le reste, de notions pratiques simples censées moderniser la vie rurale. C'était un demi, voire un quart, mais une amorce de succès quand même, dans ce pays où rien n'avait progressé en un siècle
Georges Réveillac a écrit:
L'essentiel des difficultés provenait de la culture burkinabée, de la manière dont ils concevaient et organisaient leur existence. Si, comme tout homme, ils font appel à la rationalité pour faire leur vie, c'est dans une proportion nettement moindre que nous.
Georges Réveillac a écrit:
Ainsi, à l’Éducation Rurale, un de nos grands combats était d'amener les paysans à faire des semis en lignes, ce qui présente quantité d'avantages. Peine perdue : dès que nous avions le dos tourné, ils retournaient à leur semis traditionnel. J'ai même vu les techniciens agricoles procéder ainsi dans leurs champs personnels, après leur journée de travail rationnel. De même, l'artisan refuse d'utiliser les instruments de mesure.
C'est dire à quel point la "culture républicaine" de la IIIe république est inoculée dans l'esprit des Français, et, d'une manière générale, le credo de la civilisation moderne et technicienne, lequel implique aussi le refus de saisir l'altérité pour ce qu'elle est. C'est revenir avant Hérodote.

Je retiens quand même deux choses (ce n'est pas vous que je vise, mais, à travers le propos, une habitude "culturelle" si enracinée qu'elle est devenue "naturelle", constitutive de l'identité occidentale). D'abord, les difficultés viendraient des Burkinabés eux-mêmes. C'est vous qui le dites. D'emblée, ils ne sont autres qu'en tant que leur altérité est une non conformité à une norme pré-établie, conçue, thématisée ailleurs que chez eux, et appliquée (même sympathiquement et avec bonne volonté) chez eux. C'est une entreprise de négation. Qu'on le veuille ou pas. D'autre part, tout homme serait rationnel. Mais qu'est-ce que l'homme ? Qu'appelez-vous humanité ? L'homme rationnel ? Mais qu'est-ce que c'est au juste ? Une fiction, une idée, une théorie ; juridique, politique, philosophique, tout ce que vous voudrez, mais une fiction.

Nous qui aimons à gonfler le poitrail démocratique, nous devrions nous laisser enseigner avec un peu moins de morgue par l'expérience grecque de la démocratie, qui consiste à vivre au milieu d'autres sans oublier qu'ils sont des autres (la preuve, ces autres étaient parfois massacrés sans vergogne par les Grecs). Nous, nous avons la prétention de parler au nom de l'humanité, d'une humanité dont on ne sait pas ce que c'est. La preuve, ceux à qui on veut l'importer n'en veulent pas toujours, et quand ils l'acceptent, ce n'est jamais inconditionnel.

Georges Réveillac a écrit:
Tout le monde sait que les gouvernants d'Afrique Noire sont peut-être les plus corrompus du monde. Pourquoi cherchent-ils à amasser tant de richesses ? N'est-ce pas le souci d'élever leur niveau de vie ?
Les dirigeants d'Afrique noire sont souvent, vous le savez sans doute mieux que moi, des fantoches placés là comme des clients pour l'éternité de la mission civilisatrice de la France. Clients qui agissent et pensent en fonction de modèles exogènes qui n'ont pas fini de produire des conséquences lamentables.

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Euterpe a écrit:
Nous, nous avons la prétention de parler au nom de l'humanité, d'une humanité dont on ne sait pas ce que c'est. La preuve, ceux à qui on veut l'importer n'en veulent pas toujours, et quand ils l'acceptent, ce n'est jamais inconditionnel.

Ce qui nous renvoie au débat sur la morale, est-elle une ou multiple ? Je pense qu'il peut y avoir autant de valeurs morales que de peuples. Pascal le disait clairement :
"Pourquoi me tuez-vous ? - Eh quoi ! Ne demeurez-vous pas de l'autre côté de l'eau ? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin et cela serait injuste de vous tuer de la sorte; mais puisque vous demeurez de l'autre côté, je suis un brave, et cela est juste."

Je ne comprends pas non plus comment on peut parler de "crime contre l'humanité", étant donné cette différence de morale. Peut-être qu'un jour, la CPI sera établie en Afrique ? Prenons un dirigeant comme Laurent Gbagbo. Il a sans doute fait tuer des gens pour des raisons politiques, mais Ouattara, son concurrent heureux, a fait de même, Sarkozy et Cameron aussi (en Libye). Pourquoi seul Gbagbo se voit-il accusé ? Réponse : parce qu'il est resté africain, parce que ces gens-là ne connaissent pas notre morale ! Il faudrait enfin qu'ils sachent que nous seuls tuons pour de bonnes raisons, comme l'homme placé du bon côté de l'eau.

Georges Réveillac a écrit:
Tout le monde sait que les gouvernants d'Afrique Noire sont peut-être les plus corrompus du monde. Pourquoi cherchent-ils à amasser tant de richesses ? N'est-ce pas le souci d'élever leur niveau de vie ?
Les dirigeants d'Afrique noire sont souvent, vous le savez sans doute mieux que moi, des fantoches placés là comme des clients pour l'éternité de la mission civilisatrice de la France. Clients qui agissent et pensent en fonction de modèles exogènes qui n'ont pas fini de produire des conséquences lamentables.

En effet, les élites africaines font leurs études en Europe ou aux Etats-Unis.

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Euterpe a écrit:
C'est là tout le problème. Vous pensez le peuple burkinabé en fonction d'un présupposé si intimement inoculé dans la "culture" occidentale que vous ne vous en apercevez pas : ce peuple n'a aucune antériorité dans votre pensée, vous le faites entrer dans une catégorie occidentale qui lui préexiste et qui n'entretient aucun rapport avec lui : le capitalisme (ou appelez ça comme vous voudrez). Vous le soumettez d'office à la question du "niveau de vie". Mais, à l'instant même où la question est posée, ce peuple n'existe plus.

Je suis effectivement entré en Haute-Volta avec une bonne dose de présupposés. Confronté à la réalité, il m’a bien fallu les remettre en question, ces présupposés. Cependant, nul n’est capable de faire table rase de tous ses acquis, ni moi ni vous à plus forte raison. Qui donc pourrait remettre en cause tout ce qu’il a appris depuis sa venue au monde ? Alors, j’ai fait ce que je pouvais, c’est-à-dire pas grand-chose.

Je devais enseigner leur propre histoire à mes élèves noirs d’Afrique Noire. Il a bien fallu que j’en apprenne un minimum. Évidemment, il n’était plus question de « Nos ancêtres les Gaulois ». Il y avait sur place, d’ailleurs, un professeur agrégé d’histoire, Joseph Ki Zerbo, lequel vit peut-être encore.

Toute culture étant en mouvement, pourquoi les diverses cultures des peuples burkinabés (au moins soixante) ne le  seraient-elles pas ?  Or, ce   mouvement en pousse un grand nombre  à venir chez nous pour une existence qu’ils croient meilleure. A l’échelle de l’Afrique Noire, ils sont des milliers à mourir en route. Qu’importe, le flot ne tarit pas. Donc, en essayant, avec  les paysans et non malgré eux, de  trouver des techniques qui les aideraient à sortir de la pauvreté, je n’avais nullement l’intention de détruire les cultures africaines, cultures dont j’admire quelques belles réalisations. Je voulais les aider à se réaliser dans le monde actuel.

Quant au « capitalisme », quel mot étrange dans la brousse africaine. Je ne l’ai sûrement jamais employé.

Voulez-vous, pour préserver les trésors des cultures africaines, enfermer ces peuples ? Ainsi, le développement de leurs civilisations serait rigoureusement autonome, préservé de toute contamination extérieure.

Sinon, même en supposant une stricte neutralité des intervenants étrangers, comment empêcher ces populations d’aller chercher hors de chez elles ce qui leur paraît bon ?

Selon mon point de vue, chaque peuple s’efforce de réaliser au mieux l’existence que je crois être la quête commune à toute la nature. Les civilisations ont chacune quelques réussites dans cette voie. Au cours de l’histoire, de gré ou de force, elles ont échangé leurs trouvailles.  Ce processus a souvent entraîné des fusions de cultures et donc la disparition d’un grand nombre d’entre elles. De même pour les langues. De même pour les espèces, selon les lois de la sélection naturelle. Et si l’on veut préserver les acquis des cultures en voie de disparition, il existe des moyens de le faire sans enterrer vivants les peuples concernés.

Le premier problème ressenti par les Africains n’est pas de préserver leur culture. Il est d’accéder à toute cette richesse qu’ils nous voient gaspiller. Les Japonais y sont parvenus. Les Coréens aussi. Les peuples de tous les continents, jadis dominés par l’Occident, tous ces peuples sont en route vers la fortune, tous sauf ceux d’Afrique Noire. Pardon, il y a au moins une exception : la République Sud Africaine qui fut  le pays de l’apartheid.

Pourquoi n’y arrivent-ils pas ?  L’esclavage ? Le colonialisme ? Le néocolonialisme ? Ils n’ont pas été les seuls à subir ces abus des plus forts.

Leur situation me fait penser à celle des « barbares » qui dépecèrent l’empire Romain d’Occident. Ils l’admiraient, cet « Empire Romain ». Ils tentèrent même à plusieurs reprise de le recréer à leur compte : Charlemagne, le Saint Empire Romain Germanique, le Kaiser (César), le tsar (César) de toutes les Russies, Napoléon couronné en présence du pape... A défaut d’empire, ils tentèrent au moins d’en recréer les richesses en conservant sa langue et sa culture. Il fallut plus de mille ans pour parvenir à un semblant de réussite : une synthèse des cultures gréco-romaine, judéo-chrétienne et « barbares » d’Europe de l’Ouest.

Faudra-t-il mille ans aux peuples d’Afrique Noire pour élever leurs cultures à des niveaux existentiels comparables aux nôtres ? Là encore, je me permets de me citer :
Comment les cultures peuvent-elles s’entendre et s’enrichir sans se détruire ?

N’y avait-il pas déjà, là, une barrière infranchissable entre ces peuples et nous ? Eh bien, non ! En fait, la plupart des obstacles que j’ai évoqués, sinon tous, peuvent être franchis. Mais, pratiquement à chaque fois, il faudra y mettre patience et ténacité.

D’une manière générale, je pense que nous avons nous-mêmes érigé ces barrières, laborieusement, au cours de notre lutte pour vivre indéfiniment. Et voici le moment venu de les abaisser, ces maudites barrières, maintenant que toute existence humaine peut s’exprimer à l’échelle mondiale. Les hommes doivent être capables de comparer leurs modes d’existence respectifs et d’en tirer profit, à la manière dont les femmes peuvent se présenter mutuellement et commenter leurs toilettes, enrichissant ainsi leur arsenal de séductrices, sans pour autant se voler dans les plumes.

Difficiles à présenter et à discuter sont les idéologies. Pour commencer, les interlocuteurs doivent admettre qu’ils ne détiennent pas forcément la vérité, mais qu’ils obéissent à  des croyances. Face à ceux qui croient aux esprits maîtres de l’univers, nous aussi, les occidentaux, nous devons reconnaître que nous croyons en une autre explication : la matière dénuée de tout esprit aurait engendré la vie laquelle aurait donné naissance à notre âme mortelle.

Admettre, le temps de la discussion, que nos croyances sont des croyances et non des vérités premières.

Si les hommes parvenaient ainsi à baisser leur garde idéologique, le temps de jeter un regard curieux par dessus la haie de leur voisin, il arriverait moins souvent qu’ils égorgent leur semblable pour un banal délit d’opinion.

Cependant, quelle que soit la culture qui les a formés, la plupart des gens se contentent de mettre en pratique les croyances de leur idéologie. Ils ne sont capables ni de les justifier ni de les discuter : c’est là le rôle des théologiens, ou des idéologues, ou des membres du comité d’éthique de notre douce France. Ce sont donc ces gens-là, ces grands prêtres, qui devraient se concerter pour comparer et tenter d’accorder leurs idéologies.

Il est plus difficile encore d’apprécier mutuellement des règles de vie qui s’appuient sur des croyances oubliées. Vous savez qu’il faut en faire l’histoire ce qui, bien souvent, nécessite la contribution de spécialistes. Les historiens viendront donc éclairer les débats.

Mais j’ignorais alors tout cela...


Comment les Africains peuvent-ils sauter dans notre époque tout en préservant le meilleur de leurs cultures ?
Il existe bien une méthode pour accorder deux cultures très différentes. Nous l’avons vu dans le chapitre théorique « Comment les cultures peuvent-elles s’entendre et s’enrichir sans se détruire ? ».

Soit, mais la méthode dont je t’ai parlé pour des échanges culturels approfondis était loin d’être praticable puisque Mômmanh vient tout juste de me l’enseigner. Et puis elle doit être réalisée par les sommités culturelles des deux nations en présence. Donc, en dépit de l’accueil chaleureux, des sourires et de la bonne humeur, nous étions voués à rester isolés sur cette terre, dans notre bulle de Martiens.

Et puis, à supposer que soient réalisés ces accords au sommet entre les cultures occidentales et les animismes burkinabés, on n’aurait fait que la moitié du chemin. Il resterait le plus dur : trouver des familles suffisamment altruistes pour confier l’éducation de leurs bébés à des étrangers et supporter que leurs propres enfants, ayant fait le saut dans un autre univers, deviennent pour eux des étrangers.
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