Portail philosophiqueConnexion

Bibliothèque | Sitographie | Forum

Philpapers (comprehensive index and bibliography of philosophy)
Chercher un fichier : PDF Search Engine | Maxi PDF | FreeFullPDF
Offres d'emploi : PhilJobs (Jobs for Philosophers) | Jobs in Philosophy
Index des auteurs de la bibliothèque du Portail : A | B | C | D | E | F | G | H | I | J | K | L | M | N | O | P | Q | R | S | T | U | V | W | X | Y | Z

Pascal avant Pascal.

4 participants

descriptionPascal avant Pascal. - Page 3 EmptyRe: Pascal avant Pascal.

more_horiz
Tout cela ne serait plus guère possible à notre époque d'individualisme. N'y aurait-il pas une erreur de perspective fondamentale à regarder comme une histoire individuelle une vie si étroitement dépendante de la société ? Nietzsche n'était lié qu'à son entourage le plus proche, sa mère et sa sœur, et éventuellement une ou deux femmes. Pascal semble avoir davantage subi le poids de son époque. J'ai des doutes sur sa capacité à s'être abstrait du monde extérieur, malgré son mysticisme.

descriptionPascal avant Pascal. - Page 3 EmptyRe: Pascal avant Pascal.

more_horiz
Liber a écrit:
Pascal semble avoir davantage subi le poids de son époque. J'ai des doutes sur sa capacité à s'être abstrait du monde extérieur, malgré son mysticisme.
C'est son scepticisme, plus que son mysticisme, qui compte ici. Il n'est jamais devenu sceptique, car ça n'a rien d'intellectuel chez lui. C'est quasiment natif. Or je crois que c'est l'intensité même de la vie sociale de son temps qui, si tôt, l'a rendu sceptique, iconoclaste. Les surcouches sociales qui servaient à cacher la nature, même chez les libertins, dont le rationalisme est le signe d'une civilisation déjà si avancée que son rapport à la nature relève du fantasme, tout cela devait lui paraître pure falsification. Le libertinage ? Il y a certes une inquiétude au centre même du libertinage, sans quoi il ne s'obstinerait pas si éperdument dans la raison. Mais cette inquiétude même est trop facile pour un homme comme Pascal, peu fait pour des satisfactions qui ne sont que de petites victoires sur des contrariétés bien en-deçà de l'angoisse métaphysique ou théologique. On peut même avancer qu'il n'a jamais eu besoin de s'abstraire du monde extérieur : y est-il seulement entré à demi ?

Pour finir, je ne crois pas au mysticisme de Pascal. Je crois même qu'il n'a rien de mystique. On pourrait, pourquoi pas, parler d'un matérialisme pascalien, tant c'est à Dieu seul qu'il réserve la gloire quand Il est Celui qui a raté Son coup : il acquiert résolument la foi dans un monde qui la rend impossible en principe. Il pouvait à bon droit prétendre balayer Dieu, au moins parce que le Créateur ne S'est pas ingénié dans la confection de Ses créatures, négligeant même Son œuvre au point de laisser l'homme en plan, le cul entre le néant et l'infini. Avec Pascal, ce n'est plus le Dieu caché, mais le Dieu démasqué. Ce n'est pas un mystique. Un mystique ne parie rien sur rien, ne condamne pas le monde et les hommes à si peu. Pascal est un homme de devoir. Il se met sciemment sur le dos ce qu'il sait que personne ne pourrait ni ne voudrait porter : l'inanité du monde et la légèreté de Dieu. Et c'est l'impossibilité même de la Grâce qui, par impossible, devient possible dans un monde où, décidément, tout est possible.

descriptionPascal avant Pascal. - Page 3 EmptyRe: Pascal avant Pascal.

more_horiz
Euterpe a écrit:
Peut-être a-t-il été frappé, pendant ces soirées où il jouait aux cartes, buvant et jouissant, de la satisfaction inauthentique des libertins, qui devaient donner l'impression, recourant à la raison, que la ratiocination trahissait une posture fragile, défensive, pas si assurée d'elle-même. Il devait trouver le libertinage naturel, mais pas les libertins, pas leurs discours.
C'est aussi ce qui me frappe dans mes soirées. Il m'apparaît important de ne pas être l'objet d'une morale, de satisfaire des besoins ou des désirs, de pouvoir se divertir et s'oublier, de prendre du plaisir, de faire la fête, de partager des moments de joie avec des amis, etc., mais ce divertissement et cet oubli nous font oublier jusqu'à notre propre condition et nous ne voyons plus ou ne voulons plus voir ce que nous faisons. On boit, on s'abrutit, on est content. Mais moi ça ne me contente jamais tout à fait, surtout lorsque je vais à un concert, par exemple, pour apprécier la musique ou danser et que j'entends tous ces discours niais du peace & love et de fumeuse révolte subversive, ainsi que toute cette mascarade prenant pour prétexte les bons sentiments pour pousser à l'abêtissement, à la consommation de drogues, à justifier des comportements de débauche comme si c'était ça qui était véritablement raisonnable, etc. Quand je reprends mes esprits il m'arrive de me demander ce que je fais là.

Euterpe a écrit:
C'est pourquoi la conversion de Pascal est si forte, si définitive : il se convertit aussi par devoir.
Par devoir vis-à-vis du père ? Ou par devoir de ce qu'il s'est lui-même fixé comme tel ?

Euterpe a écrit:
Que faites-vous à Port-Royal ? A quoi vous convertissez-vous ? Vous nous parlez d'un bordel en même temps que d'un lieu de pénitence !? Tout ça n'est pas très catholique !
Moment biographique : je suis né à Versailles et j'ai toujours vécu à proximité de Port-Royal des Champs qui est à 2 ou 3 kilomètres de chez mes parents. En Terminale madame le professeur de philosophie nous avait incité à y faire un tour. Mais si j'avais été sensible à Pascal je ne m'y rendis que l'été dernier avant de partir aux États-Unis. C'est une très bonne période pour visiter les lieux (ouverts gratuitement à tous les premiers dimanches du mois), le soleil donne un très bel aspect aux jardins qui brillent de mille feux. Vous pouvez y voir le puits de Pascal, son masque mortuaire, ses notes manuscrites, de même pour Racine, les fameux portraits de Pascal ou de M. de Sacy, tout ce qui concerne Arnauld, etc. Mais la visite de l'intérieur n'est pas une partie de plaisir, l'ambiance est comme l'environnement : dépouillée.

Liber a écrit:
Nietzsche n'était lié qu'à son entourage le plus proche, sa mère et sa sœur, et éventuellement une ou deux femmes. Pascal semble avoir davantage subi le poids de son époque.
Pas sûr, il faut voir la façon dont Nietzsche s'est débattu avec une carrière universitaire qui ne lui plaisait pas, avec Wagner et Bayreuth, la façon dont il a rompu de nombreuses amitiés, etc. Certains parlent aussi du poids du père, Nietzsche redoutant de mourir au même âge et de devenir fou comme lui. Après il y a tous les écrits et leurs polémiques adressés à pas mal de travers de la société allemande de l'époque.

Liber a écrit:
J'ai des doutes sur sa capacité à s'être abstrait du monde extérieur, malgré son mysticisme.
Euterpe a écrit:
On peut même avancer qu'il n'a jamais eu besoin de s'abstraire du monde extérieur : y est-il seulement entré à demi ?

Il a tenté de renoncer à lui-même, à son orgueil, pour faire preuve au quotidien de charité. Après la période politique de la polémique contre les Jésuites, et donc indirectement de Port-Royal contre l'absolutisme royal, Pascal s'est mis à l'éthique sur le terrain. Et auparavant il y eut la jeunesse du génie scientifique participant avec d'autres à des débats et puis cette période libertine ou mondaine. Pascal créa aussi une société de carrosses. Je ne pense pas qu'il ait été hors du monde, simplement inadapté à la vie sociale, incarnant parfois une grande figure faisant autorité mais incomprise et finalement toujours à la bordure du monde, toujours préoccupé intérieurement par ce monde si vaste et dangereux. La conversion religieuse pourrait être vue comme l'impossibilité de s'incarner dans le monde et comme la seule action possible pour Pascal soit de se soustraire au monde soit de modifier le monde en se changeant lui-même. Si Pascal a tant besoin de la grâce et qu'il ne l'a point, à lui de se l'apporter à lui-même et de la faire pénétrer dans le monde.


Dernière édition par Silentio le Mar 15 Nov 2011 - 0:54, édité 2 fois
privacy_tip Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum