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Constantin, lettre à Sapor

descriptionConstantin, lettre à Sapor  - Page 2 EmptyRe: Constantin, lettre à Sapor

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Kvothe a écrit:
Constantin fut acclamé par ses troupes – comme il est de tradition de le faire – à York, en Gaule.

A York, en Britannia !
Kvothe a écrit:
sur le nombre important de chrétiens en Perse.

Deux excellents ouvrages, de Jérôme Labourt, Le Christianisme dans l'empire perse sous la dynastie Sassanide (224-632) ; d'Hippolyte Delehaye, Les versions grecques des actes des martyrs Persans sous Sapor II.

Kvothe a écrit:
Il faudrait aussi rappeler que la Perse cesse depuis une vingtaine d’années les persécutions.

Persécutions qui reprennent en 327. Difficile de ne pas supposer un lien de cause à effet entre le projet constantinien (appelons cela la création de l'empire byzantin), et la réaction de Sapor II.

Kvothe a écrit:
Sur le texte à disposition, il est tiré de P. Maraval, « Constantin le Grand, Lettres et Discours » (lettre 40).

A écouter sur France Culture.

Dernière édition par Euterpe le Mer 3 Aoû 2022 - 13:05, édité 3 fois

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A York, en Britannia !

Effectivement. Amalgame malheureux.

Persécutions qui reprennent en 327.

Elles dépassent le cadre du texte, aussi j’ai préféré les occulter.

Sur Maraval, il est toujours instructif. Il fait d’ailleurs référence à la lettre envoyée à Arius et Alexandre d’Alexandrie. Il présente un Constantin converti dès 312 – la chose faisant consensus chez les historiens – néanmoins je le trouve toujours un peu trop tranché.  Maraval n’en fait pas mention ici, mais c’est la défense des chrétiens qui sert de justification à Constantin pour déclarer la guerre à son collègue Licinius. La fin de l’interview nuance un peu l’impact de la conversion sur l’action de l’empereur. L’unité me semble être le maître mot pour comprendre le projet de Constantin.

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Kvothe a écrit:
le texte n’aborde pas l’arianisme, mais la position de Constantin est ambiguë à ce sujet.

Ambiguïté rendue possible par l'indétermination relative de l'arianisme quant à la nature de Jésus, qui n'a pas, comme son Père, cette qualité, inestimable, d'être inengendré. Fils de Dieu, soit, mais la naissance est une impureté. Si l'empereur est le chef religieux de son empire, il ne doit pas trouver en Jésus une garantie suffisamment solide pour la définition, et donc la légitimation de son pouvoir, surtout avec la tétrarchie sur les bras. Mais le trinitarisme (transposition politique : partage du pouvoir) devait poser autant de problèmes que le subordinatianisme (transposition politique : quel degré de légitimation-sacralisation du pouvoir ?). C'est pourquoi je ne suis pas convaincu que Constantin ait négligé l'importance de la querelle de l'arianisme. Avec le concile de Nicée, ce sera décidé. Jésus, certes engendré, n'en est pas moins de la même susbtance que le Père. Il est "Dieu de Dieu". De quoi ravir un empereur qui s'est débarrassé il y a peu de Licinius (et avec lui de la tétrarchie).

Kvothe a écrit:
Le paragraphe 16 est plus subtil. On y repère deux allusions. Il y a une référence claire au paganisme et aux sacrifices sanglants. Alors, attention, ce n’est en rien une preuve de la conversion de Constantin – je gâche le suspens. Les élites païennes de l’époque, elles aussi, s’opposent aux sacrifices sanglants, et c’est fondamental.

Qui dit sacrifices sanglants dit mithraïsme, un carburant du manichéisme et un adjuvant pour le christianisme, selon l'aire géographique où et d'où l'on regarde. D'où l'importance des zones de diffusion de ce texte :
Kvothe a écrit:
la publicité de ce texte est rassurante pour la plupart des habitants de l’empire.

En savez-vous quelque chose ? Y a-t-il quelque chose à en savoir ?

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Euterpe a écrit:
Ambiguïté rendue possible par l'indétermination relative de l'arianisme quant à la nature de Jésus, qui n'a pas, comme son Père, cette qualité, inestimable, d'être inengendré. Fils de Dieu, soit, mais la naissance est une impureté. Si l'empereur est le chef religieux de son empire, il ne doit pas trouver en Jésus une garantie suffisamment solide pour la définition, et donc la légitimation de son pouvoir, surtout avec la tétrarchie sur les bras. Mais le trinitarisme (transposition politique : partage du pouvoir) devait poser autant de problèmes que le subordinatianisme (transposition politique : quel degré de légitimation-sacralisation du pouvoir ?). C'est pourquoi je ne suis pas convaincu que Constantin ait négligé l'importance de la querelle de l'arianisme. Avec le concile de Nicée, ce sera décidé. Jésus, certes engendré, n'en est pas moins de la même susbtance que le Père. Il est "Dieu de Dieu". De quoi ravir un empereur qui s'est débarrassé il y a peu de Licinius (et avec lui de la tétrarchie). 

Constantin ne se réfère jamais à Jésus, seul Dieu sert à légitimer son pouvoir.

L’ambiguïté me semble provenir directement de Constantin. La sincérité de sa conversion n’est plus sujette à caution – ou de manière plus rare – mais son souhait reste la concorde et la paix entre ses sujets. Même le concile de Nicée sera rédigé dans des termes suffisamment vagues pour promouvoir l’unité. De même que le traitement des hérétiques sera somme toute assez souple. Le fait qu’il encourage la conversion volontaire va d’ailleurs en ce sens. D’autre part, sa conversion finale à l’arianisme me semble témoigner d’une certaine versatilité dogmatique.

Il faudrait également que je me penche de nouveau sur ses lettres dans lesquelles il utilise un langage théologique parfois inexact. Je mets tout de même une réserve sur cet argument qui demande à être vérifié.

Qui dit sacrifices sanglants dit mithraïsme, un carburant du manichéisme et un adjuvant pour le christianisme, selon l'aire géographique où et d'où l'on regarde. D'où l'importance des zones de diffusion de ce texte

Oui, prenons garde à différencier le culte iranien, et le culte tel qu’il fut pratiqué dans Rome, même s’il existe d’autres cultes à mystères.

En savez-vous quelque chose ? Y a-t-il quelque chose à en savoir ?

Pour le coup, je ne vois pas en quoi la répartition importe.
A priori, le texte est diffusé dans l’ensemble de l’empire. Ou plutôt, je ne vois pas ce qui indiquerait le contraire, il faudrait faire un tour des recueils épigraphiques voir s’il existe une répartition géographique particulière de cette lettre.

Le paganisme n’est pas interdit par Constantin, dont la tolérance religieuse est véritable, seulement les sacrifices sanglants. En cela il rejoint les aspirations particulières de la noblesse romaine, mais la nouvelle s'adresse à l'ensemble de l'Empire.

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Kvothe a écrit:
Euterpe a écrit:
Ambiguïté rendue possible par l'indétermination relative de l'arianisme quant à la nature de Jésus, qui n'a pas, comme son Père, cette qualité, inestimable, d'être inengendré. Fils de Dieu, soit, mais la naissance est une impureté. Si l'empereur est le chef religieux de son empire, il ne doit pas trouver en Jésus une garantie suffisamment solide pour la définition, et donc la légitimation de son pouvoir, surtout avec la tétrarchie sur les bras. Mais le trinitarisme (transposition politique : partage du pouvoir) devait poser autant de problèmes que le subordinatianisme (transposition politique : quel degré de légitimation-sacralisation du pouvoir ?). C'est pourquoi je ne suis pas convaincu que Constantin ait négligé l'importance de la querelle de l'arianisme. Avec le concile de Nicée, ce sera décidé. Jésus, certes engendré, n'en est pas moins de la même susbtance que le Père. Il est "Dieu de Dieu". De quoi ravir un empereur qui s'est débarrassé il y a peu de Licinius (et avec lui de la tétrarchie). 

Constantin ne se réfère jamais à Jésus, seul Dieu sert à légitimer son pouvoir.

C'est pourtant cette question qui provoque le concile de Nicée. C'est dire son urgence, puisque l'enjeu est rien moins que l'autorité théologico-politique, dans un contexte périlleux. Les persécutions de Dioclétien sont encore dans toutes les mémoires. Constantin n'est pas théologien et ne peut décider seul, arbitrairement, de la nature du Christ et, au moment du concile, l'affaire traîne depuis une dizaine d'années. En outre, si Athanase sort vainqueur de la controverse, Constantin le bannit en 336, ce qui montre qu'entre le subordinatianisme (transposition politique : pouvoir de droit divin mais séparation des pouvoirs temporel et spirituel) et le trinitarisme (transposition politique : théocratie, fusion des pouvoirs temporel et spirituel), l'équilibre est difficile à trouver. A travers l'unification urgente de l'empire, c'est de la légitimité, de la nature du pouvoir impérial dont il est question.
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