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Constantin, lettre à Sapor

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Constantin, lettre à Sapor a écrit:
14. En gardant la foi divine, je participe à la lumière de la vérité : conduit par la lumière de la vérité, je reconnais la foi divine. Aussi, par ce moyen comme les faits le confirment, je connais la très sainte religion et je confesse que ce culte est le maître qui fait connaître le Dieu très saint. Ayant la puissance de ce Dieu comme allié en partant des rivages de l’Océan, j’ai fait se lever d’un bout à l’autre de l’univers de fermes espérances de salut, si bien que tout ce qui, asservi par de si nombreux tyrans, livré à des malheurs quotidiens, avait été près de disparaitre, tout cela a repris vie en recevant la ferme protection de l’État, comme un patient à la suite d’un traitement.
15. C’est de ce Dieu que je suis l’ambassadeur : mon armée consacrée à Dieu, porte son insigne sur ses épaules, et elle se dirige là ou l’appelle la parole de justice. De ces hommes, j’obtiens aussitôt en récompense des trophées éclatants. C’est ce Dieu que je confesse honorer d’une mémoire immortelle et avec une pensée pure et sans souillure, je le vois clairement résider au plus haut des cieux.
16. C’est lui que j’invoque en fléchissant le genou, en rejetant toute espèce de sang répugnant et d’odeurs déplaisantes et abominables, en me détournant de toute flamme terrestre, ce par quoi l’erreur criminelle et innommable, en ayant souillé beaucoup de peuples, a jeté bas des races entières en les livrant aux plus profonds abîmes.
18. Concernant cette catégorie d’hommes – je parle des chrétiens, car ils font l’objet de tout mon propos - tu peux penser qu’il m’est très agréable d’apprendre que les plus importantes régions de Perse en sont richement pourvues, ce qui est conforme à mes vœux. Puissent les meilleures choses t'advenir de même qu’à ceux-ci car eux aussi sont à toi. Ainsi le souverain de l’univers sera pour toi doux, propice et bienveillant. Donc parce que tu es si grand je te confie ces mêmes chrétiens : parce que tu es renommé pour ta piété je te les remets en main (…)

Le texte en question est une lettre de Constantin à Sapor (Basileus Perse), retranscrite par Eusèbe, dans Vita Constantini. La lettre est datée : 324-325. Deux points de méthodologie historique, il convient de s’interroger sur la véracité de cette lettre, et son exactitude. Ce texte est particulièrement riche en sous-entendus.
Il est primordial de bien saisir le contexte, donc 324 correspond à la victoire de Constantin sur Licinius à Christopolis, qui fait de Constantin le seul auguste de l’Empire romain, qui retrouve ainsi son unité. Et 325 fait référence au concile de Nicée, premier concile œcuménique.
Pour le reste, bonne lecture :pc-rire: .

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Kvothe a écrit:
Le texte en question est une lettre de Constantin à Sapor (Basileus Perse), retranscrite par Eusèbe, dans Vita Constantini. La lettre est datée : 324-325. Deux points de méthodologie historique, il convient de s’interroger sur la véracité de cette lettre, et son exactitude. Ce texte est particulièrement riche en sous-entendus.
Il est primordial de bien saisir le contexte, donc 324 correspond à la victoire de Constantin sur Licinius à Christopolis, qui fait de Constantin le seul auguste de l’Empire romain, qui retrouve ainsi son unité. Et 325 fait référence au concile de Nicée, premier concile œcuménique.
Si vous souhaitez que nous discutions la véracité de cette lettre, il vous faut proposer aux membres quelques remarques à propos de l'apologétique, de l'éloge panégyrique, etc., pour comprendre l'œuvre écrit des principaux penseurs du christianisme antique ; donner quelques éléments biographiques et historiques (querelles religieuses, etc., et plus particulièrement l'arianisme). Comment, sinon, repérer les sous-entendus ? Nous sommes au début du règne de Constantin, etc., à un moment fondamental de l'histoire de Rome et de l'Europe. Sinon je crains qu'en l'état, personne ne sache de quoi débattre.
Vous proposez le chapitre IX du Livre IV de la vie de Constantin (trad. Cousin) :
Constantin, lettre à Sapor  Captur10
Pourquoi ne pas nous soumettre également certains passages de l'Histoire ecclésiastique, pour donner du relief à cette lettre, notamment extraits du Livre X ?

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Je développerai lundi soir, j’aurai plus de temps.
Pour faire vite, Eusèbe est fiable, une source épigraphique corrobore la version qu’il donne. Ce qui indique aussi que c’est un texte qui fut public, ce qui est loin d’être anodin quant aux visées de Constantin. Le cœur de l’interrogation historique se situe ici : Pourquoi Constantin prend tellement de soin à ne pas parler de Dieu comme du Dieu chrétien (avant le paragraphe 18 du moins) ? Deux hypothèses semblent se dégager. La première, tendrait à dire que les allusions sont suffisamment claires, et ne méritent pas d’être plus analysées. Soit. La seconde – qui a mes faveurs – est plus fine. Constantin vient tout juste de réunifier l’empire, il considère la religion comme un élément unificateur, ses positions semblent plaire à tout le monde (cf. passage sur les sacrifices sanglants). Aussi, cela cadrerait avec l’image d’un Constantin qui dispose d’une vision dogmatique relativement étroite, ce que d’autres lettres révèlent, je pense notamment à la lettre envoyée à Arius et Alexandre avant le concile de Nicée en 325. Là aussi, le texte n’aborde pas l’arianisme, mais la position de Constantin est ambiguë à ce sujet. J’y reviendrai.


D’autres éléments seraient à soulever dans un commentaire, comme la relation que Constantin se targue d’entretenir avec dieu, ses nombreuses victoires. L’épisode du Chrisme, apparu dans un rêve est aussi mentionné.

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Kvothe a écrit:
c’est un texte qui fut public, ce qui est loin d’être anodin quant aux visées de Constantin. Le cœur de l’interrogation historique se situe ici : Pourquoi Constantin prend tellement de soin à ne pas parler de Dieu comme du Dieu chrétien (avant le paragraphe 18 du moins) ?
Il faut parler du document : fiable, certes ; mais Eusèbe est un panégyriste. Il faut parler de celui qui parle (Constantin), mais aussi de celui à qui le document est adressé : Sapor II, objet d'une menace à peine voilée (persécution des chrétiens par les Sassanides, etc). J'attends avec impatience votre contribution de lundi. (Pouvez-vous indiquer l'édition de votre texte ? Où s'arrête exactement la lettre à Sapor, dans votre citation ?)

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Je vous rejoins dans toutes vos critiques, et elles mettent en exergue à quel point je m’y suis mal pris. Il aurait été plus judicieux de présenter dès le début l’ensemble de mon commentaire. Je rectifierai également sur le texte de Polybe.

Je vais reprendre les points qui m’apparaissent essentiels dans ce texte, en essayant autant que faire se peut de m’appuyer sur lui pour étayer mon propos et l’éclairer.

Dès la première phrase, on reconnaît un langage néo-platonicien, et cette idée d’un monde des idées. Ensuite bon nombre de sous-entendus émaillent le texte. « Les faits le confirment » est une référence claire aux victoires obtenues par Constantin, en 312 face à son rival Maxence et en 324. Il est aussi question d’un monothéisme, sans plus de précisions. Les rivages de l’Océan sont un indice biographique, qui rappelle que Constantin fut acclamé par ses troupes – comme il est de tradition de le faire – à York, en Gaule. Ce Dieu est aussi présenté comme un allié de l’empereur, qui a de facto un statut particulier.

Le chapitre 15. D’emblée Constantin prend une autre mesure, celle de l’ambassadeur. Il est, avec son armée, l’instrument de la justice divine. Leurs guerres sont justes, car légitimées par ce Dieu. La référence au signe rappelle le chrisme dont Constantin aurait, selon Eusèbe, rêvé avant la bataille du pont Milvius en 312 – début présumé de la conversion de Constantin. Les trophées sont un autre rappel des nombreuses victoires de l’empereur.

Le paragraphe 16 est plus subtil. On y repère deux allusions. Il y a une référence claire au paganisme et aux sacrifices sanglants. Alors, attention, ce n’est en rien une preuve de la conversion de Constantin – je gâche le suspens. Les élites païennes de l’époque, elles aussi, s’opposent aux sacrifices sanglants, et c’est fondamental. Ensuite, il est question de la responsabilité de l’empereur qui se doit de guider son peuple, de ne pas le « jeter dans l’abîme ». L’allusion est subtile là encore, mais elle dénote la façon dont Constantin envisage sa fonction d‘empereur.

Je m’épargne le chapitre suivant qui n’est qu’un long prêche, pouvant convenir à la quasi-totalité des religions. Constantin se présente comme un empereur pieux, ce qui n’est en rien une preuve de sa conversion. Je le rappelle, la pietas – « quand faire c’est croire » nous dit J. Scheid – n’est pas uniquement chrétienne.

Sur le dernier paragraphe, du grand art. En apparence, rien de bien méchant – les avis divergeant déjà sur ce point -, du langage diplomatique, presque « mielleux ».
D’une part, c’est la première fois que Constantin parle clairement des chrétiens. Il conviendra aussi que l’historien vérifie l’affirmation de Constantin – qui se révèle exacte – sur le nombre important de chrétiens en Perse. Il faudrait aussi rappeler que la Perse cesse depuis une vingtaine d’années les persécutions. De ce contexte, tout le reste découle. Constantin va s’imposer comme le supérieur de Sapor, c’est l’empereur qui octroie au Roi des rois des droits sur des habitants de son propre royaume. Constantin est donc le protecteur des chrétiens, la religion lui confère un pouvoir qui outrepasse les simples limites de l’empire romain. Sapor est sommé de poursuivre sa politique de tolérance, sous peine de déplaire au souverain de l’univers et de voir son ambassadeur, bras armé, lui tomber dessus. Les fréquentes allusions aux victoires de Constantin prennent subitement une ampleur nouvelle.

Sur le reste, je ne reprends pas ce que j’ai dit précédemment quant aux hypothèses possibles sur la position de Constantin. Il faut tout de même souligner que, dans la mesure où j’opte pour la seconde hypothèse, la publicité de ce texte est rassurante pour la plupart des habitants de l’empire.


Je me permets une digression relative à la remarque d’Euterpe sur l’arianisme. La querelle éclate en 325, peu avant le grand concile de Nicée, entre un prêtre, Arius, et son évêque Alexandre. La querelle concerne la nature du Christ : divin ou humain ? Consubstantiel au père ou descendant de lui ? Même si le texte n’en parle pas, Constantin va devoir affronter ce problème, et il opte pour une voie médiane somme toute originale. Il nie complètement l’intérêt, la portée de la question – pourtant fondamentale dans la construction du dogme -  toujours en expliquant combien cela est périlleux pour l’unité de l’empire. Il vient tout juste de réprimer le schisme donatiste en Afrique du nord, aussi l’actualité de la sauvegarde de l’unité chrétienne est brûlante. Il se gardera bien de prendre position, il se pose en médiateur, au-dessus de cette querelle qui dépasse de toute manière les hommes. On retrouve ici deux idées déjà énoncées : le rôle de l’empereur qui gouverne dans une optique d’unité, et le peu de conviction dogmatique dont il fait preuve. D’autant que tout porte à croire que Constantin aurait été favorable à l’arianisme qui reprenait une certaine idée de la royauté qui n’était pas pour déplaire à l’empereur. Je tâcherai de remettre la main sur cette lettre.

Sur Eusèbe, j’avoue que ce texte me pose problème dans la mesure où c’est seulement le choix – une fois la véracité de la lettre établie – qui peut être une source d’information sur les visées d’Eusèbe. Il tend à présenter l’image d’un empereur pieux, ce qui se retrouve dans la lettre. Au-delà… Sur le texte à disposition, il est tiré de P. Maraval, « Constantin le Grand, Lettres et Discours » (lettre 40).
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