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descriptionRévolution égyptienne EmptyRévolution égyptienne

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Bonjour,


Je me demandais si l'intervention de l'armée dans la révolution égyptienne actuelle était quelque chose de l'ordre du coup d’État ?


Il est vrai que dans la révolution des "œillets" au Portugal, l'armée a joué un rôle capital pour renverser la dictature de Salazar, et a rétabli la démocratie...


Ce sujet a un lien avec la philosophie, Kant, Rousseau, etc. J'entendais ce matin un Égyptien dire que l'ancien président avait rompu le contrat social de la démocratie et que le peuple ne pouvait plus lui faire confiance; il pouvaitdonc lui désobéir... Est-ce que du coup le "contrat social" va dans les deux sens ? Qui peut juger en toute objectivité de la rupture du contrat du président égyptien ? N'a-t-il pas été élu démocratiquement avec 20 pour cent de votes (abstention de 50 pour cent) ? Je n'aime pas beaucoup cet ancien président (proche des Frères musulmans) mais c'est le peuple égyptien qui l'a mis en place, non ?


J'aimerais avoir votre avis ? Du coup, est-ce que cette révolution soutenue par l'armée est démocratique ?


Merci.

descriptionRévolution égyptienne EmptyRe: Révolution égyptienne

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C'est clairement dans les faits un coup d'État, maintenant, cela n'est pas incompatible avec un processus démocratique. En Amérique latine, de nombreuses dictatures ont vu une transition démocratique par le même processus de déposition du gouvernement par l'armée, et par la mise en place d'élections supervisées par l'armée. En fait tout dépend de la situation au sein de l'armée égyptienne, de ses motivations, des forces en présence ; d'après les informations fournies par les médias, il est très difficile de comprendre si l'on est face à une armée contaminée par la révolution, ou à une armée qui prend appui sur la révolution pour mener à bien des ambitions pas forcément démocratiques.

descriptionRévolution égyptienne EmptyRe: Révolution égyptienne

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De la manière la plus neutre le contrat social est une convention passée entre les hommes dans le but de garantir leur sécurité. 
Le président Morsi a-t-il manqué à cet impératif de sûreté ? De cette réponse découle la légitimité de l’action militaire. A une nuance près qu’il semble opportun de souligner, l’appui de la majorité des citoyens - évitons les termes équivoques comme peuple – est in fine la seule légitimation possible et recevable de cette action.


On peut aussi s’interroger sur le droit de réserve de l’armée.


Pour le reste, je rejoins Intemporelle : actuellement il est très difficile d’anticiper sur les intentions et motivations réelles de l’armée. Il semblerait que des élections présidentielles soient prévues dans un laps de temps relativement long (mais c’est un regard européen si j’ose dire) d’un an. 

L’autre problème soulevé subtilement par votre question Nnikolass, c’est la légitimité démocratique. Le président Morsi a été élu démocratiquement, et ce choix implique une conséquence dans la durée. La révocabilité des élus – toujours sous couvert du non-respect de leurs devoirs – impose une forte instabilité gouvernementale. Dans quelle mesure la révocabilité est-elle justifiée et justifiable ? N’est-ce pas aussi un manque de culture démocratique ? Sans faire de comparaison abusive, la cote d’opinion de notre président fut suffisamment basse pour que cette même question de la légitimité se pose, pourtant pas de révolution.

descriptionRévolution égyptienne EmptyRe: Révolution égyptienne

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nnikkolass a écrit:
Je me demandais si l'intervention de l'armée dans la révolution égyptienne actuelle était quelque chose de l'ordre du coup d’État ?

Il est vrai que dans la révolution des "œillets" au Portugal, l'armée a joué un rôle capital pour renverser la dictature de Salazar, et a rétabli la démocratie...

Ce sujet a un lien avec la philosophie, Kant, Rousseau, etc. J'entendais ce matin un Égyptien dire que l'ancien président avait rompu le contrat social de la démocratie et que le peuple ne pouvait plus lui faire confiance; il pouvait donc lui désobéir... Est-ce que du coup le "contrat social" va dans les deux sens ? Qui peut juger en toute objectivité de la rupture du contrat du président égyptien ? N'a-t-il pas été élu démocratiquement avec 20 pour cent de votes (abstention de 50 pour cent) ? Je n'aime pas beaucoup cet ancien président (proche des Frères musulmans) mais c'est le peuple égyptien qui l'a mis en place, non ?


Kvothe a écrit:
L’autre problème soulevé subtilement par votre question Nnikolass, c’est la légitimité démocratique. Le président Morsi a été élu démocratiquement, et ce choix implique une conséquence dans la durée. La révocabilité des élus – toujours sous couvert du non-respect de leurs devoirs – impose une forte instabilité gouvernementale. Dans quelle mesure la révocabilité est-elle justifiée et justifiable ? N’est-ce pas aussi un manque de culture démocratique ? Sans faire de comparaison abusive, la cote d’opinion de notre président fut suffisamment basse pour que cette même question de la légitimité se pose, pourtant pas de révolution.


Une démocratie naissante n'a pas l'expérience du formalisme qu'implique le fonctionnement d'institutions adéquates (technicité du vote, des procédures, etc.), formalisme inintelligible pour qui n'a jamais connu le pluralisme comme une évidence, comme une donnée constitutive de la société dans laquelle il vit. Les Égyptiens sont confrontés à des événements et des phénomènes politiques prévisibles. Une majorité, c'est un ensemble provisoire et malaisément définissable de "vainqueurs" politiques (électeurs et élus) qui a pour tâche de vivre avec des "vaincus", ceux-là mêmes qu'on ne doit jamais oublier ou négliger. L'opposition, dans une démocratie chevronnée, ce sont deux choses : les vainqueurs de demain (alternance = opposition nécessairement modérée) ; un ensemble d'institutions, d'organes du pouvoir, de contre-pouvoirs, etc.

En outre, aucune démocratie n'a jamais trouvé de solution au problème de la légitimité démocratique, seulement des "aménagements", plus ou moins efficaces, et qui font régulièrement l'objet d'améliorations, de perfectionnements même infimes en apparence ; c'est un objet de réflexion constant et qui doit le rester. Mais ce problème prend une dimension parfois dramatique avec la question des mandats. Qui détient réellement le mandat ? Le peuple ou l'élu ? A sa manière, l'Égypte fait présentement l'expérience du mandat impératif que fit la France au début de la Révolution de 1789. C'est la fameuse bataille entre l'instituant (le "peuple") et l'institué (le pouvoir élu). Les pays africains sont encore dans la phase instituante. Il est rassurant de constater que les peuples tunisien, égyptien, etc., sont soucieux de "soigner" le processus en cours, au lieu de tomber dans le panneau d'un formalisme prématuré, qui semble convenir à des "partis" au fonctionnement tribal (pressions internes pour orienter et ainsi fausser l'acte même du vote), et qui ne me paraissent pas désireux de vivre démocratiquement (craintes à l'égard du pluralisme, etc.).
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