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La duplicité de Michel Foucault

3 participants

descriptionLa duplicité de Michel Foucault - Page 2 EmptyRe: La duplicité de Michel Foucault

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Aktaiôn a écrit:
Pour autant son travail est d'une incroyable richesse et propose de nombreux outils intellectuels qui ont en effet marqué les sciences humaines.
Plus modestement et plus précisément, comme de nombreux normaliens, Foucault propose des synthèses commodes, à condition toutefois de bien voir en quoi elles le sont et pour qui. Par exemple, en hypokhâgne, on lit beaucoup Les mots et les choses, parce que cela permet à des étudiants qui ne disposent pas du temps nécessaire, d'obtenir à moindre coût des visions historico-conceptuelles d'ensemble propres à colmater provisoirement leurs lacunes historiques, de plus en plus grandes et répandues. Mais le recours à Foucault, dans ce cas très précis, est provisoire ; c'est un "en-attendant-mieux". D'autant que la synthèse historique Les mots et les choses est évidemment pleine d'erreurs, comme tous ses livres d'"histoire" (d'archéologie), ce que les historiens ont déjà pointé du doigt depuis longtemps.

Aktaiôn a écrit:
Il était indéniablement philosophe
Foucault se préoccupe de sagesse, de vertu ? Propose-t-il un quelconque destin pour les hommes ?

Aktaiôn a écrit:
travaillant sur l'histoire des systèmes de pensée, mettant en action son propre criticisme. Mais il ne faudrait pas non plus confondre son engagement militant et ses positions philosophiques. Son ami Paul Veyne le décrit comme un sceptique faisant l'examen de ce qui se présente à lui.
Paul Veyne a une façon très courtoise de dire de son ami qu'il est un critique.

Aktaiôn a écrit:
Foucault n'était pas un intellectuel de Mai 68
Mai 68 c'est les années 60-70. C'est bien un intellectuel typique de ces années.

Aktaiôn a écrit:
Je crois surtout qu'il ne voulait pas se laisser enfermer.
Ce qui ne plaide pas en sa faveur, du reste, d'autant qu'il donnait à cela une importance suspecte, puisque ce souci témoigne qu'il y pensait beaucoup et très fort.

Aktaiôn a écrit:
il y a une pensée de la doublure, du redoublement chez lui
En effet, ce qui n'est pas bon signe.

Aktaiôn a écrit:
son engagement politique est séparé de sa pensée
C'est typique des intellectuels engagés du XXe siècle. Aron, qui l'était autrement plus et mieux que les autres, n'a jamais eu de succès précisément parce qu'il refusait catégoriquement de renoncer au détachement et à la distance propres à la pensée philosophique sans lesquels il est impossible de penser. Aron refusait de pactiser avec le diable.

Aktaiôn a écrit:
Son travail analyse le présent, à nous d'en faire un usage pratique.
Aktaiôn a écrit:
Foucault revient en arrière pour mieux donner à penser notre actualité et agir dessus
Il n'y a ni présent ni actualité chez Foucault.

Aktaiôn a écrit:
ce terreau portait déjà en lui les germes fertiles qui permettront au christianisme de s'élever sur lui
Enlevez Platon, et il ne reste rien au christianisme pour exister autrement que comme une secte parmi des centaines d'autres des trois premiers siècles. Quant à Nietzsche voulant réinstaurer tels quels les Grecs, c'est une erreur.

Aktaiôn a écrit:
et parce que la philosophie antique était celle de fous, d'extrémistes, mais surtout une philosophie fantasmée masquant tout le caractère mortuaire des pratiques, de l'ascèse, de ces vieillards isolés qui étaient déjà mal vus. Donc ça rejoint très largement l'analyse de Nietzsche.
Essayez d'éclairer ma lanterne. Qui parle et surtout de quoi parle-t-il, ici ?

Aktaiôn a écrit:
on pourrait aller plus loin en disant que ces retours à la pré-philosophie, à la Grèce rayonnante, que ce soit chez Nietzsche ou Heidegger, relèvent d'un fantasme. Nous ne vivons plus dans l'Antiquité et nous ne sommes pas des Grecs.
La Grèce est une invention, que les Grecs inventèrent les premiers. Ce que vous dites, Foucault ne l'a pas découvert, et il est même très en retard (ce qui n'est pas de son fait, il a une excuse historique évidente : la France ne découvre Nietzsche, Marx et Freud qu'avec cinquante ans de retard ; et les programmes scolaires des années cinquante, qui ressemblent encore nettement à ceux de la troisième république, révèlent à quel point la France était déjà intellectuellement coupée de ce qui était dit et pensé en Europe depuis un bon moment). Surtout, je trouve pour le moins inacceptable de rejeter ce qu'on ne connaît pas soi-même. Or Foucault n'est pas connu pour être un penseur de la Grèce ni un historien de la Grèce. Ce qu'il rejette, avec la Grèce heideggerienne et nietzschéenne, c'est le fondement de la philosophie, c'est-à-dire ce qui lui interdisait de s'engager dans son propre travail archéologique (rien qui concerne la métaphysique chez Foucault. Un philosophe sans métaphysique ?). Enfin, je trouve épuisant de lire que telle ou telle chose n'a pas existé, quand on prétend par ailleurs que rien n'existe.

Aktaiôn a écrit:
le souci de soi socratique
Il n'y a pas chez Socrate quelque chose qui, de près, de loin, d'à côté, et quel que soit l'angle d'où on voudrait le regarder, puisse être dit un « souci de soi ».

Le point faible de Foucault, c'est Steiner, qui a écrit l'anti-Foucault par excellence : Réelles présences. Les arts du sens, que le titre français rend mal. Le titre original est encore plus significatif : Is there anything in what we say ? C'est la bible pour qui veut déconstruire en règle les déconstructionnistes.


Dernière édition par Euterpe le Mar 13 Mar 2012 - 10:33, édité 1 fois

descriptionLa duplicité de Michel Foucault - Page 2 EmptyRe: La duplicité de Michel Foucault

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On ne sait pas de quel Foucault vous parlez. Prenez le "dernier" et vous verrez que vous vous trompez. Considération pour une éthique orientée par et vers la vérité, travail sur l'Antiquité dans les deux derniers volumes de l'Histoire de la sexualité et dans les trois derniers cours au Collège de France, intérêt pour notre actualité dans son opuscule Qu'est-ce que les Lumières ? reprenant l'interrogation de Kant (il y a même chez Foucault une ontologie critique du présent). De plus, le souci de soi est bien entendu une interprétation que fait Foucault mais à partir des textes antiques, en y repérant toute une série de pratiques et de relations. Bien entendu, chez Socrate le souci de soi n'est pas le souci de Socrate à son propre égard, lui se soucie des autres mais doit les amener à se soucier d'eux-mêmes. Enfin, la doublure pourrait donner un sens nouveau à la formule de Nietzsche selon laquelle les Grecs étaient superficiels par profondeur - ou plutôt la formule pourrait imager la doublure si on la transpose dans la dimension du corps et du "sujet".


Dernière édition par Aktaiôn le Dim 13 Mar 2011 - 20:05, édité 3 fois

descriptionLa duplicité de Michel Foucault - Page 2 EmptyRe: La duplicité de Michel Foucault

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Plusieurs nouvelles questions viennent se greffer au sujet proposé par Kthun. Pour plus de clarté, je divise le topic en créant de nouveaux sujets que vous trouverez dans les parties adéquates du forum.

D'abord, concernant la sexualité et le mariage chez les Grecs, je crée un topic, dans le forum dédié à l'histoire (Catégorie Sciences humaines), intitulé Sexualité, amour et mariage chez les Grecs et les Romains, à partir des remarques de Jean Ghislain.

Ensuite, concernant la superficialité et la profondeur des Grecs, je crée un topic dans le forum dédié à Nietzsche, intitulé Superficialité et profondeur des Grecs selon Nietzsche, puisque cela implique nécessairement qu'on se réfère à son œuvre, et qu'après tout il est l'auteur de cette distinction connue mais fondamentale.

Enfin, pour la fermeture des écoles grecques, je crée un topic dans le forum dédié à la Philosophie médiévale (Catégorie discussions des grandes problématiques de la philosophie), car le sujet vaut la peine qu'on s'y intéresse (les points de passage entre l'antiquité et le moyen âge, etc.). Je l'intitule : L'empire byzantin et la philosophie.

Je modifie les messages de façon à adapter les choses, pour que la lecture soit claire.
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