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PhiPhilo
PhiPhilo
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Fête chinoise du Printemps et Correspondances. Empty Fête chinoise du Printemps et Correspondances.

Ven 12 Fév 2021 - 10:06
大家好, dà jiā hǎo , bonjour à toutes et à tous.

Le jeudi 12 février est, cette année, le jour de 春节, chūn jié, la "fête du printemps" appelée aussi par les Occidentaux "le nouvel an chinois", traduction d'ailleurs très approximative des termes chinois 农历新年, nóng lì xīn nián, ce qui, littéralement, signifie plutôt "nouvel an du calendrier agricole". Je dis "cette année" parce que, pour ce peuple de tradition fondamentalement agricole, le printemps, 春天 , chūn tiān, commence le 1° jour du calendrier lunaire, lors de la deuxième nouvelle lune suivant le solstice d’hiver et avant la phase lunaire d'équinoxe du printemps raison pour laquelle sa date varie d'une année à l'autre. Mon intention, en écrivant cela, n'est pas de vous faire savoir ce que vous trouveriez par vous-même en consultant Wikipedia ou n'importe quel autre site d'information, mais d'insister sur ce que le commencement de l'année signifie pour la sagesse chinoise traditionnelle et, peut-être aussi, pour la pensée extrême-orientale en général, voire pour l'humanité toute entière.

Disons tout d'abord que l'année qui commence portera, en chinois, l'appellation de , niú nián, "année du buffle" (elle fait suite à 鼠年, shǔ nián, "l'année du rat" et précède 虎年, hǔ nián, "l'année du tigre"). "L'année du rat" est la première d'un cycle de douze années, douze étant ici la durée en années de la révolution circum-solaire de la planète Jupiter et non la durée en mois de la révolution circum-terrestre de la lune. Chaque cycle de douze ans marque donc le début d'une période, une régénération et suppose quelque chose de radicalement nouveau. Ainsi, l'"année du rat" qui a débuté le 4 février 2020 pour se terminer le 11 février 2021 a été la première année d'un nouveau cycle et la présente "année du buffle" la seconde du même cycle, etc. Comme dans le monde occidental, le passage à la nouvelle année, ce qu'on appelle le "nouvel an chinois", est, en Chine, une période festive qui donne lieu a diverses célébrations et réjouissances traditionnelles (cf., pour plus de détails, http://www.chine-culture.com/coutumes/comment-feter-le-nouvel-an-chinois.php). L'année qui commence sera donc l'année dite du "buffle", animal symbole tout à la fois de puissance, de rusticité et d'endurance. De plus, comme c'est la deuxième année du cycle, c'est une année réputée , yīn. Rappelons que, pour la sagesse chinoise, le yáng et le yīn sont les deux pôles du flux et du reflux perpétuel des énergies dans toute espèce de phénomène. Dire qu'un phénomène est yīn, c'est donc dire qu'il est probable qu'il marque un repli, une fermeture, une régression. Et inversement pour yáng : expansion, ouverture, progression. Étant entendu que yīn et yáng se succèdent perpétuellement (exactement comme dans les cycles économiques théorisés par Kondratiev et Schumpeter : croissance économique puis récession, dépression). Donc, dire que l'année qui commence est une année yīn, c'est dire qu'elle a été précédée et sera suivie par une année , yáng.

Disons deux mots, à présent, de la saison de printemps 春天, chūn tiān qui, dans le calendrier chinois, débute donc le 12 février. Le printemps est traditionnellement associé aux phénomènes suivants (entre autres, je n'en ai sélectionné que quelques-uns) : le vert, le bois, la planète Jupiter, le foie, la vue, l'acide, la colère, l'humanité, la modération, enfin … la note "mi". Que la couleur verte représente le printemps n'étonnera personne, aussi n'insisterai-je pas sur ce qui, à l'évidence, justifie cette correspondance. Pour les autres relations, en revanche, un brin d'explication est peut-être nécessaire.
- L'association avec le bois n'est pas très difficile à justifier non plus : le printemps est la saison de la pousse des végétaux, donc, à terme, de la lignification, puis, à plus long terme encore, au pourrissement du bois qui enrichira l'humus sur lequel apparaîtront de nouvelles pousses, etc. De plus, le bois est le résultat d'un processus de lignification. Ce processus s'arrête en hiver et reprend au printemps afin de renforcer le végétal en lui procurant une couche supplémentaire de carapace protectrice. L'agent bois est donc, naturellement, un symbole de stabilité dans l'adaptation.
- Du coup, le printemps est associé aussi à … la planète Jupiter qui, en chinois, se dit 木星, mù xīng, littéralement "l'étoile/la planète du bois" (les Chinois ont le même mot pour "étoile" et "planète"). En effet, Jupiter étant la plus grosse planète du système solaire, il est naturel qu'un peuple paysan l'associe à l'élément prédominant dans l'agriculture, à savoir le bois. Par ailleurs, la combinaison de sa taille et de son éloignement par rapport à nous en fait l'astre le plus régulièrement visible à l’œil nu depuis la Terre (encore un élément de stabilité).
- Pour le foie, l'analogie agricole vaut aussi : le foie est un organe émonctoire, c'est-à-dire qui purge l'organisme d'un certain nombre de déchets toxiques (de même que le rein, le pancréas, le poumon, l'intestin, etc.). La purification de l'organisme vivant n'est, pour les Chinois, qu'un cas particulier de drainage puisqu'il s'agit, dans tous les cas, de désengorger les fonctions vitales en rétablissant la circulation des fluides nourriciers engourdis par l'hiver, bref, d'assurer l'irrigation du vivant. Apparemment, il n'y a aucune raison de donner au foie une primauté quelconque sur les autres émonctoires, sauf que, dans toutes les civilisations, les difficultés de digestion ont toujours été corrélées, à tort ou à raison, à un dysfonctionnement du foie (en Occident, on a longtemps appelé l'indigestion "crise de foie").
- S'agissant de la vue, on comprend aussi assez facilement pourquoi il symbolise le renouveau printanier : l'être vivant en général et l'être humain en particulier sort de son enfermement hiémal, il en a fini avec son hibernation, il abandonne sa léthargie et l'horizon s'ouvre de nouveau à lui. Du coup on voit plus loin que le bout de son confinement (!), et il cherche à percevoir tout ce qui est susceptible de relancer son élan vital. Là encore, la vue n'a aucune raison d'être le seul organe perceptif en jeu, sauf que, un peu partout, et dans les cultures paysannes, la perception visuelle a toujours été privilégiée pour anticiper les adaptations nécessaires, notamment aux changements de temps.
- Les deux analogies suivantes, celle de l'acide et de la colère, sont, on le ressent intuitivement, intimement liées. Ne dit-on pas que l'acidité gastrique est favorisée par un tempérament un peu trop irascible ? Mais acidité et colère participent aussi du renouveau printanier. À forte concentration d'ions H+, l'acide, c'est bien connu, a des propriétés dissolvantes, donc, derechef, de nature à fluidifier certaines substances, à transformer le dur en (quasi-)liquide. Exactement, si l'on peut dire, comme la colère dont les éruptions sont parfois dissolvantes à l'égard de situations bloquées (exemple des explosions de colère révolutionnaire). Les Chinois ont remarqué qu'il est de saines, voire de saintes colères qui désentravent la circulation des énergies vitales. Enfin, l'acidité est aussi la qualification d'une intensité du vert des fruits et des légumes naissants, en cours de maturation. Du coup, par association, l'acide est la saveur de la jeunesse, laquelle, comme on le sait, a le tempérament sanguin du renouveau fougueux.
- De même, humanité, modération sont, tout autant, indissolublement liées à la renaissance saisonnière. Cela peut paraître paradoxal après ce que nous venons de dire à propos de l'acidité et de la colère. Mais non. Celles-ci sont une modalité yáng, celles- une modalité yīn du renouveau, un garde-fou moral ou éthique aux débordements de colère, aux excès d'acidité qu'il faut savoir contenir dans les limites de la bienveillance ou de l'humanité (en chinois , rén, signifie à la fois "bienveillance" et "humanité" et est homophone à , "l'humain"). Et ce, à l'égard des "dix-mille choses sous le Ciel" comme on dit en chinois, pas seulement à l'égard de ses semblables. "L’homme honorable trouve la paix dans la vertu d’humanité" dit Confucius (Entretiens, IV, 2) rejoignant ainsi une grande constante de la sagesse extrême-orientale, telle, par exemple que l'exprime Patañjali lorsqu'il dit que " le but [du Yoga] n’est pas de bouleverser l’ordre de la Nature, mais d’écarter les obstacles à son évolution, à l’instar d’un cultivateur qui dégage son champ"(Patañjali, Yoga-Sûtra, iv, 3).
- La dernière des associations que j'ai sélectionnées demeure, pour moi, la plus mystérieuse. Certes, la musique et le son sont, pour les Chinois, l'indice de l'accord du Ciel, de l'Homme et de la Terre, du "grand souffle indéterminé de la nature [par lequel] tous les êtres deviennent pour lui comme un jeu d’anches"(Zhuang Zi, iv). Mais pourquoi le printemps est-il associé à la note mi dans la gamme pentatonique (do ré mi sol la) de la musique chinoise traditionnelle ? D'autant que la note la plus fondamentale est le gōng, do (équivalant au son "AUM" dans l'hindouisme et le bouddhisme). Est-ce parce que le sinogramme , jué, signifie tout à la fois "mi", "colère" (cf. ci-dessus) mais aussi "acteur, personnage" (c'est-à-dire celui ou celle qui donne une interprétation, donc une nouvelle vie à un rôle ou une partition) ? Je ne saurais dire. À moins que l'audition du prélude de cette Partita en mi majeur BWV 1006 de Johann Sebastian Bach ou de cette Sonata en mi majeur K 135 de Domenico Scarlatti suffise à donner la réponse.

Car, après tout, nul mieux que Baudelaire ne nous a donné la clé de toutes ces Correspondances :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.
Zeugme
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Ven 12 Fév 2021 - 18:16
谢 
(immense merci)


à vous 
PhiPhilo 
pour votre texte 
qui nous donne 
un regard orienté 
vers cette culture
traditionnelle...




Pour honorer l'élément "bois"木材 je me fends aussi d'un poème...


Forêt
 
De ta pousse verticale en sa sommité verte
Et des effluves sombres de tes parties intimes
Tressaillent tous mes sens pour chaque découverte,
Des passages secrets protégés de ta cime…
 
Et je dis à ces villes qui tentent de t’imiter,
Que jamais elles n’auront une ombre aussi garante,
Quand le cerf va bramer et l’ermite prier,
Dans les derniers instants d’une brise odorante…
 
Et les vieux fûts racontent l’histoire des cathédrales,
Quand les chênes choisis de trois cents frondaisons,
Et les coques et les mâts des constructions navales,
Et le ventre si doux du sapin d’un violon…
 
Pour le bois du berceau et le lit de l’amour,
Pour la bûche de l’âtre et son propre cercueil,
Chacun aurait raison de remercier les jours
Où la forêt nous berce, nous chauffe et nous recueille…
 
PhiPhilo
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Fête chinoise du Printemps et Correspondances. Empty Re: Fête chinoise du Printemps et Correspondances.

Dim 14 Fév 2021 - 8:00
Bravo et merci à Zeugme pour son sens de l'enchaînement poétique. Ravi de constater que ce forum philosophique n'est pas monopolisé par les scientistes !

Juste une petite précision, cependant. Lorsque vous parlez de 木材,  mù cái, littéralement "élément bois", vous avez raison de préciser 材, cái, qui désigne, en fait, la matière ligneuse, le bois de charpente, de chauffage, d'ameublement, etc. parce que le bois, par lui-même, 木,  mù, n'est pas un "élément" au sens des cinq éléments avec lesquels la philosophie grecque nous ont familiarisés en Occident. Pour la cosmologie chinoise traditionnelle, en effet, l'univers n 'est pas constitué de cinq "éléments", c'est-à-dire de cinq constituants fondamentaux, mais de cinq "agents" 五行, wǔ xíng (le bois, la terre, le métal, le feu et l'eau). Ceux-ci ne sont pas pensés comme des substances entrant dans la composition du réel mais comme des facteurs permanents de transformation. Les Chinois ne sont pas du tout substantialistes : pour eux, il n'y a pas, au fond du réel, un noyau fondamental d'immuabilité, de quelque constitution qu'il soit. La seule chose qui ne change pas, c'est le changement perpétuel. La pensée chinoise n'est pas une pensée de l'Être mais du Devenir.
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Dim 14 Fév 2021 - 9:21
Tout à fait, et même de là,
l'acception des quatre éléments:
 
 eau, feu, air, terre,
 
que nous ne retrouvons jamais
respectivement pur dans la nature,
Donc in-conceptualisable
comme substances.
 
Mais les regardant comme éléments
dynamiques de répartition de la matière,
comme des constantes de la singularisation
des corps, donc selon certaines qualités
de cette répartition pour :
 
Eau :  dilution,
Air :  dispersion,
Feu :  réduction,
Terre: compression
Bois : croissance
Métal: décroissance
 
 
 
Bois comme croissance mouvement venant
de l'intérieur un "se movere" végétatif jusqu'à
l'acte Volitif(1), tout comme
métal étant l'élément le plus éloigné de bois
aurait donc comme direction: une décroissance(2)
 
 
Dans la sensibilisation issue de 风水学,fēng shuǐ xué "l'étude du vent et de l'eau", la circulation des énergies des éléments tend vers une harmonisation des corps par la limitation de leur lieu propre dans le lieu commun, c’est là sans doute que la pensée chinoise nous offre une visualisation d’unification des contraires, nous faisant sortir de l'opposition qui a conduit la pensée occidentale à la destruction écologique par l’avènement égocentrique de l'agir sans direction harmonieuse…
 
1)  c'est pourquoi la dernière strophe du poème évoquait les moments de la croissance humaine jusqu'à l'acte de remerciement…
2)Pensons au कलियुग, « âge de Kali » ou « âge de fer » ) comme décroissance de la vie…
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Dim 14 Fév 2021 - 10:21
métal étant l'élément le plus éloigné du bois aurait donc comme direction: une décroissance [...]. Pensons au कलियुग, « âge de Kali » ou « âge de fer » ) comme décroissance de la vie…

Oui. D'ailleurs les Chinois associent l'agent "métal", 金, jīn, à l'automne 秋天, qiū tiān.
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Dim 14 Fév 2021 - 11:00
ce qui est étonnant lorsque l'on propose de lire rapidement le corps humain (animal) à la lumière du dynamisme de répartition des éléments, c'est que l'on passe de la vision répartitive de la matière à l'échange vital indispensable à son équilibre organique, par exemple le dynamisme de l'air, répartissant l'oxygène présent dans l'air inspiré et évacue dans l'air expirée le dioxyde de carbone présent dans le sang/eau, dû à la combustion/feu de calories/terre, et cela dans une croissance/bois de cellules nouvelles remplaçant les mortes/métal...
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Dim 14 Fév 2021 - 11:26
De plus il est encore plus étonnant d'envisager que les cinq sens qui nous sont de continuelles fenêtres de réception des informations ont eux aussi et avec plus d’évidence encore, une connivence avec les éléments, ainsi feu/lumière est pour l’œil son lieu d’actualisation, l’eau/humidité est pour le goût et l’odorat le lieu de leur actualité, la terre/zone des limites est pour le touché le lieu de son actualisation, tout comme l’air/zone de la propagation des sons est pour l’ouïe son lieu d’actualisation…
 
La croissance/bois et la décroissance/métal étant pour nos sens cette modulation indispensable, comme le milieu de juste proportion pour que la saisie sensible soit viable, car comme dit Aristote, trop de lumière aveugle comme trop de bruit rend sourd etc.
 
P.S même si ceci est une vision presque "alchimique" de la matière vivante du corps en acte, l'on peut sans doute l'inclure ici dans un lieu d'échange sur l'art et la littérature...
PhiPhilo
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Lun 15 Fév 2021 - 9:04
même si ceci est une vision presque "alchimique" de la matière vivante du corps en acte, l'on peut sans doute l'inclure ici dans un lieu d'échange sur l'art et la littérature...

Si "alchimie" est pris dans le sens étymologique de "art de fondre les éléments", alors ce terme est une métaphore du procédé analogique dont il est question dans https://www.philosophie-portail.com/t3876p280-la-theorie-sur-la-conscience-de-dehaene-en-question#29565. Du coup, l'"alchimie" a sa place dans une rubrique "art et littérature", mais bien ailleurs aussi.
Zeugme
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Fête chinoise du Printemps et Correspondances. Empty correspondance et extension de la causalité par l'analogie...

Mer 17 Fév 2021 - 14:00
en essayant de suivre la direction que vous désignez adroitement PhiPhilo, évidement il y a ce lien entre les cinq causes et "l'exercice analogique de l'intelligence" car pour la pensée alchimique, la causalité recherchée comme un pourquoi est la phase préparatoire à toutes "projections" de son effet, qui lui, se révèle par un comment...
 
Alors, est-il envisageable d'attribuer une modalité opératoire spécifique de l'analogie par chacune des causes, une déclinaison de l’analogie en cinq directions rayonnantes en quelque sorte ?
 
 
Si oui cela donnerait ceci :
 
de la cause matérielle analogiquement perçue, l’intelligence saisirait une mise à disposition des caractéristiques propres de la matière, qui même si elle fût nommée « la cause errante » par Aristote, n’en n’est pas moins l’incontournable premier élément dans l’ordre génétique, c’est-à-dire par exemple le moment de la répartition du tout en corps singuliers…(le principe d’individuation étant dans la matière… voir Albert le grand)
 
De ce point de vue, la cause matérielle saisie analogiquement apportera une correspondance entre les éléments dispositifs de la corporéité et les diverses « transformations évolutives »comme l’émergence des organes, internes ou internes…(voir mes deux posts supra )
 
1/De plus l’analogie selon la cause matérielle, suscite une réflexion sur élaboration des liens directs du corps à son milieu de vie, car selon la nutrition, le sommeil, la respiration et la reproduction, la matière regardée comme une disposition qualitative dans une répartition quantitative permet de saisir :
 
-la régularité de la répartition de la matière par la nutrition, se saisie analogiquement dans chaque corps qui emprunte une part de matière pour entretenir ses fonctions vitales, ou dit autrement la singularisation de tel corps dépend de sa capacité à transformer les qualités quantifiées de matières, et faisant ainsi permet à la vie comme mouvement de conquérir de nouveaux lieux matériels pour en faire un nouveau milieu vivant…
 
-l’alternance de l’activité des corps vivants et de la passivité du repos dans le sommeil dû à la succession du jour et de la nuit est matériellement causée par la rotation de la terre sur elle même et (jour/nuit hiver/été) autour du soleil qui favorise par la lumière et la chaleur les organismes vivants à produire de la vitalité, cette dernière étant l’analogon des deux manifestations : rotation/terre et rayonnement/soleil puisque elle synthétise dans un corps sa centralité (puissance de transformation de la terre – sommeil ) et son extension (acte de transformation du soleil– veille)…
 
-pareil pour la respiration qui est une consécution adaptative de la matérialité du corps à un milieu gazeux, permet que les déchets de la combustion énergétique soient en partie évacués à la suite de l’effort musculaire, (déduit de l’expérience direct) tout comme elle permet au sang de transporter l’oxygène nécessaire à cette combustion (induit par l’expérimentation biologique), autrement dit l’analogie matérielle de la respiration c’est une transformation et un transport…
 
-tout comme l’analogie matérielle nous fait entrevoir la reproduction comme ce qui réorganise l’évolution à partir de la singularisation des corps, car étant limités matériellement, chaque corps tend à se prolonger par un partage de sa singularité, une sorte de mise en commun de ses qualités dimensionnelles, la matérialité de la reproduction est donc analogiquement une transposition…
 
2/Pour la cause formelle, l’exercice analogique opère selon l’intelligibilité de la recherche de l’unicité des corps, c’est-à-dire ce qui leur donne d’être localisés par leurs limites et donc répartis qualitativement et quantitative selon les divers lieux, et ce que révèle l’analogie formelle comme ressort intelligible, c’est donc de manifester une appartenance et une dépendance de la partie dans le tout, la forme est « utilisée » dès lors pour rendre compte de la diversité dans la multiplicité, et cela autant pour les corps vivants que non vivants…
 
-ainsi pour le corps animal, l’analogie formelle montre que sa nutrition lui donne de choisir les lieux correspondant le mieux à la dépendance quotidienne de son besoin de nourriture, ou autrement dit lui permet qu’il se localise pour que cette opération de vie/survie soit possible, vu ainsi, le schéma évolutif de l’humain qui cultive et fait se reproduire du bétail, est un effet direct de la saisie formelle du rapport lieu/nourriture…
 
-pour le sommeil, l’analogie formelle nous permet de voir en quoi la répartition des corps vivants est une appartenance à un milieu de vie qui subit l’alternance jour/nuit, car la forme du corps animal se stabilise en trouvant un juste milieu entre l’apport et le manque de lumière/chaleur, qu’elles proviennent du soleil ou d’une autre source plus restrictive…
 
-pour la respiration, qui est saisie analogiquement comme une des formes de régulation thermique, le souffle entretient un équilibre vital indispensable entre ce qui est consommé et ce qui est brûlé, ainsi la causalité formelle de la respiration c’est d’opérer une des étapes de la transduction cellulaire, ou dit avec des mots non-scientifiques, de rendre viable la continuité de la forme dans son lieu par la régulation de sa dépense énergétique…
 
-pour la reproduction, qui est analogiquement une forme qui se meut en une autre forme, la qualité évolutive de la vie apparaît comme ce qui conduit cette mutation, ou plus exactement ce qui lui donne une direction, ce sera donc une appartenance qualitative de répartition quantitative du vivant, une sorte de soumission active, un instinct de survie qui veut dépasser la vie du corps singulier pour aller vers la survie de toute l’espèce…
 
3/Si nous recherchons maintenant en quoi l’analogie tient aussi dans la cause efficiente quelque chose de la dynamique des corps, c’est que l’efficience est analogiquement un mouvement restitutif d’une appartenance et d’une dépendance au lieu, mais aussi d’une certaine réitération contrôlée des corps vivants en situation, ou autrement dit de leur vitalité effective…
 
-Pour le cas de la nutrition, l’analogie efficiente se manifeste par la diversité et l’amplitude des mouvements du corps pour garder le contrôle de sa vitalité, à savoir toutes les pensées et gestes efficaces par l’effort pour faire passer telle réalité dans un état favorable à la pérennité de la vie, donc dans une disposition projective à la cueillette, (à la chasse) ou à la culture des sols, la cause efficiente est analogiquement sous entendu dans le rapport corps/milieu…
 
-Pour le sommeil, qui est une efficience saisie analogiquement comme une ressource de disponibilité du corps à toutes ses activités, le passage de la veille au repos permet de rendre efficace l’appartenance du corps à son milieu, puisque dormir recentre la vitalité et présage son expansion d’activité, concrètement le fait de dormir à analogiquement la même capacité de revitalisation que la nutrition et la respiration,  mais dans le domaine de la transformation de la propre dépendance et appartenance du corps à lui même…(voir la réalité efficiente du sommeil pour la tension nerveuse et dans l’activité du rêve)
 
-La reproduction vu par l’analogie efficiente apporte aussi une compréhension de l’extrêmalité de la durée de vie, sous un aspect qui prolonge analogiquement l’efficience comme cause du corps dans le domaine du don de soi, puisque une des efficacités de la vie c’est qu’elle est reproductible, nous saisissons qu’analogiquement ce mode d’extension soit l’efficience de la qualité dimensionnelle de la corporéité, qui elle même est l’effet de la répartition de la matière dans le lieu…
 
4/Voyons maintenant la causalité exemplaire qui est analogiquement une cause de singularisation des éléments s’additionnant, se soustrayant, se divisant et se multipliant selon les limites physiques (bien que l’exemplarité strictement physique soit plus ténu à identifier) et génétiques, l’analogie de l’exemplarité permet de repérer toutes les manifestations de contacts entre les divers éléments, car de l’identification de ces contacts surgit une exemplarité nécessaire comme efficacité du temps et du lieu des mouvements matière/vie pour l’évolution des corps vivants…
 
(et n’est-ce pas par son efficience que nous disons que la nature ne fait rien en vain ?)
 
-dans la nutrition, l’exemplarité saisie analogiquement par ce rapport temps/lieu permet de voir en quoi l’opération de nutrition est individuée selon une certaine qualité et quantité d’aliments, tout comme elle permet de transposer adroitement la notion de partage physique de la nourriture à partir de l’échange de la production de ces aliments, n’est-ce pas par l’exemplarité de certaines espèces végétales et animales que l’agriculture a évoluée ?
 
-la respiration étant une opération vitale liée à la singularisation du corps en osmose continue avec son milieu de vie, l’exemplarité se trouve manifestée analogiquement par la consommation individuelle d’air, c’est-à-dire par une juxtaposition des limites physiques du corps par cette consommation, ainsi la taille du corps se définit plus régulièrement dans son évolution par la respiration que par la nourriture disponible, car du fait que l’air est partout présent (même dans l’eau), la respiration est analogiquement l’exemplaire de l’échange du lieu dans le temps…(nous y reviendrons)
 
-le sommeil quand à lui, étant le phénomène évolutif de certaines espèces par adaptativité à la circularité de la terre sur elle même, est aussi un exemplaire analogiquement connu comme parité extrême, puisque que le jour étant physiquement l’extrême de la nuit et réciproquement, le corps conscient éveillée sera le contraire du corps endormi, mais il s’agit bien de contraires et pas d’opposés…
 
Aparté : car les contraires peuvent s’unir dans leurs diversités respectives, alors que les opposés sont divisés numériquement par leur quantité respectives, confondre les deux conduit à ne plus voir l’exemplarité du corps comme singularité du temps et du lieu…
 
-la reproduction, est une des manifestations des plus patentes de l’exemplarité saisie analogiquement comme passage de l’un au multiple par la diversité, car l’évolution est toujours singularisée en chaque individu par ce qu’il concentre d’informations exemplaires, ce qui est appelé patrimoine génétique est donc dans le lieu et le temps la manifestation analogique de la singularité exemplaire d’un corps…
 
5/ Pour la cause finale appelée aussi cause des causes par une partie de la tradition philosophique, elle est une analogie de la réalisation perfectible de tout être et de tout mouvement, comme de tout lieu et de toute temporalité, car à chaque fois que l’on recherche la cause finale, c’est le pourquoi qui sert de questionnement, et permet de fait, l’alignement de tous les comment(s) dans une direction, cette direction finale du tout peut être aussi vue analogiquement comme un sens ultime pour la pensée cherchant à comprendre pourquoi telle réalité est distincte et complémentaire de telle autre, et ce faisant donne un repos, une satiété, un équilibre de souffle et une nouvelle génération dans les dépendances et appartenances du corps vivants avec la nature…
 
Cette finalité ne serait-elle donc saisie uniquement comme la récapitulation d’un cycle ?
 
Certes non, mais les cinq causes sont analogiquement comme les rayons de la roue, c’est le vide de son centre qui leur donne leur rayonnement…
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