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Intemporelle
Intemporelle
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La censure. Empty Re: La censure.

Ven 1 Fév 2013 - 17:55
Pour élaborer une réflexion qui se veut philosophique, il faut être cohérent. Vous ne pouvez pas soutenir à la fois que la censure est arbitraire, et qu'elle obéit à des impératifs plus politiques que moraux.

Toujours dans une perspective méthodologique, utiliser des termes totalement disproportionnés, comme celui de "dictature de la pensée", montre plus une absence de compréhension des enjeux que recouvrent ces termes qu'autre chose. Un argumentaire solide vaut mieux pour défendre une idée, que l'outrance injustifiée.

Par ailleurs, pourquoi la censure au nom de la vérité ou de la morale serait-elle plus légitime que la censure politique ? Qui définit cette vérité ou cette morale ? Dans tous les cas, il s'agit d'une instance extérieure qui impose sa vérité, ses règles, à d'autres. Étant donné qu'il n'est pas de morale absolue - sinon purement formelle - ni de vérité absolue, votre distinction entre censure politique, et une censure qui relèverait de vérité ou de morale ne tient pas. La plupart des censures faites au nom de la vérité ou de la morale - je pense notamment ici aux censures faites par des autorités religieuses dans les monothéismes - s'appuient sur des dogmes, en tant que tels contestables.

Il est beaucoup plus intéressant de partir non pas de la censure, mais de ce dont se réclament les opposants à la censure, c'est-à-dire la liberté d'expression. Tout comme la liberté en général, la liberté d'expression s'arrête là où commence celle des autres. A ce titre, la seule censure justifiable, est celle qui s'oppose à tout propos qui justifie, ou fait l'apologie d'actes qui nient la liberté d'expression d'autrui. Justifier le nazisme par exemple, est passible de la censure, précisément parce qu'on y justifie un régime qui a dénié à certains hommes, selon des motifs raciaux, non seulement leur liberté d'expression, mais aussi leur dignité d'hommes. On ne peut pas se réclamer de la liberté d'expression, pour énoncer des propos qui nient ou détruisent celle des autres. Ici, la contradiction qui se trouve au cœur du discours de ceux qui s'opposent à la censure (quand elle vise des propos racistes, incitant à la violence etc.), est précisément ce qui rend leur discours passible de la censure. On ne peut pas, légitimement, s'arroger un droit, et le refuser à d'autres.

Edit :

Yacine, visiblement l'avertissement ne vous a pas suffi, puisque vous vous permettez de citer un ouvrage faisant l'apologie de la haine raciale, et niant l'existence du génocide juif. Vous êtes, par conséquent, banni.

Je ne ferme pas ce sujet, le forum n'interdit pas la discussion sur la légitimité de la censure, mais dans le respect des règles du forum, et de la loi.
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La censure. Empty Re: La censure.

Dim 3 Fév 2013 - 12:50
La censure a toujours existé, bien avant Vichy, à partir du moment où le pouvoir en place avait la capacité de la faire appliquer. Quant à la censure plus spécifique qui pénalise tout discours raciste, homophobe etc., elle est beaucoup plus récente, elle doit dater d'une vingtaine d'années tout au plus, en France. Le contexte historique est bien sûr l'ombre portée de la Seconde guerre mondiale, et la montée des discours négationnistes dans les années 80-90.
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La censure. Empty Re: La censure.

Dim 3 Fév 2013 - 13:28
La question n'est pas de savoir si les fascistes/racistes étaient une menace à la stabilité de la 5ème République, mais s'ils étaient une menace à la liberté d'expression d'autres groupes. Vous confondez mon argument qui est bien d'ordre éthique et juridique, avec un argument qui serait d'ordre politique (la raison d'État).
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La censure. Empty Re: La censure.

Ven 8 Fév 2013 - 19:13
@Stephen唐士明Thomas a écrit:Mais, (par exemple) si un communiste utilise un langage très violent pour critiquer généralement les capitalistes, je ne vois pas cela comme une restriction de la liberté d'opinion de ses ennemis idéologiques.

Cela dépend de ce que vous entendez par "violent", même si ce n'est pas dirigé vers une personne spécifique, mais vers un groupe de personnes (en l'occurrence les communistes), un appel au meurtre reste un appel au meurtre, pour prendre un exemple de langage violent. De même, tout langage qui déshumanise la personne ou le groupe de personne qu'il attaque, est une négation de cela même qui lui garantit un certain nombre de droits, notamment la liberté d'expression, et on retombe dans le même schéma de contradiction décrit dans mon premier message. On ne peut pas légitimement se réclamer d'un droit, en tant qu'être libre, tout en le déniant à d'autres. Dans les faits, un certain nombre de personnes le font tous les jours, sans même s'interroger sur la contradiction même qui mine leur discours, mais en droit, leur position, et leur critique de la censure - dans ce cas de figure précis - n'a aucune espèce de légitimité à mon sens.

@Stephen唐士明Thomas a écrit:Bien sûr, on doit avoir une démocratie stable : dans la République de Weimar, la censure des publications de l'extrême droite et gauche aurait été correcte.
C'est le type même de la censure illégitime sur le plan éthique. En revanche, si l'on se place sur un plan strictement juridique ou politique, c'est parfaitement justifiable par tout un tas de raisons, à commencer par la raison d’État.
La censure dans les démocraties libérales n'a à se justifier éthiquement, que parce que ce sont des régimes qui - en droit (même si en fait ce n'est pas toujours respecté) - se fondent sur des principes éthiques, principes qui ont eux-mêmes des fondements métaphysiques. D'où la nécessité de justifier éthiquement la censure, c'est-à-dire sur des valeurs absolues, qui précisément ne peuvent pas être liées à des intérêts personnels ou communautaires.

La justification de la censure finalement, procède toujours d'une option sur ce qu'est l'homme. Dans un régime de type totalitaire, où l'action humaine est pensée comme ordonnée à une loi de l'histoire, ça n'a strictement aucun sens de s'en prendre à la censure au nom de la liberté d'expression, tout en prétendant vouloir le faire dans le cadre du régime. On ne libéralise pas un totalitarisme (je pense ici à tous les essais de libéralisation en Europe de l'est, au temps de la guerre froide, notamment le fameux "socialisme à visage humain"). C'est précisément pour cela qu'un totalitarisme qui accepte le principe de la liberté d'expression, n'est déjà plus un totalitarisme, car accepter un tel principe, c'est changer d'idéologie, c'est ne plus considérer que les actions humaines n'ont de sens que si elles s'ordonnent à une loi de l'histoire.
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Silentio
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La censure. Empty Re: La censure.

Sam 9 Fév 2013 - 10:09
@Intemporelle a écrit:On ne peut pas légitimement se réclamer d'un droit, en tant qu'être libre, tout en le déniant à d'autres.
D'accord, mais est-ce que ça ne change pas la donne si l'on considère que le capitaliste prive le plus grand nombre de sa liberté et de son humanité ? Cela dit, on peut le dédouaner en disant que l'individu n'est que le reflet de sa classe et qu'il agit inhumainement avec le prolétariat parce qu'il n'est pas libre alors qu'il croit l'être et accomplir rationnellement, voire moralement, ce qui lui semble devoir être fait pour améliorer la société ou devoir être bien fait selon ses règles. Mais d'un côté on a celui qui opprime, de l'autre ceux qui veulent s'émanciper. Donc celui qui a un droit ; ceux qui se le voient dénier.
Intemporelle
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La censure. Empty La censure.

Sam 9 Fév 2013 - 12:24
@Silentio a écrit:
@Intemporelle a écrit:On ne peut pas légitimement se réclamer d'un droit, en tant qu'être libre, tout en le déniant à d'autres.
D'accord, mais est-ce que ça ne change pas la donne si l'on considère que le capitaliste prive le plus grand nombre de sa liberté et de son humanité ? Cela dit, on peut le dédouaner en disant que l'individu n'est que le reflet de sa classe et qu'il agit inhumainement avec le prolétariat parce qu'il n'est pas libre alors qu'il croit l'être et accomplir rationnellement, voire moralement, ce qui lui semble devoir être fait pour améliorer la société ou bien faire selon ses règles. Mais d'un côté on a celui qui opprime, de l'autre ceux qui veulent s'émanciper. Donc celui qui a un droit ; ceux qui se le voient dénier.

C'est pour cela que j'insistais sur la distinction entre le fait et le droit. En droit, dans une démocratie libérale, tous les individus sont libres, en fait, c'est très différent, notamment du fait, entre autres, des rapports d'aliénations liés au système économique capitaliste. Il me semble que c'est tout le cœur de la critique marxiste des droits-libertés (droit de faire x, y, z), qui sont toujours formels et qui relèvent d'une illusion (une pensée métaphysique de la liberté, abstraction faite des conditions historiques et matérielles réelles dans lesquelles s'inscrivent les hommes), au profit d'une valorisation des droits-créances (droit à x, y, z).
La limitation de la liberté d'expression ne peut être que purement formelle (à savoir, ne pas s'en réclamer pour la dénier à d'autres), je ne vois pas vraiment comment il serait possible de lui donner un contenu, sans l'investir de présupposés idéologiques. Or précisément, le problème des rapports de domination modernes, qu'ils soient économiques ou sociaux (hommes/femmes), c'est qu'en droit, ils ne nient aucunement la liberté de ceux qu'insidieusement ils aliènent en fait. Nos droits politiques ont été pensés dans un contexte qui ne voyait comme limitation à la liberté des autres hommes que la violence, ils ne sont donc - à mon avis - pas opérant concernant des rapports de force plus subtils, tels que l'aliénation.
Après, ce n'est pas tant un défaut des droits politiques, qu'une conclusion logique des présupposés métaphysiques qui ont présidé à la reconnaissance de ces droits. En effet, il s'agit bien des droits de l'homme et du citoyen. Ils s'inscrivent dans une tradition métaphysique qui cherche à dépouiller l'homme de tous les rapports économiques, sociaux et politiques, pour atteindre "l'individu nu". La vraie question à mon sens, c'est celle de la pertinence d'un tel concept (l'individu abstrait de toutes les conditions historiques, économiques et sociales qui l'inscrivent dans une situation donnée). C'est l'illusion d'une liberté nue, qui aurait toujours la possibilité de s'abstraire des conditions contingentes et historiques dans lesquelles s'inscrivent les hommes. C'est le présupposé que quelle que soit l'acuité des rapports économiques et sociaux, il n'est pas impossible à un homme, du moment qu'en droit il en a la possibilité, de s'abstraire des rapports de fait.

Je parle d'illusion, mais je ne suis pas certaine qu'on puisse trancher véritablement contre cette conception.
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