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Pissenlit
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Le critère de la falsifiabilité. Empty Le critère de la falsifiabilité.

Jeu 29 Oct 2015 - 19:21
Dans ce passage des Conjectures et Réfutations, Karl R. Popper dit qu'on reconnaît si une théorie est scientifique grâce au critère de la falsifiabilité. Quelqu'un peut-il m'aider à le comprendre ?

Un système doit être tenu pour scientifique seulement s'il formule des assertions pouvant entrer en conflit avec certaines observations. Les tentatives pour provoquer des conflits de ce type, c'est-à-dire pour réfuter ce système permettent en fait de le tester. Pouvoir être testé, c'est pouvoir être réfuté, et cette propriété peut donc servir, de la même manière, de critère de démarcation. Cette conception voit dans la démarche critique la caractéristique essentielle de la science. Le savant doit donc étudier les théories sous l'angle de leur aptitude à être examinées de manière critique […]. La théorie de Newton, par exemple, prédisait certains écarts par rapport aux lois de Kepler (en raison des interactions entre planètes), alors que ceux-ci n'avaient pas été observés. Elle s'exposait en conséquence à des tentatives de réfutation dont l'échec allait signifier le succès de cette théorie. La théorie einsteinienne a été testée de manière analogue. Et de fait, tous les tests effectifs constituent des tentatives de réfutation. Ce n'est que lorsqu'une théorie est parvenue à supporter les contraintes de ce genre d'efforts qu'on pourra affirmer qu'elle se trouve confirmée ou corroborée par l'expérience. Il existe en outre (comme je m’en suis avisé par la suite) divers degrés d’assujettissement aux tests : certaines théories s’exposent avec plus d’intrépidité que d’autres aux éventuelles réfutations. […] Une théorie plus précise et qui se prête plus aisément à être réfutée est aussi celle qui est la plus intéressante. Et comme elle est la plus audacieuse, elle est également la moins probable. Or, elle se prête mieux aux tests, parce que nous pouvons la soumettre à des tests plus précis et plus rigoureux. Et si elle se révèle résister à ces tests, elle sera mieux confirmée ou mieux attestée par ceux-ci. L’aptitude à être confirmé (attesté ou corroboré) croît donc nécessairement avec l’assujettissement aux tests. Ces considérations indiquent que le critère de démarcation ne saurait être parfaitement tranché et qu’il admettra différents degrés. Parmi ces théories, certaines pourront être très bien testées, d’autres se prêteront très difficilement à être testées, d’autres encore seront impossibles à tester. Les dernières n’intéressent pas les chercheurs en sciences empiriques.
Euterpe
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Le critère de la falsifiabilité. Empty Le critère de la falsifiabilité.

Jeu 29 Oct 2015 - 20:26
Le critère de la falsifiabilité est un test dont les enjeux sont essentiels : qu'est-ce qu'une connaissance ? qu'est-ce que la vérité ? Est-elle accessible ? Si elle ne l'est pas, quelles conséquences en tirer pour la connaissance elle-même ?
Popper se situe dans le cadre du criticisme, ce en quoi il hérite de Kant... Notez les 4 occurrences du texte : « critère de démarcation » (x2) ; « démarche critique » ; « ... de manière critique ».

Popper souhaite établir un critère (valable pour tout système), permettant de dire si, oui ou non, un système est un système scientifique ou pas. Le test est un test de vérité qui consiste à confronter assertions (= propositions présentées comme vraies) et observations (= le réel, l'expérience, l'empirisme). Popper déclare scientifique une théorie, en fonction du résultat du test de la falsifiabilité. Or, les théories impossibles à tester « n’intéressent pas les chercheurs en sciences empiriques », précisément parce que nous ne pouvons pas les confronter à des observations. Autrement dit, d'abord, pour espérer être scientifique, une théorie doit être testable, ce qui ne veut pas dire qu'on peut négliger les résultats des tests auxquels on les soumet. Simplement, c'est une mesure de prudence qui permet de démasquer la tentation de ou la prétention à « l'universalisme » chez les tenants de la psychanalyse ou du marxisme, notamment ; en effet, cet « universalisme » revient à dire qu'il n'y a pas besoin de tester une théorie, puisque tout semble la confirmer en permanence (« Je ne suis pas parvenu à trouver de comportement humain qui ne se laisse interpréter selon et l'autre de ces théories », ajoute Popper un peu plus loin dans son livre). Ce qui semble être un avantage s'avère être un point faible décisif, selon Popper : une théorie prétendument irréfutable ne peut pas être une théorie scientifique. C'est pourquoi, enfin, il ne faut pas négliger les résultats du test. Si le test est toujours réussi, c'est qu'il y a un problème. Au contraire, plus le test fragilise une théorie, plus elle a de chance d'être déclarée scientifique (et plus elle est susceptible de progresser en se corrigeant).


Dernière édition par Euterpe le Sam 18 Nov 2017 - 15:37, édité 4 fois
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