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descriptionGirard contre Nietzsche. EmptyGirard contre Nietzsche.

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Bonjour,

J'ai lu les textes de René Girard sur Nietzsche. A vrai dire, je n'ai pas tellement envie de résumer les conséquences anti-nietzschéennes de la théorie mimétique, car mes développements miméticiens provoquent toujours le rejet (alors que mes interventions sur d'autres thèmes sont prises en compte normalement). J'aimerais simplement demander si quelqu'un ici a lu Girard afin qu'il ou elle m'explique s'il existe un moyen de réhabiliter Nietzsche après Girard, malgré Girard. La théorie mimétique semble déconstruire - le mot n'est pas juste, je dirais plutôt "dissoudre dans sa limpidité redoutable" - tout le romantisme et toute idéologie du désir.

Cette question m'importe car je préfère le peu que je connais de Nietzsche au raz-de-marée girardien, très démotivant à force de coups de granit. La pensée (?) de Nietzsche en devient faussement vivifiante et simplement vaniteuse. Mais : Girard critique-t-il le "vrai Nietzsche" ou bien un "Nietzsche de confort" ?

descriptionGirard contre Nietzsche. EmptyRe: Girard contre Nietzsche.

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NicolasMessina a écrit:
A vrai dire, je n'ai pas tellement envie de résumer les conséquences anti-nietzschéennes de la théorie mimétique [...]

Quelles sont ces conséquences ?

descriptionGirard contre Nietzsche. EmptyRe: Girard contre Nietzsche.

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Je ne comprends pas pourquoi René Girard fait équivaloir volonté de puissance et ressentiment. Est-ce parce que l'agonistique nietzschéenne implique nécessairement la confrontation à un autre et son sacrifice ? Est-ce parce que le désir mimétique entraîne à souhaiter la disparition du modèle devenu rival (Wagner) ? Et parce qu'une fois libéré du référentiel qui donnait son sens au désir, ce dernier devient incontrôlable, tout-puissant, auto-destructeur (Nietzsche fou) ? (N'est-on pas au fond revenu à la dialectique du maître et de l'esclave telle que rejouée par Vincent Descombes contre Nietzsche/Deleuze dans Le Même et l'Autre ?) Mais alors quelle est la nature du christianisme ? S'agit-il d'une meilleure solution au ressentiment, en ceci qu'elle est la seule religion reconnaissant le désir mimétique, le mettant à jour, et réussissant la véritable transvaluation des valeurs, à savoir suspendre, conjurer et rediriger la violence invisible propre à toute société (et qu'en général elle se voile) en autre chose (amour, adoration, etc.) ? Le sacré dans le christianisme serait-il une approche de cette violence initiale, qui à la fois la montre et en protège ? Annulerait-elle également les effets pervers du désir mimétique dans l'amour universel et désintéressé ?

Trois questions :

1) La théorie girardienne dans son ensemble n'est-elle pas susceptible de se heurter aux mêmes écueils et critiques que la psychanalyse ?

2) Est-ce qu'on ne peut pas voir dans la rivalité des doubles et la loi morte une réminiscence, si j'ose dire, de thèmes platoniciens (les prétendants et l'Idée) ? La loi garantirait l'identité de chacun, les limites, et sa disparition entraînerait la perte de celles-ci, la dévoration insatiable des uns par les autres (hantés par l'Un) dans l'étrange ballet des simulacres.

2) Que gagne-t-on, selon Girard, à reconnaître la vérité du désir mimétique ? Comment lui est-il possible d'affirmer que lui seul dit la vérité et que tous les autres "laissent parler le désir" ? J'ai l'impression que pour lui il s'agit de gagner en lucidité et que son signe ou son effet serait de ne pas tomber dans la folie au bout du compte. Mais est-ce que la vérité suffit cependant à ne pas sombrer, emporté par l'illimitation du désir ?

descriptionGirard contre Nietzsche. EmptyRe: Girard contre Nietzsche.

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Silentio a écrit:
Je ne comprends pas pourquoi René Girard fait équivaloir volonté de puissance et ressentiment.

Peut-être Girard est-il influencé par Max Scheler (chez qui la religion est essentielle), et notamment son œuvre L'Homme du ressentiment.

Silentio a écrit:
Mais alors quelle est la nature du christianisme ? S'agit-il d'une meilleure solution au ressentiment, en ceci qu'elle est la seule religion reconnaissant le désir mimétique, le mettant à jour, et réussissant la véritable transvaluation des valeurs, à savoir suspendre, conjurer et rediriger la violence invisible propre à toute société (et qu'en général elle se voile) en autre chose (amour, adoration, etc.) ? Le sacré dans le christianisme serait-il une approche de cette violence initiale, qui à la fois la montre et en protège ? Annulerait-elle également les effets pervers du désir mimétique dans l'amour universel et désintéressé ?

D'après Girard, c'est quelque chose comme ça, en effet. Le christianisme tel qu'il le comprend (plus exactement le Nouveau Testament, et plus précisément encore le Christ lui-même) se caractérise par le renoncement à la violence, renoncement qui constituerait une rupture inouïe dans le cours de l'histoire.

Silentio a écrit:
Que gagne-t-on, selon Girard, à reconnaître la vérité du désir mimétique ? Comment lui est-il possible d'affirmer que lui seul dit la vérité et que tous les autres "laissent parler le désir" ?

Cette conviction, qui pouvait parfois sembler déraisonnable, lui venait de l'habitude qu'il avait de son idée. Il a vécu avec toute sa vie. Et comme il n'aura jamais eu qu'une idée, habité par elle, animé par elle, ce n'est plus lui qui l'avait, mais elle qui le posséda ─ comme il arrive parfois.
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