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Foucault et la guerre

5 participants

descriptionFoucault et la guerre  - Page 2 EmptyRe: Foucault et la guerre

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Silentio a écrit:
Maintenant que vous avez posté l'extrait en question, pouvez-vous nous dire précisément ce que vous ne comprenez pas ? Le texte me semble assez clair : Hobbes n'est pas un penseur de la guerre parce que le but de sa politique est l'établissement de la paix au moyen d'un "prétexte", à savoir l'état de nature guerrier qui menace la survie des uns et des autres. Seule la raison et la répression des passions peuvent permettre l'accord politique sur une base juridique. Ainsi, en dépeignant un homme violent, Hobbes nous incite, par la peur de ce chaos, à bien consentir au pouvoir existant. Le souverain est légitime car il est le garant de l'ordre social et politique. Le pacte de soumission à son autorité est justifié. Mais Foucault dit au contraire que penser la guerre, le conflit, c'est penser les rapports de force ou de pouvoir. La guerre ne l'intéresse pas en tant que telle, elle n'existe pas vraiment chez Hobbes de toute façon, ce qui l'intéresse, en généalogiste, c'est de comprendre comment les institutions se rendent légitimes et ce que cela implique. Pour lui, la convention et la loi reposent sur le rapport de force qui ne peut perdurer que par des savoirs dominants, des stratégies, etc., qui maintiennent cette légitimité et cette force. Ainsi, il y a peut-être eu des guerres, lesquelles ont permis aux vainqueurs d'écrire l'histoire et de s'imposer. Dans la société, il y a donc des mécanismes qui assurent structurellement la hiérarchie et font même accepter leur légitimité et leur soumission aux vaincus qui sont en bas de l'échelle sociale. Mais le conflit n'est pas absent de la société, le pouvoir s'exerce des deux côtés, entre les minorités et la domination majoritaire, entre la marge et les institutions. Mais ces institutions elles-mêmes peuvent "gérer" le pouvoir, les rapports de force, les relations, etc. De sorte que, comme chez Marx (même s'ils ont une conception différente du pouvoir), il y a quelque chose comme une lutte des classes qui ne dit pas son nom.


Vous avez à peu près répondu à mes interrogations. C'est-à-dire qu'avec la manière dont Zarka présente la pensée de Foucault (que je ne connais pas encore) l'approche de Foucault n'est pas vraiment claire. On ne sait pas vraiment à quel niveau Foucault organise sa conception du pouvoir, s'il considère réellement la politique et l'exercice du pouvoir comme un état de guerre ou s'il préconise de penser l'objet du pouvoir comme le prolongement d'une activité guerrière. Il me semble après vous avoir lu qu'il s'agit plus de la seconde proposition.

L'extrait ne concernait pas vraiment mon questionnement mais répondait à une question de Desassossego.

descriptionFoucault et la guerre  - Page 2 EmptyRe: Foucault et la guerre

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Ou la guerre est un moment parmi d'autres, le conflit prenant d'autres formes et se masquant sous les traits de la culture au sens large (par exemple du droit). En ce sens c'est la paix qui n'existe pas vraiment, elle est le nom d'autres configurations, jeux et relations de pouvoir.

descriptionFoucault et la guerre  - Page 2 EmptyRe: Foucault et la guerre

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Oui mais sans paix qu'est-ce que la guerre ? C'est là que je trouve que Foucault n'est pas réaliste, la guerre semble purement théorique. A moins qu'il s'agisse de conflits dans un cadre de paix, mais ça ne me semble pas être le cas d'après ce que vous dites.

descriptionFoucault et la guerre  - Page 2 EmptyRe: Foucault et la guerre

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C'est une modalité de pouvoir, la domination explicite, le pouvoir conçu comme négatif, donner la mort... Mais la question se pose, même si comme je l'ai dit elle n'intéresse pas Foucault. Vous avez raison de trouver que concevoir l'histoire comme une suite de conflits d'ordres différents empêche la compréhension de la singularité de la guerre. Mais il faudrait penser la guerre dans le cadre du pouvoir et considérer plusieurs types de pouvoir dont le plus grossier est celui de la violence étatique. Après, on peut aussi penser la guerre moderne comme une stratégie biopolitique de l'État moderne pour défendre la société et augmenter sa puissance (les Guerre mondiales sont le prolongement du racisme d'État lié à la notion de souveraineté, comme si, au fond, la guerre avait quelque de sanitaire pour le corps social conçu sous l'angle de la population et du biologique : il faut éliminer l'Autre pour satisfaire l'expansion du Même).

Un problème semblable se pose dans la critique foucaldienne du libéralisme : quelle différence entre le libéralisme et le totalitarisme ?

descriptionFoucault et la guerre  - Page 2 EmptyRe: Foucault et la guerre

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Les analyses de Silentio sur cette question passionnante sont tout à fait pertinentes. Il faut comprendre également que cette question du retournement de la formule de Clausewitz est fondamentale puisqu'elle marque le passage des études localisées d'agencements de pouvoir (asile, hôpitale, prison,...), à un effort pour tirer des conclusions globales de l'ensemble de ses travaux disséminés ( début du cours "Il faut défendre la société"). Il fallait pour cela à Foucault un schème de pensée lui permettant de renforcer son analyse du pouvoir comme dynamique des rapports de force. Ce schème il le trouve dans la guerre et bien entendu ce n'est pas elle qui intéresse Foucault comme "guerre effective" mais bien l'idée que la guerre est justement présente au sein même de la paix (dans les lois et institutions qui la reconduise sans cesse, que toute politique même, et peut être surtout, pacificatrice cache toujours une guerre : celle qui a établit les rapports de force effectifs d'une société donnée, rapport de force qui ne pourront à leur tout être transformé que par une nouvelle guerre, effective cette fois si). Le premier penseur de la guerre par excellence pour Foucault ce n'est ainsi ni Hobbes ni même Machiavel, mais Boulainvillier qui réalise une analyse de l'histoire de France (destiné au dauphin...) dans l'optique de la perte progressive de pouvoir de l'aristocratie, dont il est un membre éminent, au profit de la bourgeoisie. Ainsi, le titre de ce cour au collège de France : "Il faut défendre la société" est en réalité provocatrice au plus haut point, puisque tirée de Boulainvillier où la "société" est le nom donné à l'aristocratie...
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