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PhiPhilo
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Sam 6 Fév 2021 - 15:00
Les philosophes, les logiciens, les mathématiciens apportent tous une contribution indispensable aux sciences expérimentales. 

Oui et non. Oui dans le sens où les scientifiques ne vivent pas, ne leur déplaise, dans une tour d'ivoire. Ils sont embarqués dans le monde et, à ce titre, ils pensent dans et à partir d'une culture donnée dont ils n'ont évidemment pas le monopole. A cette liste, il convient donc d'ajouter les artistes, les théologiens, les artisans, les industriels, les politiciens, les fonctionnaires, les agriculteurs, les médecins, les techniciens, les juristes, etc. La "contribution" des uns et des autres est, en ce sens, une méta-contribution, le préfixe "méta" ayant ici la même signification que dans "méta-physique" par rapport à "physique", à savoir que le "méta" participe des conditions de possibilité de ce qui est, par là, prédéterminé. De même que les scientifiques participent, eux-aussi, à la prédétermination conceptuelle des autres activités.

Cela dit, chaque "corps de métier", si l'on peut dire, possède son propre jeu de langage forgé par la tradition et par la nécessité historiques. De sorte que, s'il arrive que le jeu de langage scientifique partage avec d'autres jeux de langage des termes communs, c'est cependant en des sens complètement différents. L'exemple du terme "conscience" est tout à fait significatif : pour le scientifique, la conscience est un (ensemble de) phénomène(s) physico-chimique(s) expérimentable(s). Ce qui n'est évidemment pas le cas pour un écrivain, un métaphysicien ou un théologien. Raison pour laquelle il est absurde et insupportable que le scientifique prétende "découvrir le code de la conscience" (Dehaene) ou "remonter à l'origine primitive des phénomènes de conscience" (Dousset). Cela n'a aucun sens. C'est comme si vous disiez : "je vais vous dire une bonne fois pour toutes ce qu'est l'égalité". Selon que vous jugerez en mathématicien ou en juriste, vous ne donnerez pas à la même notion le même sens.

Face à la polysémie conceptuelle, le rôle du philosophe ou du sage (dans la mesure où la philosophie ou la sagesse n'ont pas de clôture intérieure et, donc, que leur juridiction n'a pas de limite), n'est pas, en l'occurrence, de dire qui a raison et qui a tort. Personne n'a raison et personne n'a tort. Il s'agit plutôt
- 1) d'éviter et, si nécessaire, de condamner, l'hégémonie d'un jeu de langage sur tous les autres (ce qui se passe actuellement avec le jeu de langage "scientifique" qui pollue absolument tous les autres, c'est ce que nous avons appelé le "scientisme" qui n'est rien d'autre qu'une forme sévère d'intégrisme religieux)
- 2) de montrer corrélativement que le choix d'un concept plutôt que d'un autre (la "conscience" de Descartes plutôt que de celle de Proust ou celle de Dehaene) relève toujours d'un choix grammatical en ce qu'il est complètement arbitraire sans pour autant être dépourvu de cohérence et, qu'à ce titre, aucun choix n'est, en soi, plus légitime qu'un autre.
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Sam 6 Fév 2021 - 15:24
Tout le monde comprend ce que veut dire être conscient ou non, mais chacun perçoit une facette de la même réalité sensible ou intuitive. Il en va de même pour tout, même pour le temps et l'espace - n'en déplaise à Kant.

Il ne faudrait pas confondre la typologie des connaissances (théoriques ou expérimentales) et celle des activités.


Dernière édition par BOUDOU le Sam 6 Fév 2021 - 15:41, édité 2 fois
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Sam 6 Fév 2021 - 15:40

Tout le monde comprend ce que veut dire être conscient ou non, mais chacun perçoit une facette de la même réalité sensible. Il en va de même pour tout, même pour le temps et l'espace - n'en déplaise à Kant.

Non. On ne comprend un terme, une expression que dans le contexte d'un jeu de langage particulier. Celui qui n 'a jamais joué aux échecs ne peut comprendre ce que signifie "roi" dans ce jeu. Inversement, un enfant qui apprendrait à jouer aux échecs très tôt et qui n'aurait aucune connaissance historique comprendrait "roi" comme la seule pièce qui ne peut être prise aux échecs. Quant à la conception kantienne de l'espace et du temps comme formes universelles de notre sensibilité, c'est une conception métaphysique, donc grammaticale (elle fixe des règles d'usage des termes employés). Ce n'est donc pas une définition, mais une méta-définition. A ce titre, elle ne saurait être ni juste ni erronée.

Il ne faudrait pas confondre la typologie des connaissances (théoriques ou expérimentales) et celle des activités.

Cela revient au même. Il n'y a pas de connaissance en dehors du cadre conceptuel d'une activité réglée et régulière.
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Sam 6 Fév 2021 - 16:17
Le langage est en effet un concept philosophique fondamental et je ne vous ferai pas le procès de ne pas savoir manipuler les concepts, mais ce qui est premier ce ne sont pas les concepts qui ne savent qu’habiller la réalité. Qu’est-ce qui nous donne accès à l'intelligence : le concept ou la vie ?


Dernière édition par BOUDOU le Sam 6 Fév 2021 - 16:51, édité 2 fois
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Sam 6 Fév 2021 - 16:29

Le langage est en effet un concept philosophique fondamental et je ne vous ferai pas le procès de ne pas savoir manipuler les concepts, mais ce qui est premier ce ne sont pas les concepts qui ne savent qu’habiller la réalité. Qu’est-ce qui nous donne accès à l’intelligence : le concept ou la vie ?

Il n'est pas question ici de "concepts" mais de termes, de notions dans le sens le plus basique qui soit. Les concepts, qu'ils soient juridiques, philosophiques, techniques, scientifiques, etc. sont des termes très élaborés qui ont, en général, une définition. Or la plupart des termes du langage courant n'ont pas de définition. Pour autant les termes de notre langage n'"habillent" pas la réalité, ils en sont indissociables. Un enfant apprend ce qu'est le rouge en apprenant, en même temps à dire "rouge", "red", "rojo", etc. Du coup, ce qui donne accès à l'intelligence humaine, c'est-à-dire à la faculté proprement humaine de mettre en relation (en latin inter-legere) c'est l'unité indissoluble de la sensibilité et du langage (raison pour laquelle un ordinateur ne saurait être dit "intelligent" puisqu'il n'a ni langage ni sensibilité).
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Sam 6 Fév 2021 - 17:00
Je vous prie de m’excuser de modifier mes réponses alors que vous répondez plus vite que je ne les rédige. Quand vous dites qu’un « ordinateur ne saurait être dit "intelligent" puisqu'il n'a ni langage ni sensibilité » vous présentez un point de vue théorique. Avez-vous joué aux échecs contre un ordinateur ? On sait bien que l’intelligence artificielle sera radicalement différente de l’intelligence humaine mais elle s’avère déjà très supérieure et très utile dans beaucoup des domaines.
 
Le sujet du présent fil de discussion porte sur le fait que les neurobiologistes/psychologues ont une connaissance naissante sur la question de la conscience alors que les physiciens passent tout de suite au stade des émotions, de la conscience et de l’intelligence artificielles - en intégrant, toutefois, certains éléments biomimétiques - sans parler du fait que les philosophes considèrent que ce sujet est leur pré carré, alors qu'ils sont les mieux placés pour le faire progresser en collaboration avec les scientifiques.
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Sam 6 Fév 2021 - 17:13
Un ordinateur ne "joue" pas à quoi que ce soit. Seul un être vivant peut être dit jouer. De même que seul un être vivant peut être dit intelligent. Quant au philosophe, Wittgenstein rappelle (bien après Socrate) que son utilité ne réside pas dans ses connaissances mais dans son exigence de rigueur dans l'emploi du langage. Par exemple, dans le fait de dire que l'expression "intelligence artificielle" est une contradiction dans les termes, non-sens d'autant plus dangereux qu'il exerce sur le plus grand nombre une fascination qui empêche de penser.
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Sam 6 Fév 2021 - 18:06
J'admets avec vous qu'on devrait réserver le terme de concept à ce qui est bien défini -bien que ce ne soit pas l'usage et que l'on parle souvent de concepts polysémiques . A ce sujet, pensez-vous sérieusement qu'on ne peut percevoir que ce que l'on nomme ? 

Quant à l'IA, il n'en reste pas moins que le progrès avance à grands pas, que mémoire, sensibilité, perception, vitesse, improvisation, etc. sont des éléments essentiels à l'intelligence (au moins, à la nôtre).
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Sam 6 Fév 2021 - 18:38
L'organisme vivant ne perçoit que ce qui est pertinent pour lui, c'est-à- dire pour son existence. En ce sens, rien n'est jamais perçu qui ne s'accompagne de signes de pertinence de la perception. Il n'y a pas de perception "pure", désintéressée. La grenouille, par exemple, ne perçoit sa proie que si et seulement si celle-ci bouge. La proie n'est donc perçue qu'à condition que la sensibilité visuelle de l'animal mette en relation la proie avec le signe du mouvement. Sans ce signe additionnel, donc face à une proie inerte, la grenouille se laissera mourir de faim car elle ne perçoit plus sa proie. Il en va de même pour nous autres humains : nous ne percevons que ce qui s'accompagne de signes de pertinence. Et ces signes sont, pour nous, en général, ceux du langage (il peut s'agir aussi, comme chez la grenouille, de signes naturels, mais la plupart des signes font, chez les humains, l'objet d'un apprentissage social). Sur ce sujet,  cf. https://www.philosophie-portail.com/t3892-sur-la-distinction-problematique-entre-sensation-et-perception dans la présente rubrique "questions scientifiques".

Quant à l'idée que "le progrès avance à grands pas" (sic !), voir plus haut ce qu'en dit Zeugme (métaphore du drogué). Ajoutons enfin que ce n'est pas la vitesse mais au contraire la lenteur qui, comme l'ont bien vu les sages de toutes les civilisations, est essentielle à l'intelligence humaine.
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Sam 6 Fév 2021 - 20:44
Il semble que Merleau-Ponty, par exemple, n'a pas la même façon de voir à propos de "sensation pure". Il serait utile de faire une revue critique de la question.
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Dim 7 Fév 2021 - 7:44

Il semble que Merleau-Ponty, par exemple, n'a pas la même façon de voir à propos de "sensation pure". Il serait utile de faire une revue critique de la question.

C'est déjà fait. Cf. https://www.philosophie-portail.com/t3892-sur-la-distinction-problematique-entre-sensation-et-perception.
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Dim 7 Fév 2021 - 9:21
après avoir lu votre échange de paroles, je repars et m'en excuse d'un post plus ancien de Boudou, car il me semble que si l'on place le langage comme capacité de réactivité ou d'interactivité des intelligences, cela peut définitivement trancher en faveur de PhiPhilo lorsqu'il écrit : Du coup, ce qui donne accès à l'intelligence humaine, c'est-à-dire à la faculté proprement humaine de mettre en relation (en latin inter-legere)[j'ajoute personnellement : lire de l'intérieur et la machine n'as pas d'intérieur juste une accumulation d'extériorités]  c'est l'unité indissoluble de la sensibilité et du langage (raison pour laquelle un ordinateur ne saurait être dit "intelligent" puisqu'il n'a ni langage ni sensibilité).



donc à la suite de votre première phrase Boudou: " Quand je dis que les philosophes, les logiciens, les mathématiciens apportent tous une contribution indispensable aux sciences expérimentales, je suppose évidemment aussi l’inverse  (cf. la révolution copernicienne par exemple). " je mettrais un bémol car de vouloir mettre une réversibilité systémique entre des efforts distincts d'intelligibilités, risque fort de faire entrer toute l'évolution de la pensée dans un cursus irréversible de prendre fait et cause et de limiter voir rendre impossible une critique mutuelle sur une méthodologie particulière ou sur une prise de positon d'éthique sociétale par exemple...

si contribuer est toujours un effort coopératif qui exige que chacun connaisse le travail et l'intention/motivation de son vis à vis, il est évident que cette contribution n'est pas indispensable puisqu'elle est parfois rendue impossible...


pour preuve, et par votre deuxième phrase  : "En matière de bio-mimétisme, la neurobiochimie et la biochimie des émotions méritent d'être étudiées." une contribution en philosophie dirait que le lien irréfragable entre l'émotion et le sentiment, qui pourrait nous servir de "révélateur" dans la recherche de nouveaux sentiments dans un contexte technoscientifique, interroge donc aussi la capacité évolutive de la psyché humaine qui a toujours lié la sensation à ses besoins et les sentiments aux envies...
 
l'émotion étant à mis chemin du besoin et de l'envie, elle l'est donc aussi de la sensation et du sentiment ou plus précisément elle est l'enfant commun de la sensation et du sentiment quand le besoin ou l'envie sont en contact avec ce qu'ils recherchent...
 
puisqu'il semble évident que la sensation physiologique, provenant d'une réceptivité d'informations issues d'un contact avec telle ou telle réalité, (le feu, un visage , un corps qui souffre etc.), se trouve être un besoin d'émotion par le contact et par là on peut dire que l'esprit par le corps s'informe sensiblement du réel...
 
alors que le sentiment réclamant un temps plus long pour se former, provient d'une relation/présence continue d'informations avec certaines réalités (ses parents, l'ennemi, son pays etc.) se trouve donc être une envie d'émotion par le contact et par là on peut dire que l'esprit par le corps informe le réel (les autres) de sa présence...
 
l'affect négative causé par certaines disruptions sociétales par exemple (pollutions, guerre, insécurité etc.), ou d'une relation instable avec d'autres personnes, ou d'un questionnement insoluble sur soi même, peut être en effet cause du resurgissement d'un potentiel de contrôle de l'émotionnel, mais tout comme l'affect positif, seules les vertus peuvent en venir à bout…

les programmes informatiques ne sont pas vertueux car ils n'ont pas d'autres finalités que la réitération de leur fonctionnalité, ils sont donc uniquement des localisations d'une automatisation et plus du tout la présence d'une autonomie comme pour le vivant... 


Dernière édition par Zeugme le Dim 7 Fév 2021 - 9:37, édité 2 fois
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Dim 7 Fév 2021 - 9:33
PhiPhilo :
C'est déjà fait. Cf. https://www.philosophie-portail.com/t3892-sur-la-distinction-problematique-entre-sensation-et-perception.

Je vous remercie vivement pour ce fil de discussion qui mérite d'être lu à la lumière des précédents sur ce même sujet que vous traitez brillamment. Je médite cela et reviens vers vous.
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Dim 7 Fév 2021 - 10:36
la machine n'as pas d'intérieur juste une accumulation d'extériorités

C'est tout à fait exact. Deleuze et Guattari, dans Capitalisme et Schizophrénie évoquent les dégâts psychiques qu'engendre notre culture lorsqu'elle traite nos organes comme des machines, autrement dit lorsqu'on conçoit (exactement à la manière de Dehaene ou de Dousset pour la conscience) nos fonctions vitales comme des fonctions mécaniques. On se souvient que Durkheim, dans de la Division du Travail Social distingue deux sortes de relations de division sociale du travail : celle qui conduit à une solidarité mécanique et celle qui produit de la solidarité organique. La métaphore est très parlante : dans certaines circonstances, les agents sociaux sont interchangeables, exactement comme des pièces mécaniques, dans d'autres, au contraire, chaque agent social est dépositaire d'une spécificité irremplaçable, un peu comme les organes d'un corps biologique. Car le propre de la vie, c'est, effectivement, de produire une certaine forme d'intériorité qui fait que le tout (le corps) n'est pas, telle une machine, une accumulation de pièces et/ou de fonctions interchangeables. L'un des philosophes les plus perspicaces à l'égard de cette notion d'intériorité a été Wittgenstein qui rejette le lieu commun de l'intériorité psychique : "que se passe-t-il exactement dans sa tête ? Cette question n’a pas de réponse à part des déclarations concernant sa pression sanguine, son pouls, etc"(Wittgenstein, Leçons sur la Philosophie de la Psychologie). En disant cela, il dit deux choses, en fait : 1) il n'existe pas d'intériorité psychique au sens d'une certaine tradition philosophique idéaliste et/ou spiritualiste pour laquelle le corps représente l'extérieur et l'âme ou l'esprit l'intérieur mais 2) il y a bien, cependant une intériorité biologique consistant en l'accomplissement d'un certain nombre de fonctions vitales qui, n'en déplaise aux scientistes de tous poils, ne sont pas des fonctions mécaniques puisqu'elles participent toutes de ce que Varela appelle l'auto-poïèse, c'est-à-dire l'auto-construction et l'auto-défense de l'organisme (en gros, ADN plus système immunitaire). Bref, comme vous le dites, la notion d'intériorité est bien un critère de distinction entre le biologique et le mécanique, et ce, au même titre que la sensibilité et l'intelligence.

PS : comme il est question, sur un autre fil de discussion, de ce qui distingue les philosophies des sagesses et les sagesses entre elles, je précise au passage que la notion d'intériorité est complètement absente de la sagesse chinoise (elle y est remplacée par celle de centralité, 中 zhōng) tandis qu'elle est extrêmement importante pour la sagesse indienne (notion d'ātman ou de soi absolu).
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Dim 7 Fév 2021 - 10:59
excellent focus sur les enjeux de faire d'un glissement sémantique, un nouveau séquençage de la conscience du vivant par des notions extérieures à lui !

...voir aussi le sujet sur Origines de la philosophie(s) et mutations
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Dim 14 Fév 2021 - 17:09
Les modes analogiques ou numériques de réception des stimuli évoqués par clément dousset feraient-ils écho aux formes de pensée lente ou rapide (éclair) ?
 
Radmila Zygouris a écrit:
La pensée-éclair ou l'étincelle
https://www.radmila-zygouris.com/la-pensee-eclair-ou-letincelle/ 
Le rêve pour se transformer en récit emprunte le langage, il entre de ce fait dans le moyen de la communication lente.
Certains chercheurs font actuellement la différence entre deux types de mémoire : la mémoire analogique – qui serait une mémoire rapide, les images -, et une mémoire cognitive – qui serait une mémoire lente, discursive. Selon eux le rêve pourrait utiliser ces deux types de mémoire, mais essentiellement la mémoire analogique. Dans le récit du rêve, l’une et l’autre ne peuvent que s’unifier par la nécessité de la restitution de l’analogique en cognitif, c’est-à-dire discursif. Sauf certaines images de rêves qui restent inexplicables, probablement détentrices de condensations relevant de la pensée analogique, rapide. On dit : « je ne sais pas le décrire ». On devrait dire : je ne sais pas le « déplier ».
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Lun 15 Fév 2021 - 8:45
Les modes analogiques ou numériques de réception des stimuli 

Il y a (au moins) deux sens possibles à "analogique".

Si "analogique" est l'antonyme de "numérique", alors aucun être vivant n'a de réception (vous faites bien de ne pas parler ici de "perception") numérique des stimuli. Seul un programme informatique peut traiter les sons, les images, voire les odeurs, les saveurs et les pressions tactiles de manière binaire, en les exprimant sous forme de bits. La vision biologique ne consiste pas à pixeliser des images, mais à mettre le vivant en relation globale avec le réel pertinent qui l'environne (y compris, d'ailleurs, avec le réel non visible mais audible, tactible, etc. cf. encore une fois l'exemple de la grenouille dans https://www.philosophie-portail.com/t3892-sur-la-distinction-problematique-entre-sensation-et-perception). De ce point du vue, donc, tous les être vivants perçoivent et se souviennent nécessairement de manière analogique (en particulier, il n'y a pas, chez eux, de "mémoire numérique").


Si maintenant "analogique" (associations spontanées) s'oppose à "inférentiel" (associations intentionnelles obéissant à des règles conscientes), alors et seulement alors, le texte que vous citez acquiert un sens (qui, d'ailleurs, n'est pas très clair en raison de la confusion entre "numérique", "cognitif" et "discursif"). Parler, en ce sens, de "mémoire analogique", c'est dire, effectivement, que des associations très rapides se font spontanément dans les fonctions cognitives de l'être vivant. C'est, typiquement, l'exemple de la mémoire proustienne : partir "à la recherche du temps perdu" n'est rien d'autre que partir à la recherche de ces associations spontanées "perdues", c'est-à-dire oubliées car passées et donc, tenter de les réactiver au moyen d'autres associations présentes. L'allusion au rêve est très intéressante parce que, comme Freud le souligne, le rêve est un procédé analogique (non-inférentiel) de condensation, de déplacement et de figuration des représentations. Certes, le récit du rêve (l'"élaboration secondaire" en termes freudiens) est une réorganisation, après coup et selon les règles qui régissent le langage, des associations spontanées qui l'ont constitué primitivement. Toutefois, Wittgenstein dit que le récit du rêve est un autre rêve que le rêve lui-même. C'est-à-dire que le procédé discursif employé pour le raconter n'est pas nécessairement inférentiel mais, au contraire, le plus souvent, fondé sur d'autres associations spontanées (associations proustiennes). Tout simplement parce que les règles qui régissent le langage nous demeurent, la plupart du temps, inconscientes. Autrement dit, "discursif" ne s'oppose pas à "analogique" (la langue chinoise, mais aussi toute poésie, sont très riches en associations analogiques). De même pour "cognitif" : le procédé d'association analogique a, pour les vivants, une fonction cognitive de la plus haute importance. C'est d'ailleurs ce qui explique sa grande rapidité d'exécution, laquelle procure un avantage adaptatif évident aux organismes qui en sont dotés.
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Lun 15 Fév 2021 - 8:51
encore une fois la capacité de communiquer des informations pour les humains ne présage en rien de ce qui est communiqué, car il y a une différence spécifique entre l’intention et la motivation, par contre pour une machine informatique qui de toute façon ne "connaît" que des 1 et des 0 pour coder n'importe quelle information, (même avec une performation type Manchester différentiel), la machine n’enregistre (codage) et ne « manipule »(programme) que des rapports numériques, elle ne sait pas ce qu’est une fleur ou la guerre, autrement que comme une suite numérique « éclair »par tension électrique entre des bits…
 
C’est pourquoi il semblerait que dans votre phrase :"Les modes analogiques ou numériques de réception des stimuli évoqués par clément dousset feraient-ils écho aux formes de pensée lente ou rapide (éclair) ?"
 
Il y a déjà une extrapolation de signification du mot « analogique » et « numérique », entre la fonctionnalité d’une machine et celle de la perception sensible d’un corps, car par exemple, la réception d’informations par la vue est une saisie des nuances entre les diverses longueurs d’ondes de la lumière frappant tel ou tel objet, opérant une différence infime dans la réception de la rétine de l’œil, retransmis en tension au nerf optique et de celui-ci à certaines parties du cerveau, mais à la différence d’un codage numérique des circuits informatiques, l’image ne reste pas sous forme quantifiée analogiquement ou numériquement, mais elle est transcrite immédiatement par l’imaginaire qui « reforme » les qualités plus ou moins bien perçues de tel ou tel objet cela pour une raison bien simple c’est que la vue et l’œil comme lieu organique, ont été formé dans le sens le plus stricte, par la lumière et la diversité des objets…
 
 
C’est donc pourquoi une machine ne peut être consciente, car son origine n’est pas naturelle mais artificielle et que son rôle comme son fonctionnement seront toujours limités par ces composants, mais aussi par la conductivité dans son traitement des informations, et même si nous pensons à certaines expériences qui avec des fragments de brins d'ADN, l’on peut coder les différents niveaux de contraintes d'une recherche sous forme d'enzymes ou avec des protéines dans un labyrinthe de nanotubes (1), la fonctionnalité programmatique ne permettra à ces entités que de 1« percevoir  numériquement » les différences spécifiques codées par des capteurs, et aussi sensibles soient-ils, ils ne connaîtront la réalité qu’au travers de leur fonctionnement, c’est-à-dire par la numération causale de l’information, n’ayant pas d’autres finalités (aucune intention et motivation) que de suivre leur programme…
 
L’autonomie d’un ordinateur qu’il soit fait de composant électronique ou bioélectrique, restera limité par sa fonctionnalité artificielle, ce sera là sa seule « conscience », et reprenant une phrase célèbre : « la machine n’a pas pour but de remplacer l’homme, mais de lui apporter une autre utilisation de son savoir » alors évidemment si les humains réduisent leur vie singulière à un usage cyclique de l’information, les machines seront leurs vis à vis préférentiels car d’avoir perdu sa finalité naturelle, l’humanité sera elle aussi limitée par un programme…
 
 
De plus pour le passage de Radmila Zygouris que vous citez, il y a aussi une confusion entre analogique et cognitif, et comme je viens de lire ce qu’en dit brillamment PhiPhilo, je n’ajouterais rien de plus pour le moment…
 
1) L’ordinateur biologique, l’ordinateur de demain ? | by MTI Review | Medium
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Lun 15 Fév 2021 - 22:09
@PhiPhilo a écrit:tous les êtres vivants perçoivent et se souviennent nécessairement de manière analogique
Analogique : qu’il s’agisse de « l’attention en égal suspens » on de « l’attention intentionnelle » (sélective) ? Quelle relation peut-on faire entre la pensée non discursive et cette perception/mémorisation analogique ?

@Zeugme a écrit:une machine informatique de toute façon ne "connaît" que des 1 et des 0 pour coder n'importe quelle information
Pourquoi ne citez-vous pas les ordinateurs/calculateurs analogiques ? Que peut-on en penser ?
Analog computer  Neurone calculateur analogue   Synapse artificielle  Neurone artificiel

Où se situe le mieux notre fil de discussion dans la bibliographie donnée, par exemple, par PhilPapers ?
PhiPhilo
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La théorie sur la conscience de Dehaene en question - Page 15 Empty Re: La théorie sur la conscience de Dehaene en question

Mar 16 Fév 2021 - 8:07
Analogique : qu’il s’agisse de « l’attention en égal suspens » on de « l’attention intentionnelle » (sélective) ? 

Je ne comprends pas la question.

Quelle relation peut-on faire entre la pensée non discursive et cette perception/mémorisation analogique ?

Il y a tout Proust pour répondre à cette question. Dans l'Enjeu Éthique de la Littérature, j'écrivais que 

seul le hasard des rencontres est à même d'établir cette relation, pourtant si essentielle, entre le temps présent mais perdu et donc sans valeur (l'expérience d'une dalle, d'une serviette, d'une madeleine) et le temps passé retrouvé et valorisé et, donc, constitutif d'une connaissance de soi comme sujet métaphysique. Valorisé par quoi, dira-t-on, si la mémoire volontaire ne nous est, en l'occurrence, d'aucun secours ? Eh bien par le hasard d'une autre rencontre, avec ce que Deleuze appelle un "signe". Lorsque le Narrateur, dans Sodome et Gomorrhe, en laçant sa bottine, pense brusquement à sa grand-mère récemment disparue, qu'est-ce qui donne de la valeur à ce banal fait de la vie quotidienne ? C'est le fait qu'un simple objet usuel (une bottine) fasse spontanément surgir à la mémoire du sujet un tel flot de souvenirs qui le replongent dans son propre passé, donc dans son être possible, qui joue le rôle de signe, qui est en fait un signal, mais un signal de circonstance, non biologiquement institué. Ce qui explique que l'être ainsi signifié soit simplement possible. Car si l'attitude éthique doit consister, in fine, à prendre conscience de soi, alors cette connaissance est irrémédiablement suspendue à la fois au hasard des rencontres de la vie quotidienne, à l'improbabilité des rencontres avec les signes et, bien entendu, à la fragilité de l'interprétation subjective de "l'impression, si chétive qu'en semble la matière, si invraisemblable la trace, [comme] critérium de vérité et [qui] à cause de cela mérite seule d'être appréhendée par l'esprit"(Proust, le Temps Retrouvé, 2273) qui s'ensuivra. D'où, quatrième et dernier problème, si, comme c'est le cas pour le Narrateur de la Recherche, nous n'avons accès, dans le meilleur des cas, qu'à une connaissance subjective et aléatoire de nous-même, combien plus improbable doit être cette prise de conscience lorsqu'elle dépend, en plus, d'un hasard supplémentaire, celui de la représentation littéraire de situations contrefactuelles susceptibles de réactiver en nous des souvenirs latents. Eh bien non, nous dit Proust, c'est le contraire qui se produit. Car, pour lui, la raison d'être et donc l'enjeu éthique de l'art en général, c'est justement de concentrer le hasard, d'augmenter la probabilité de telles rencontres.


Je vous invite à lire la suite dans l'article cité ainsi que, sur le même sujet, Éthique, Identité Narrative et Conscience de soi.

Pourquoi ne citez-vous pas les ordinateurs/calculateurs analogiques ? Que peut-on en penser ?

Il n'y a pas d'"ordinateurs analogiques". Pas plus que d'"intelligence artificielle". L'analogie est un processus intelligent, c'est-à-dire non seulement naturel, mais, plus encore, nécessairement biologique en ce qu'il suppose sensibilité perceptive et intériorité à la fois auto-créative et auto-défensive (ce que Varela appelle l'"auto-poïèse"). Ce dont, par définition, sont dépourvues les machines.

Où se situe le mieux notre fil de discussion dans la bibliographie donnée, par exemple, par PhilPapers ?

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