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Critique de la raison pure

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aliochaverkiev
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Dienekes
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Critique de la raison pure - Page 7 Empty Re: Critique de la raison pure

Jeu 21 Avr 2016 - 23:47
aliochaverkiev a écrit:Oui je vous cite le passage où Kant qualifie comme n'étant pas pure la proposition dont nous parlons.
C'est en page 94 de la Critique (édition poches GF), je cite :
"Ainsi, par exemple, la proposition  : tout changement a sa cause est-elle une proposition a priori, mais non point pure, étant donné que le changement est un concept qui ne peut être tiré que de l'expérience". Dans le texte Kant emploie le mot changement et je vois que nous, nous parlons de mouvement. Mais je pense que Kant pense aussi que le mouvement est un concept inclut dans celui de changement. [le mouvement est un changement de position spatiale].
Effectivement, ce passage était sous mon nez et je ne le retrouvais pas. Par contre, il m’a posé quelques soucis car il semble réellement contradictoire avec ce que dit Kant par la suite et même au paragraphe suivant :
Introduction de la seconde édition, II a écrit:Or, que des jugements de cette espèce, nécessaires et universels dans le sens strict et, par suite, purs, a priori, se trouvent réellement dans la connaissance humaine, il est facile de le montrer. Si l’on veux un exemple pris dans les sciences, on n’a que parcourir des yeux toutes les propositions de la mathématique ; si on en veut un tiré de l’usage le plus ordinaire de l’entendement, on peut prendre la proposition : Tout changement doit avoir une cause.
De même, je ne comprenais pas comment il pouvait s’inscrire avec le concept de causalité tiré de la table des catégories : qu’un concept pur de l’entendement ne permette pas de créer des propositions pures a priori, ça me semblait assez étrange.

Nous sommes en fait victimes d’une chausse-trape de notre ami Kant. Je travaille sur l’édition PUF qui ne mentionne rien sur ce point et j’ai l’impression que votre édition n’est pas plus bavarde. Par contre, j’ai également l’édition Pléiade qui se fend d’une note :
Note a écrit:On a ici un très bon exemple du vocabulaire kantien. La distinction apparemment claire entre a priori et « pur » va être négligée dès le paragraphe suivant, dans la nouvelle rédaction même de la deuxième édition, où la proposition donnée ici en exemple sera dite « pure », - Aussi bien cette proposition n’est-elle autre chose qu’un des principes de l’entendement pur, la deuxième analogie de l’expérience. Il n’y a pourtant pas là contradiction, ni même à proprement parler négligence, quoique la façon dont Kant use du vocabulaire soit une vraie source de difficultés. On voit bien dans ce texte que tout son effort va à définir une source du connaître (non une connaissance achevée) ; il n’y a pas assez de précautions prises alors pour la désigner dans sa différence d’avec l’autre source, et c’est ce que veut signifier la distinction d’a priori (signifiant « d’avance ») et de « pur ». Mais l’analyse se fait toujours dans une connaissance où jouent les deux sources. La source « pure » intervient toujours alors dans un rapport à l’autre source, donc a priori dans la terminologie ici proposée ; mais il en résulte que ce qui est a priori doit aussi être dit « pur ».
De plus, faisant quelques recherches sur internet, je suis tombé sur une thèse mentionnant cette apparente contradiction (Nathanael Masselot.  Temps et individuation :  le sens du transcendantal dans la philosophie de  Kant  et  de  Husserl  :  métaphysique,  ontologie,  phénoménologie.) en page 182, et qui mentionne un autre texte de Kant ou ce dernier s’explique sur ce point :
Kant, Sur l’usage des principes téléologiques en philosophie, avant-dernier paragraphe a écrit:Je voudrait encore, à cette occasion, dire ne serait-ce que quelques mots du reproche de prétendues contradictions, qui, dans une œuvre d’une certaine ampleur, auraient été découvertes avant qu’on l’ait bien saisie dans son ensemble. Elles s’évanouissent toutes d’elles-mêmes si on les considère dans leur rapport avec le reste. Dans la Leipzig Gelebrte Zeitung (numéro 94 de 1787), on présente ce qui se trouve dans la Critique, etc. (édition de 1787 : introduction, page 3, ligne 7), et ce qui se trouve peu après (page 5, ligne 1 et 2) comme directement contradictoires ; car dans le premier passage, j’avais dit : « Parmi les connaissances a priori, on appelle pures celles auxquelles rien d’empirique n’est mélangé », et j’avais cité comme exemple du contraire la proposition : « Tout changement a une cause. » En revanche, à la page 5, je cite juste cette même proposition comme exemple de connaissance pure a priori, c’est-à-dire d’une connaissance telle qu’elle ne dépend de rien d’empirique ; ce sont là deux sens différents du mot pur, alors que , dans tout l’ouvrage, je ne m’occupe que du dernier sens. Sans doute aurais-je pu prévenir le malentendu en donnant comme exemple du premier genre de proposition : « Tout ce qui est contingent a une cause. » Car, dans ce cas, rien d’empirique ne s’y mêle. Mais qui peut prévoir tout les prétextes à malentendu ?
Donc pour conclure, l’explication que vous donnez dans votre message du 21 février est parfaitement conforme à ce que Kant indique dans ce paragraphe. Simplement, il faut prendre garde que le mot « pur » employé ici n’est pas le même que celui que Kant emploiera dans le reste du texte, à commencer par le paragraphe suivant. Rien d’empirique n’est mêlé à la construction du jugement dans le premier sens de pureté (aucun concept empirique), le second se basant plutôt sur le fait qu’ils ne dépendent de rien d’empirique (ils sont « nécessaires et strictement universels », l’expérience n’est pas nécessaire pour les poser). Je ne suis pas certain que mon explication soit suffisamment claire, ce qui montre que ce n’est probablement pas encore bien clair dans la tête…
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aliochaverkiev
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Ven 22 Avr 2016 - 7:36
Dienekes a écrit:
aliochaverkiev a écrit:Oui je vous cite le passage où Kant qualifie comme n'étant pas pure la proposition dont nous parlons.
C'est en page 94 de la Critique (édition poches GF), je cite :
"Ainsi, par exemple, la proposition  : tout changement a sa cause est-elle une proposition a priori, mais non point pure, étant donné que le changement est un concept qui ne peut être tiré que de l'expérience". Dans le texte Kant emploie le mot changement et je vois que nous, nous parlons de mouvement. Mais je pense que Kant pense aussi que le mouvement est un concept inclut dans celui de changement. [le mouvement est un changement de position spatiale].
Effectivement, ce passage était sous mon nez et je ne le retrouvais pas. Par contre, il m’a posé quelques soucis car il semble réellement contradictoire avec ce que dit Kant par la suite et même au paragraphe suivant :
Introduction de la seconde édition, II a écrit:Or, que des jugements de cette espèce, nécessaires et universels dans le sens strict et, par suite, purs, a priori, se trouvent réellement dans la connaissance humaine, il est facile de le montrer. Si l’on veux un exemple pris dans les sciences, on n’a que parcourir des yeux toutes les propositions de la mathématique ; si on en veut un tiré de l’usage le plus ordinaire de l’entendement, on peut prendre la proposition : Tout changement doit avoir une cause.
De même, je ne comprenais pas comment il pouvait s’inscrire avec le concept de causalité tiré de la table des catégories : qu’un concept pur de l’entendement ne permette pas de créer des propositions pures a priori, ça me semblait assez étrange.

Nous sommes en fait victimes d’une chausse-trape de notre ami Kant. Je travaille sur l’édition PUF qui ne mentionne rien sur ce point et j’ai l’impression que votre édition n’est pas plus bavarde. Par contre, j’ai également l’édition Pléiade qui se fend d’une note :
Note a écrit:On a ici un très bon exemple du vocabulaire kantien. La distinction apparemment claire entre a priori et « pur » va être négligée dès le paragraphe suivant, dans la nouvelle rédaction même de la deuxième édition, où la proposition donnée ici en exemple sera dite « pure », - Aussi bien cette proposition n’est-elle autre chose qu’un des principes de l’entendement pur, la deuxième analogie de l’expérience. Il n’y a pourtant pas là contradiction, ni même à proprement parler négligence, quoique la façon dont Kant use du vocabulaire soit une vraie source de difficultés. On voit bien dans ce texte que tout son effort va à définir une source du connaître (non une connaissance achevée) ; il n’y a pas assez de précautions prises alors pour la désigner dans sa différence d’avec l’autre source, et c’est ce que veut signifier la distinction d’a priori (signifiant « d’avance ») et de « pur ». Mais l’analyse se fait toujours dans une connaissance où jouent les deux sources. La source « pure » intervient toujours alors dans un rapport à l’autre source, donc a priori dans la terminologie ici proposée ; mais il en résulte que ce qui est a priori doit aussi être dit « pur ».
De plus, faisant quelques recherches sur internet, je suis tombé sur une thèse mentionnant cette apparente contradiction (Nathanael Masselot.  Temps et individuation :  le sens du transcendantal dans la philosophie de  Kant  et  de  Husserl  :  métaphysique,  ontologie,  phénoménologie.) en page 182, et qui mentionne un autre texte de Kant ou ce dernier s’explique sur ce point :
Kant, Sur l’usage des principes téléologiques en philosophie, avant-dernier paragraphe a écrit:Je voudrait encore, à cette occasion, dire ne serait-ce que quelques mots du reproche de prétendues contradictions, qui, dans une œuvre d’une certaine ampleur, auraient été découvertes avant qu’on l’ait bien saisie dans son ensemble. Elles s’évanouissent toutes d’elles-mêmes si on les considère dans leur rapport avec le reste. Dans la Leipzig Gelebrte Zeitung (numéro 94 de 1787), on présente ce qui se trouve dans la Critique, etc. (édition de 1787 : introduction, page 3, ligne 7), et ce qui se trouve peu après (page 5, ligne 1 et 2) comme directement contradictoires ; car dans le premier passage, j’avais dit : « Parmi les connaissances a priori, on appelle pures celles auxquelles rien d’empirique n’est mélangé », et j’avais cité comme exemple du contraire la proposition : « Tout changement a une cause. » En revanche, à la page 5, je cite juste cette même proposition comme exemple de connaissance pure a priori, c’est-à-dire d’une connaissance telle qu’elle ne dépend de rien d’empirique ; ce sont là deux sens différents du mot pur, alors que , dans tout l’ouvrage, je ne m’occupe que du dernier sens. Sans doute aurais-je pu prévenir le malentendu en donnant comme exemple du premier genre de proposition : « Tout ce qui est contingent a une cause. » Car, dans ce cas, rien d’empirique ne s’y mêle. Mais qui peut prévoir tout les prétextes à malentendu ?
Donc pour conclure, l’explication que vous donnez dans votre message du 21 février est parfaitement conforme à ce que Kant indique dans ce paragraphe. Simplement, il faut prendre garde que le mot « pur » employé ici n’est pas le même que celui que Kant emploiera dans le reste du texte, à commencer par le paragraphe suivant. Rien d’empirique n’est mêlé à la construction du jugement dans le premier sens de pureté (aucun concept empirique), le second se basant plutôt sur le fait qu’ils ne dépendent de rien d’empirique (ils sont « nécessaires et strictement universels », l’expérience n’est pas nécessaire pour les poser). Je ne suis pas certain que mon explication soit suffisamment claire, ce qui montre que ce n’est probablement pas encore bien clair dans la tête…
M. Dienekes, je vais étudier vos remarques, dans l'immédiat je continue mon exposé, mais je vais bien sûr vous répondre.

J'ai acheté "Forme et contenu" de Moritz Schlick (Agone) suite à votre indication et je suis très heureux de cette acquisition. Le Club de Vienne vaut d'être connu et étudié et je retrouve chez Schlick les critiques que je me faisais, in petto, concernant Kant et ses jugements synthétiques a priori. Je constate (heureusement!) que le remise en cause des jugements synthétiques a priori sont loin de provoquer l'effondrement de la fameuse architectonique de Kant, car, sous l'apparent fondement de sa philosophie -les jugements synthétiques a priori- il reste de très, très solides fondations, notamment son sens du transcendantal, c'est-à-dire la nécessité d'avoir en soi, au moins les formes propres à l'esprit rendant l'expérience possible. L'une des raisons, entre autres, qui me mettait le doute quand au jugement synthétique a priori relatif à l'arithmétique c'est le temps qu'il a fallu à l'humanité à simplement concevoir le chiffre zéro : il a fallu des siècles! et encore ce chiffre n'a fini par être conçu qu'en raison de problèmes d'écriture! Un jugement synthétique a priori qui ne parvient pas à "créer", à conceptualiser le chiffre zéro, sinon qu'à l'issue de problèmes séculaires d'écriture (donc il a fallu l'expérience pour concevoir le chiffre zéro) cela laisse songeur. Mais Kant ne connaissait pas (enfin je pense) l'histoire des mathématiques à son époque).

Pour les remarques que vous exposez ci dessus c'est un fait que je décrypte Kant, page après page souvent avec une grande difficulté - le style est touffu, le vocabulaire est multivoque- et je ne fais pas encore la relation entre différents décryptages. Je vais étudier ça.
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Ven 22 Avr 2016 - 8:16
La logique, deux usages :

   Usage général de l'entendement 
   Usage particulier de l'entendement, comme règles propres à chaque science

C'est de l'usage général que Kant va nous entretenir.

Dans son usage général la logique contient les règles absolument nécessaires de la pensée (qui s'appliquent donc aussi à l'usage particulier) quel que que soit son objet.
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aliochaverkiev
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Sam 23 Avr 2016 - 10:20
Nous appelons donc logique générale celle qui est relative à l'usage général de l'entendement.

Cette logique générale  comprend :

La logique pure
La logique appliquée

La logique pure est expurgée de toutes les conditions empiriques sous lesquelles notre entendement s'exerce, de toutes données pour lesquelles une expérience est requise.
(Il est intéressant de noter ce que Kant désigne comme données empiriques : l'influence des sens, les jeux de l'imagination, les lois de la mémoire, la puissance de l'habitude, les préjugés...)
page 145  : Une logique générale, pure, n'a affaire qu'à des principes a priori et elle est un canon de l'entendement et de la raison uniquement du point de vue de la dimension formelle de leur usage, indépendamment de leur contenu.

Ici il ne faut pas penser qu'il y a redondance de la part de Kant quand il cite l'entendement et la raison.
L'entendement  est entendu comme l'exercice de la raison dans son usage pratique, pratique au sens  : conduite adaptée dans la réalité vécue, que ce soit au quotidien ou dans les sciences, et la raison ici est entendue dans son sens : raison pure, exercice de la raison hors toute expérience (métaphysique). 

Cette logique est un canon  c'est-à-dire un ensemble de règles conduisant à identifier les jugements vrais et les jugements faux, sans inclure des règles démonstratives, c'est-à-dire des règles qui permettent d'accéder à de nouvelles connaissances. Un tel ensemble, règles permettant de séparer le vrai du faux et règles démonstratives est un organon. La logique générale et pure ne peut pas être un organon pour la raison pure, sinon ce serait reconnaître que la raison pure  permet d'accéder à des connaissances, ce que réfute Kant, lequel affirme qu'il n' y a que deux sources de connaissances : la sensibilité et l'entendement.
Dans le paragraphe précédent, il est fait mention de la logique appliquée à l'usage particulier de l'entendement : dans ce cas-là cette logique est un organon, un organon propre à chaque science.

La logique appliquée prend pour objet les règles de l'usage de l'entendement dans les conditions subjectives et empiriques que nous enseigne la psychologie, c'est-à-dire dans les conditions d'émotions, de sentiments, de passions, etc. propres à chacun (subjectivité). Cette logique est alors un simple catharticon (καθαρτικοϛ) de l'entendement, καθαρτικοϛ signifiant : qui purifie.

C'est de la logique générale pure que va s'occuper Kant, la seule à son sens qui soit une science.

En résumé cette logique est :

Générale en ce sens qu'elle n' a affaire qu'à la simple forme de la pensée
Pure en ce sens qu'elle est expurgée de toute donnée empirique (elle est a priori).
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aliochaverkiev
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Sam 23 Avr 2016 - 17:20
B) De la logique transcendantale (page 146).

La logique générale considère donc uniquement la forme de la pensée en général.

Et là, Kant passe à tout autre chose malgré la forme de l'écriture : il n' y a en effet aucun nouveau paragraphe dans le texte, si bien qu'il est permis de penser qu'il y a un lien entre les phrases suivantes, celle qui se termine  page 146, par "c'est-à-dire la forme de la pensée en général" et celle qui commence ainsi : "Toutefois, parce qu'il y a des intuitions pures...". Or il n' y a aucun rapport, le sujet change du tout au tout.


Kant passe en effet à un sujet totalement autre. Il note ainsi que, de même qu'il existe des intuitions pures (les formes de l'intuition que sont l'espace et temps) et des intuitions empiriques, il existe des pensées pures et des pensées empiriques. Il y a ainsi une logique qui tient compte d'un certain contenu de la connaissance : ce seront les concepts purs ou catégories. Mais ce contenu reste a priori (de même que les formes de l'intuition pure) et ne fait donc intervenir aucun élément empirique. Cette logique sera la logique transcendantale.

Elle ira entre autres à la recherche de l'origine de nos connaissances des objets, une telle origine ne pouvant être assignée aux objets (les objets doivent se règler sur notre connaissance).


Kant rappelle ensuite la différence entre les connaissances transcendantales et les connaissances a priori. Les connaissances transcendantales sont certes a priori, mais elles ne sont transcendantales que si elles ont la capacité d'avoir pour objet des représentations qui, n'ayant aucune origine empirique, peuvent se rapporter a priori, à des objets de l'expérience. 

Pour illustrer ce propos considérons cet exemple. La détermination géométrique spatiale a priori suivante : "détermination de l'espace selon trois dimensions" constitue une connaissance en soi, a priori, mais elle n'est pas transcendantale. C'est en tant que cette connaissance peut se rapporter à des objets de l'expérience qui fait qu'elle est transcendantale.

Kant pose donc  l'existence de concepts (purs, a priori) pouvant se rapporter à des objets, ces concepts étant des actions de la pensée pure (théorie du schématisme qui sera traitée ci-après). Il pose ainsi la possibilité d'une science de l'entendement par laquelle nous pensons a priori des objets. Une telle science s'appelle ainsi : logique transcendantale, en tant qu'elle se rapporte a priori à des objets.


Dernière édition par aliochaverkiev le Dim 24 Avr 2016 - 14:32, édité 4 fois
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Dim 24 Avr 2016 - 11:35
Je reviens sur ces concepts (au sens kantien, c'est-à-dire dans un sens très général d'objets de la pensée) que le philosophe vient d'introduire : logique générale  et logique transcendantale.

Bien comprendre ces concepts est absolument nécessaire sinon il est impossible de comprendre les développements philosophiques qui vont suivre. Je m'appuie en partie pour expliciter ces concepts sur une étude publiée sur l'internet (accessible donc à tous) "Logique formelle, logique transcendantale" d'Alain Chauve, Philopsis, revue numérique.

Qu'est ce que la logique générale, que nous requalifierons ci-dessous en logique formelle (même sens)?

Citons Kant lui-même dans son traité :  Logique (traduction Guillermit, éditions Vrin, 1966) :

La logique formelle se définit comme "la science des lois nécessaires et universelles de la pensée en général" (page 12), elle "repose sur des principes a priori qui permettent de déduire et de démontrer toutes les règles" (page 13), ou encore, page 12 : "en logique il s'agit non de la façon dont nous pensons mais de la façon dont nous devons penser". Cette dernière assertion ne vaut que si nous nous plaçons dans le cadre de la logique générale (ou formelle) pure telle que définie plus haut (page 145 de la Critique), c'est-à-dire dans le cadre d'une logique qui n'a affaire qu'à la simple forme de la pensée (indépendamment de tout contenu) et qui est expurgée de toute donnée empirique. Rien n'empêche en effet, et nous avons tous des relations affectives avec nos proches- et moins proches - que la logique de l'entendement (logique appliquée selon la définition de Kant page 145), plongé dans les sentiments, "raisonne" tout autrement que selon les règles ici définies! Kant définit-là, dans la logique formelle pure, une logique objective, c'est-à-dire une logique qui est universelle, c'est-à-dire considérée comme vraie par l'ensemble des sujets humains, vraie au sens : "nous reconnaissons tous ces règles comme des règles de fonctionnement acceptables et acceptées dans un cadre donné, celui de la logique formelle pure". Je répète, nous pouvons affirmer d'autres cadres de référence dans lesquelles ces règles ne valent plus, notamment dans le cadre des rapports humains dans leur dimension affective par exemple.
Quelques exemples de principes fondateurs de cette logique formelle (principes ici signifie lois-cadres, mais lois-cadres données a priori) :
Principe de contradiction (ou de non-contradiction) : une chose ne peut pas à la fois être et ne pas être
Principe d'identité : A est A (toutes choses égales par ailleurs)
Principe du tiers exclu : la disjonction p ou non-p est vraie quelque que soit p (p est une proposition donnée, un jugement) [ici c'est le connecteur "ou" qui donne la compréhension du principe]
Mais nous avons aussi des règles qui portent non sur la forme des propositions (des jugements) mais aussi sur les formes du raisonnement, comme le syllogisme, où sont enchainées des propositions (des jugements) puis une conclusion. Nous pouvons donner un contenu au syllogisme mais nous pouvons aussi le vider de toute connaissance, de tout contenu, pour ne retenir que sa structure formelle, dans le cadre donc de la logique formelle pure.
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Dim 24 Avr 2016 - 15:23
Qu'est ce que la logique transcendantale?


Nous allons anticiper sur les développements à venir afin de préparer la compréhension des textes.

La logique transcendantale est la science de l'entendement construite à partir des concepts purs (catégories). 

Mais qu'est-ce qu'un concept pur?


Reprenons l'exemple de la table particulière à partir de laquelle nous avons construit le concept empirique de la table en général. Le concept empirique de la table est l'ensemble des tables regroupées dans leur totalité à sortir de la définition de la table, définition qui reprend les éléments communs à toutes les tables. Il y a là un regroupement de toutes les tables sous un même concept empirique, il y a constitution d'une classe d'objets (classe comportant la totalité des objets considérés). C'est ce concept de classe, de totalité qui est un concept pur, c'est-à-dire qu'il faut qu'existe grâce à l'action de l'entendement ce concept pur pour que pratiquement nous ayons cette démarche de constituer l'ensemble des tables sous un même concept empirique (la table en général). Bien entendu, quand nous voyons une table nous ne voyons pas la totalité dont elle fait partie, ce concept pur nous n'en avons pas conscience, mais il est néanmoins un produit de l'entendement.


Continuons avec Hegel, Science de la Logique, page 166 (traduction Bernard Bourgeois, édition Vrin, 1970) : "Dans toute proposition de contenu entièrement sensible comme : cette feuille est verte, se sont déjà immiscées des catégories [concepts purs] : l'être, la singularité" Mais on pourrait ajouter  : la substance et la qualité. L'être pour le fait d'être de la feuille, (la feuille est), la singularité : "cette" feuille, la substance : la permanence de l'être "feuille" dans le temps, la qualité : la couleur. Ces concepts purs sont des pensées pures, dont nous n'avons pourtant pas conscience quand nous regardons la feuille (nous avons conscience qu'elle est verte mais nous ne prenons pas conscience que c'est une qualité, du moins pas sur le champ).

Dans la réalité donc nous ne prenons pas en considération les concepts purs, ce sont uniquement les objets qui attirent notre attention. 

Ce que se propose de faire la logique transcendantale c'est de prendre en considération les concepts purs et de les étudier dans leurs définitions et leurs applications.


Dernière édition par Vangelis le Ven 29 Avr 2016 - 3:08, édité 1 fois (Raison : Mise en forme.)
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Dim 24 Avr 2016 - 15:52
La logique transcendantale est donc une logique formelle pure, qui, munie des concepts purs (munie donc d'un contenu) a le pouvoir de se rapporter a priori à des objets. Question : comment la logique transcendantale peut avoir un tel pouvoir puisqu'elle reste une forme vide? Comment sans introduire rien d'empirique, la pensée pure (munie donc d'abord de la logique formelle pure puis des concepts purs) réduite à une pure forme de la pensée peut elle avoir, ou plutôt se rapporter à un objet?
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Lun 25 Avr 2016 - 18:30
Avant de répondre à la précédente question voyons comment s'exerce la pensée au quotidien. Elle se manifeste notamment dans le discours que nous tenons sur la réalité. La logique formelle est la syntaxe de ce discours en cela qu'elle détermine la forme des jugements  ainsi que les formes et les modes d'enchaînement de ces jugements (un jugement est à rapprocher d'un syntagme c'est-à-dire un groupe de mots formant une unité dans la phrase; ici il s'agit de l'association déjà vue : sujet, verbe, prédicat).

Mais en vérité cette syntaxe est gouvernée par les concepts a priori  (catégories) qui commandent  les types possibles de jugement (un peu comme un épée, d'abord construite en tant que telle, est ensuite utilisée dans différentes modalités). Citons Victor Cousin dans ses leçons en 1820 (citation rapportée par M. Chauve] : "Par rapport à la quantité les jugements sont individuels, pluriels ou généraux. Ces jugements seraient-il possibles sans les concepts de l'unité, de la pluralité, de la totalité ? Il y a loin de la simple représentation des éléments divers des choses à la conception qu'il y a un lien entre eux lequel forme une totalité ou une pluralité ou une unité. Il faut pour expliquer cette conception admettre que nous possédons a priori les concepts purs de la totalité, de la pluralité et de l'unité".

Illustrons cette citation par un exemple. Lorsque nous disons d'un morceau de sucre qu'il est est dur, blanc, doux, etc. nous disons alors que toutes ces propriétés sont réunies en un seul objet, mais cette unité n'est pas dans la sensation, elle n'est pas consciente. Il s'agit d'un jugement réunissant une quantité (l'énumération des qualités) en un seul objet, donc il faut qu'il existe dans l'entendement le concept pur d'unité, pour réaliser ce lien du divers en une unité.

Ainsi des notions et des significations pures, des concepts purs,  gouvernent ou plutôt "emplissent" de contenu les formes de la syntaxe de la logique formelle, un peu comme la signification des mots donne du contenu au discours tout en respectant la syntaxe pure du discours (sauf qu'ici la dite signification n'est pas donnée par l'expérience, mais qu'elle existe a priori, comme une synthèse, une opération de l'esprit, le schème, à voir plus tard dans les développements à venir).

Ces concepts purs peuvent-ils nous faire concevoir et exprimer autre chose que des formes logiques vides?  Nous revenons à notre question d'origine. La réponse selon Kant est : oui.
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Mar 26 Avr 2016 - 9:24
Prenons l'exemple de la substance. C'est un concept pur. (La substance n'est pas perçue lorsque nous regardons un objet, elle peut être conçue mais non perçue).
La substance est le sujet dernier d'une attribution, c'est-à-dire un sujet logique qui est le dernier attribut possible. Il n'est pas possible de lui affecter un attribut. Cela signifie que la substance est le premier sujet attributif (le premier attribut), à partir  duquel nous pouvons décliner tous les autres. Dans l'arbre de Porphyre la substance tient le haut de la chaîne, c'est en quelque sorte l'être ou la réalité qu'il n'est plus possible de remonter, qui est le premier maillon, le premier point d'accroche de toutes les autres déclinaisons. C'est le sujet premier attributif, qui ne peut pas lui-même être prédiqué.

Il s'agit-là d'une construction purement logique, d'une forme vide d'une construction logique. Nous posons que la substance, logiquement, est le sujet dernier d'une attribution.  Ce sujet dernier n'a donc aucune validité empirique. Comment ce concept peut-il alors avoir une validité objective, c'est-à-dire se rapporter à un objet  et non pas seulement à un sujet logique ?

Kant fait correspondre à ce concept pur une représentation, celle d'une permanence obéissant au principe de conservation d'une "réalité" dans le changement (la substance est ce qui reste identique à soi dans le changement). Cette représentation de la permanence est due à la façon qu'a l'imagination pure d'appréhender, dans l'intuition pure du temps, des successions, des simultanéités, des durées et donc la permanence (durée). En cela la permanence n'est pas une image empirique des choses qui subsistent dans l'expérience, elle est une activité de la pensée, un schème, qui conçoit la permanence dans la forme pure de l'intuition qu'est le temps. Ensuite c'est cette représentation pure de la permanence est reliée au principe de la conservation d'une "réalité" dans les changements : le lien avec l'objet est ainsi réalisé.

Pour Kant les concepts purs commandent non seulement des formes logiques mais aussi des représentations. Il trouve dans la sphère des représentations intuitives pures, dans les formes de l'espace et du temps, les objets qui correspondent aux concepts purs : des successions, des suites, des séries, des simultanéités , des positions, des dimensions, etc. Les représentations de ces objets ne sont pas des images concrètes et empiriques mais nous avons bien affaire à des procédés de l'imagination pure qui forment des représentations.

Toutes ces notions seront reprises au fur et à mesure de la découverte du texte de Kant mais il était plus prudent de faire une petite synthèse préalable de ces notions pour parvenir à comprendre ensuite le texte de Kant.


Dernière édition par Vangelis le Ven 29 Avr 2016 - 3:15, édité 1 fois (Raison : Modification de la définition de la substance.)
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Jeu 28 Avr 2016 - 17:55
C) De la division de la logique générale en analytique et dialectique (page 148)

La vérité consiste dans l'accord d'une connaissance avec son objet. Cet objet doit donc être distingué des autres, il doit être distingué tout court, puisque la vérité, dans sa définition, exprime une relation entre l'entendement (dans son activité de pensée) et son objet.

La connaissance en sa simple forme (sans contenu) hors sa relation avec l'objet doit aussi présenter des règles qui soient des critères de vérité (mais de vérité relativement au simple fonctionnement formel de la pensée). Mais si une connaissance concorde pleinement avec sa forme logique elle peut néanmoins contredire son objet (son contenu).

Si l'erreur porte non sur la forme mais sur le contenu la logique ne peut pas le découvrir puisqu'elle ne porte que sur la forme de la connaissance. [Le syllogisme respecte une forme logique. Mais si le contenu des jugements mis en œuvre est faux la forme logique du syllogisme ne peut le détecter. Si, par exemple je pose  : les arbres sont des choses, cet hêtre est un arbre, donc cet hêtre est une chose, je respecte la forme du syllogisme mais je conclus avec une proposition fausse à cause d'un jugement initial faux que la logique formelle du syllogisme ne peut pas détecter].

La logique générale est une activité d'analyse de l'activité formelle de l'entendement et de la raison (pure). 

Cette partie de la logique générale se nomme  : analytique.

La logique générale, rappelons-le, est un simple canon de l'entendement  (distinction formelle entre un raisonnement vrai et un raisonnement faux) permettant d'apprécier la justesse d'une pensée.

Mais on peut être tenté d'utiliser ce canon en organon c'est-à-dire d'adjoindre au canon des règles démonstratives conduisant à l'illusion d'acquérir de nouvelles connaissances.

Cette autre partie de la logique générale ainsi utilisée comme organon  se nomme : dialectique.

La dialectique n'est rien d'autre  qu'une logique de l'apparence, c'est-à-dire l'art sophistique de donner à des propositions le vernis de la vérité par usage abusif de la logique générale comme organon.


D ) De la division de la logique transcendantale en analytique et dialectique transcendantales (page 150).

Dans la logique transcendantale nous nous intéressons à la partie de la pensée qui a son origine exclusivement dans l'entendement (n'oublions pas que cette logique s'applique aux concepts purs que nous exposerons ultérieurement). Cette pensée porte sur des connaissances qui ont rapport avec les objets donnés dans l'intuition (tout cela sera expliqué).

Cette partie de la logique transcendantale qui expose les éléments de la connaissance pure de l'entendement et les principes qui permettent de penser les objets donnés dans l'intuition est l'analytique transcendantale. Elle est une logique de la vérité (adéquation des concepts purs avec les données, (objets), de l'intuition). 

Mais il peut être tentant de penser à partir des seuls concepts purs de l'entendement (sans leur référence avec l'objet donné par l'intuition) et d'utiliser la logique transcendantale ainsi dépouillée de tout objet comme d'un organon  pour accroitre nos connaissances de manière abusive, connaissances qui ne sont que des illusions sophistiques. Cette autre partie de la logique transcendantale, employée de manière abusive, est alors appelée dialectique transcendantale.
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Critique de la raison pure - Page 7 Empty Re: Critique de la raison pure

Sam 30 Avr 2016 - 9:12
Réponse aux remarques de M. Dienekes.

(je reproduis ici les remarques de M. Dienekes)

Dienekes a écrit:
aliochaverkiev a écrit:Oui je vous cite le passage où Kant qualifie comme n'étant pas pure la proposition dont nous parlons.
C'est en page 94 de la Critique (édition poches GF), je cite :
"Ainsi, par exemple, la proposition  : tout changement a sa cause est-elle une proposition a priori, mais non point pure, étant donné que le changement est un concept qui ne peut être tiré que de l'expérience". Dans le texte Kant emploie le mot changement et je vois que nous, nous parlons de mouvement. Mais je pense que Kant pense aussi que le mouvement est un concept inclut dans celui de changement. [le mouvement est un changement de position spatiale].
Effectivement, ce passage était sous mon nez et je ne le retrouvais pas. Par contre, il m’a posé quelques soucis car il semble réellement contradictoire avec ce que dit Kant par la suite et même au paragraphe suivant :
Introduction de la seconde édition, II a écrit:Or, que des jugements de cette espèce, nécessaires et universels dans le sens strict et, par suite, purs, a priori, se trouvent réellement dans la connaissance humaine, il est facile de le montrer. Si l’on veux un exemple pris dans les sciences, on n’a que parcourir des yeux toutes les propositions de la mathématique ; si on en veut un tiré de l’usage le plus ordinaire de l’entendement, on peut prendre la proposition : Tout changement doit avoir une cause.
De même, je ne comprenais pas comment il pouvait s’inscrire avec le concept de causalité tiré de la table des catégories : qu’un concept pur de l’entendement ne permette pas de créer des propositions pures a priori, ça me semblait assez étrange.

Nous sommes en fait victimes d’une chausse-trape de notre ami Kant. Je travaille sur l’édition PUF qui ne mentionne rien sur ce point et j’ai l’impression que votre édition n’est pas plus bavarde. Par contre, j’ai également l’édition Pléiade qui se fend d’une note :
Note a écrit:On a ici un très bon exemple du vocabulaire kantien. La distinction apparemment claire entre a priori et « pur » va être négligée dès le paragraphe suivant, dans la nouvelle rédaction même de la deuxième édition, où la proposition donnée ici en exemple sera dite « pure », - Aussi bien cette proposition n’est-elle autre chose qu’un des principes de l’entendement pur, la deuxième analogie de l’expérience. Il n’y a pourtant pas là contradiction, ni même à proprement parler négligence, quoique la façon dont Kant use du vocabulaire soit une vraie source de difficultés. On voit bien dans ce texte que tout son effort va à définir une source du connaître (non une connaissance achevée) ; il n’y a pas assez de précautions prises alors pour la désigner dans sa différence d’avec l’autre source, et c’est ce que veut signifier la distinction d’a priori (signifiant « d’avance ») et de « pur ». Mais l’analyse se fait toujours dans une connaissance où jouent les deux sources. La source « pure » intervient toujours alors dans un rapport à l’autre source, donc a priori dans la terminologie ici proposée ; mais il en résulte que ce qui est a priori doit aussi être dit « pur ».
De plus, faisant quelques recherches sur internet, je suis tombé sur une thèse mentionnant cette apparente contradiction (Nathanael Masselot.  Temps et individuation :  le sens du transcendantal dans la philosophie de  Kant  et  de  Husserl  :  métaphysique,  ontologie,  phénoménologie.) en page 182, et qui mentionne un autre texte de Kant ou ce dernier s’explique sur ce point :
Kant, Sur l’usage des principes téléologiques en philosophie, avant-dernier paragraphe a écrit:Je voudrait encore, à cette occasion, dire ne serait-ce que quelques mots du reproche de prétendues contradictions, qui, dans une œuvre d’une certaine ampleur, auraient été découvertes avant qu’on l’ait bien saisie dans son ensemble. Elles s’évanouissent toutes d’elles-mêmes si on les considère dans leur rapport avec le reste. Dans la Leipzig Gelebrte Zeitung (numéro 94 de 1787), on présente ce qui se trouve dans la Critique, etc. (édition de 1787 : introduction, page 3, ligne 7), et ce qui se trouve peu après (page 5, ligne 1 et 2) comme directement contradictoires ; car dans le premier passage, j’avais dit : « Parmi les connaissances a priori, on appelle pures celles auxquelles rien d’empirique n’est mélangé », et j’avais cité comme exemple du contraire la proposition : « Tout changement a une cause. » En revanche, à la page 5, je cite juste cette même proposition comme exemple de connaissance pure a priori, c’est-à-dire d’une connaissance telle qu’elle ne dépend de rien d’empirique ; ce sont là deux sens différents du mot pur, alors que , dans tout l’ouvrage, je ne m’occupe que du dernier sens. Sans doute aurais-je pu prévenir le malentendu en donnant comme exemple du premier genre de proposition : « Tout ce qui est contingent a une cause. » Car, dans ce cas, rien d’empirique ne s’y mêle. Mais qui peut prévoir tout les prétextes à malentendu ?
Donc pour conclure, l’explication que vous donnez dans votre message du 21 février est parfaitement conforme à ce que Kant indique dans ce paragraphe. Simplement, il faut prendre garde que le mot « pur » employé ici n’est pas le même que celui que Kant emploiera dans le reste du texte, à commencer par le paragraphe suivant. Rien d’empirique n’est mêlé à la construction du jugement dans le premier sens de pureté (aucun concept empirique), le second se basant plutôt sur le fait qu’ils ne dépendent de rien d’empirique (ils sont « nécessaires et strictement universels », l’expérience n’est pas nécessaire pour les poser). Je ne suis pas certain que mon explication soit suffisamment claire, ce qui montre que ce n’est probablement pas encore bien clair dans la tête…



Le problème que nous pose Kant est celui de la définition des mots. 

En ce qui concerne les contradictions (qui ressortent de deux passages, l'un page 94, l'autre 95 - ce dernier passage vous le livrez vous dans une autre traduction que celle que j'ai dans l'édition de GF) je renvoie le lecteur au début de votre message reproduit ci-dessus, les deux textes étant les deux premiers textes de Kant, en blanc, que vous citez.

Simplifions cette contradiction pour le lecteur en notant que, dans une première expression Kant emploie le mot "pur" pour désigner un concept ou une connaissance où se mêle un contenu empirique, puis il emploie le même mot "pur" dans une seconde expression quasiment identique à la première, mais dans le sens "absolument indépendant de tout empirique".

Je vous reproduis ci-après un résumé d'un autre texte, résumé que j'ai fait dans un post précédent, le texte résumé se trouvant en page 94 de l'édition poche :

"Nous sommes en possession de certaines connaissances a priori, et même l'entendement commun n'est jamais sans posséder de telles connaissances.
Kant pose les critères permettant de distinguer une connaissance pure d'une connaissance empirique.
Voici ces critères :
S'il se trouve une proposition dont la pensée inclut en même temps sa nécessité  alors c'est un jugement a priori (si cette proposition dérive elle-même d'une proposition absolument nécessaire alors cette proposition est absolument a priori).
Si un jugement est pensé selon une rigoureuse universalité, c'est-à-dire de telle manière que pas la moindre exception ne soit admise comme possible  alors il s'agit d'un jugement a priori.
Nécessité et rigoureuse universalité sont donc des critères sûrs d'une connaissance a priori et renvoient inséparablement l'un à l'autre (un seul de ces critères donc suffit à définir une connaissance a priori)".




Quand on analyse ce texte nous voyons que Kant emploie indifféremment les mots a priori et pur, il semble identifier, dans leur sens, les deux mots. 

Quand j'ouvre "le Vocabulaire de Kant" de Jean-Marie Vaysse, page 17, il écrit "Est dit a priori ou pur", donc là encore les deux mots sont synonymes pour cet auteur.

Donc le sens du mot "pur" qui s'impose semble être un sens synonyme d'a priori.

Pour en revenir aux deux textes contradictoires, Kant lui-même, dans l'extrait que vous me communiquez ci-dessus (thèse de Nathanael Masselot) se défend quant à cette contradiction en arguant qu'il emploie le mot "pur" dans un sens (pour la première expression page 94 ) qu'il n'emploiera plus après, et qu'il faut prendre pour sens de pur, celui qu'il -dit il- emploie constamment, à savoir  un sens synonyme de a priori : est pure une connaissance telle qu'elle ne dépend en rien d'empirique.

Nous pourrions penser donc que le débat est clos, que Kant a une fois seulement utilisé le mot pur dans le sens "rien d'empirique n'est mêlé" (pureté donc au sens qu'il n' y a aucun contenu empirique dans la proposition étudiée), et que le mot pur vient en fait  renforcer le mot a priori.

Cela m'a paru convainquant, j'ai voulu tout de même examiner la contradiction des pages 94 et 95  et je me suis aperçu que je n'avais pas détecté cette contradiction en raison de la traduction adoptée par Alain Renaut dans l'édition poche (celle sur laquelle je travaille). En effet il traduit en page 95 le texte allemand par "purs jugements" et non par "jugements, purs," (comme cela est traduit dans votre édition). 

Pourtant je ne suis pas satisfait par la résolution du problème, ayant la certitude que Kant, dans ses textes, emploie très souvent le mot "pur" dans sa première acception, "non mêlé d'éléments empiriques", et non pas une seule fois !

J'en ai confirmation après avoir relevé partout le mot pur, au moins jusqu'à l'endroit où j'ai arrêté mon étude; je vous fais part du résultat de mes recherches dans un prochain post.


Dernière édition par aliochaverkiev le Sam 30 Avr 2016 - 21:05, édité 5 fois
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Sam 30 Avr 2016 - 16:47
aliochaverkiev a écrit:
Nous pourrions penser donc que le débat est clos, que Kant a une seulement utilisé le mot pur dans le sens "rien d'empirique n'est mêlé" (pureté donc au sens qu'il n' y a aucun contenu empirique dans la proposition étudiée), et que le mot pur vient en fait  renforcer le mot a priori.
Il le renforce en indiquant qu'il n'est pas aisé de déterminer l' a priori.
Kant - CrPure, Introduction, trad. Jules Barni a écrit:
Mais cette expression n’est pas encore assez précise pour faire comprendre tout le sens de la question précédente. En effet, il y a maintes connaissances, dérivées de sources expérimentales, dont on a coutume de dire que nous sommes capables de les acquérir ou que nous les possédons à priori, parce que nous ne les tirons pas immédiatement de l’expérience, mais d’une règle générale que nous avons elle-même dérivée de l’expérience. Ainsi, de quelqu’un qui aurait miné les fondements de sa maison, on dirait qu’il devait savoir à priori qu’elle s’écroulerait, c’est-à-dire qu’il n’avait pas besoin d’attendre l’expérience de sa chute réelle. Et pourtant il ne pouvait pas non plus le savoir tout à fait à priori ; car il n’y a que l’expérience qui ait pu lui apprendre que les corps sont pesants, et qu’ils tombent lorsqu’on leur enlève leurs soutiens.
Et il enfonce le clou quelques lignes plus loin :
Kant - CrPure, Introduction, trad. Jules Barni a écrit:
Parmi les connaissances à priori, celles-là s’appellent pures, qui ne contiennent aucun mélange empirique. Ainsi, par exemple, cette proposition : tout changement a une cause, est une proposition à priori, mais non pas pure, parce que l’idée du changement ne peut venir que de l’expérience.
aliochaverkiev a écrit:
Cela m'a paru convainquant, j'ai voulu tout de même examiner la contradiction des pages 94 et 95  et je me suis aperçu que je n'avais pas détecté cette contradiction en raison de la traduction adoptée par Alain Renaut dans l'édition poche (celle sur laquelle je travaille). En effet il traduit en page 95 le texte allemand par "purs jugements" et non par "jugements, purs," (comme cela est traduit dans votre édition). Alain Renaut s'en sort par une pirouette qu'un lecteur français, qui ne dispose que de cette traduction et qui ne connaît pas l'allemand ne peut pas voir. Pourtant M. Renaut sait bien qu' en français, pur jugement n'est pas compris de la même façon que jugement pur !
La traduction d'Alain Renaut me semble explicite car il ne s'arrête pas à dire "purs jugements", mais "purs jugements a priori.
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Sam 30 Avr 2016 - 17:45
Vangelis a écrit:
aliochaverkiev a écrit:
Nous pourrions penser donc que le débat est clos, que Kant a une seulement utilisé le mot pur dans le sens "rien d'empirique n'est mêlé" (pureté donc au sens qu'il n' y a aucun contenu empirique dans la proposition étudiée), et que le mot pur vient en fait  renforcer le mot a priori.
Il le renforce en indiquant qu'il n'est pas aisé de déterminer l' a priori.
Kant - CrPure, Introduction, trad. Jules Barni a écrit:
Mais cette expression n’est pas encore assez précise pour faire comprendre tout le sens de la question précédente. En effet, il y a maintes connaissances, dérivées de sources expérimentales, dont on a coutume de dire que nous sommes capables de les acquérir ou que nous les possédons à priori, parce que nous ne les tirons pas immédiatement de l’expérience, mais d’une règle générale que nous avons elle-même dérivée de l’expérience. Ainsi, de quelqu’un qui aurait miné les fondements de sa maison, on dirait qu’il devait savoir à priori qu’elle s’écroulerait, c’est-à-dire qu’il n’avait pas besoin d’attendre l’expérience de sa chute réelle. Et pourtant il ne pouvait pas non plus le savoir tout à fait à priori ; car il n’y a que l’expérience qui ait pu lui apprendre que les corps sont pesants, et qu’ils tombent lorsqu’on leur enlève leurs soutiens.
Et il enfonce le clou quelques lignes plus loin :
Kant - CrPure, Introduction, trad. Jules Barni a écrit:
Parmi les connaissances à priori, celles-là s’appellent pures, qui ne contiennent aucun mélange empirique. Ainsi, par exemple, cette proposition : tout changement a une cause, est une proposition à priori, mais non pas pure, parce que l’idée du changement ne peut venir que de l’expérience.
aliochaverkiev a écrit:
Cela m'a paru convainquant, j'ai voulu tout de même examiner la contradiction des pages 94 et 95  et je me suis aperçu que je n'avais pas détecté cette contradiction en raison de la traduction adoptée par Alain Renaut dans l'édition poche (celle sur laquelle je travaille). En effet il traduit en page 95 le texte allemand par "purs jugements" et non par "jugements, purs," (comme cela est traduit dans votre édition). Alain Renaut s'en sort par une pirouette qu'un lecteur français, qui ne dispose que de cette traduction et qui ne connaît pas l'allemand ne peut pas voir. Pourtant M. Renaut sait bien qu' en français, pur jugement n'est pas compris de la même façon que jugement pur !
La traduction d'Alain Renaut me semble explicite car il ne s'arrête pas à dire "purs jugements", mais "purs jugements a priori.
Non je ne suis pas d'accord avec vous, "purs jugements a priori", ce n'est pas la même traduction que "jugements, purs, a priori". Non. C'est "un pur plaisir" ce n'est pas la même chose "qu'un plaisir pur"; "un pur bonheur" ce n'est pas pareil "qu'un bonheur pur"; non. Si vous êtes écrivain vous n'employez pas ces locutions en pensant qu'elles s'équivalent. 

Nous sommes manifestement là dans la subjectivité, je propose donc de clore là ce débat.

La question telle que l'a exposée M. Dienekes (voir son étude ci-dessus) est en fait celle-ci : 

Est-ce que le mot "pur" signifie  : il n' y a rien d'empirique qui soit mêlé à un concept, une proposition, une connaissance
Ou est-ce que le mot "pur" vient renforcer cette définition de l' a priori : ne dépendre en rien de l'empirique.

Le débat est ouvert car Kant utilise la même expression, celle que vous citez ci-dessus, en lui donnant deux sens différents (voir l'étude de M. Dienekes).
Invité à s'expliquer, il a affirmé qu'il n'avait employé le mot pur dans le sens "rien n'est mêlé d'empirique" qu'une seule fois et qu'il l'avait ensuite utilisée toujours dans le sens du renforcement de l'idée d' a priori (du moins si j'en crois les extraits communiqués ci-dessus par M. Dienekes).

Or je peux relever des développements fréquents de Kant où le mot "pur" a ce sens bien précis : "rien n'est mêlé d'empirique", ce qui entre en contradiction avec son affirmation de ne l'avoir employé qu'une seule fois dans ce sens.

Mais il y a plus, le mot pur est associé aussi à la "forme" chez Kant, et c'est en fait cela qu'il convient de souligner.

Je recense ces expressions et je vous les communique ici dès que possible.
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Sam 30 Avr 2016 - 20:21
En définitive j'ai choisi ces quelques passages pour illustrer l'étendue du sens du mot "pur" dans  la Critique de  la raison pure (il s'agit toujours de l'édition poche de GF).

Page 118 : [en parlant des formes pures de la sensibilité, Kant écrit ce qui suit] 

"Je nomme pures ...toutes  les représentations  [dans  l'intuition] dans lesquelles ne se rencontrent rien qui appartienne à la sensation... La forme pure des intuitions sensibles se trouve a priori dans l'esprit"

Page 143 : "Les deux éléments [intuition et concepts] sont ou purs ou empiriques. Empiriques si une sensation y est connue; purs si à la représentation n'est mêlée aucune sensation [la sensation correspond à la matière de l'intuition, donnée donc par l'expérience].
Une intuition pure contient exclusivement la forme sous laquelle quelque chose est intuitionnée et un concept pur uniquement la forme de la pensée d'un objet en général. Ce sont uniquement des intuitions pures ou des concepts purs qui sont possibles a priori"

Ce qui est intéressant dans ces extraits c'est que le mot "pur" Kant l'emploie en association avec les formes de la sensibilité et de l'entendement. Quand il parle de ces formes pures il entend "formes" vidées de tout, absolument tout contenu. Il invite alors son lecteur à tenter de concevoir une forme vidée de tout contenu. Concevoir les formes pures de l'espace et du temps vidées de tout contenu n'est pas si simple, mais il est possible d'y arriver  en recourant à l'imagination. Concevoir un concept pur vidé de tout contenu est assez difficile et nous atteignons là une abstraction absolue dont est expulsé tout mot qualificatif (ainsi la substance finit par être construite en évacuant le mot substance lui-même, qui n'est plus alors que le sujet dernier d'une attribution).
Ainsi dans le cas de ces formes, le mot "pur" a un sens qui lui est propre, car il ne s'agit même plus de vider ces formes de tout empirisme, mais de les vider d'absolument tout.

Je ne reviens pas sur les autres sens du mot pur, dont il débattu dans le post précédent, sinon pour faire remarquer qu'en effet Kant emploie à nouveau, dans d'autres expressions le mot "pur" au sens  : "non mêlé d'empirique". Mais il ne semble pas que cela soit finalement très important.

Nous voyons aussi que le mot "a priori" a un sens particulier s'agissant des formes pures de la sensibilité. Elles sont a priori en cela qu'elles sont dans l'esprit. Il s'agit presque d'une localisation  organique interne et les neurospsy (attention M. Crosswind va bondir ! -je plaisante, bien sûr!-) parleraient d'une localisation cérébrale.
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Dim 1 Mai 2016 - 12:34
aliochaverkiev a écrit:
Non je ne suis pas d'accord avec vous, "purs jugements a priori", ce n'est pas la même traduction que "jugements, purs, a priori". Non. C'est "un pur plaisir" ce n'est pas la même chose "qu'un plaisir pur"; "un pur bonheur" ce n'est pas pareil "qu'un bonheur pur"; non. Si vous êtes écrivain vous n'employez pas ces locutions en pensant qu'elles s'équivalent. 
L'adjectif peut se placer avant ou après le nominatif sans que cela ne change le sens, sauf exception comme un brave homme et un homme brave, par exemple. Et placé avant le nominatif, l'adjectif se voit dans certains cas renforcé. Un pur plaisir et un plaisir pur a exactement le même sens. D'un point de vue stylistique c'est autre chose, mais ça ne change pas la définition.
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Lun 2 Mai 2016 - 18:38
Je rouvre le sujet. Aucun hors-sujet ne sera toléré.
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Lun 2 Mai 2016 - 19:26
Pour information, il suffi de taper "pur placé devant un nom" sur internet, vous tomberez immédiatement sur une note de M. Bertrand Boutin, concernant la place de l'adjectif épithète. Dans cette étude il ressort que certains adjectifs  n'ont pas le même sens selon qu'ils sont placés avant ou après le nom qu'ils qualifient.

Parmi ces adjectifs il y a le mot "pur".
Lequel signifie   "absolument" devant le nom et "non mélangé " après le nom. 
Cet adjectif a donc le sens de "non mélangé" comme il est question chez Kant APRES le nom. Il ne déroge à cette règle que dans quelques cas particuliers (pur-sang, pur laine).
M. Aliochaverkiev a donc bien étayé son jugement.

Je précise que j'ai enseigné pendant près de 40 ans le français (jusqu'en classe de première) et que je continue de l'enseigner auprès d'élèves à former dans le cadre de l 'Alliance Française (qui donc me fait confiance) pour former des enseignants.
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Lun 2 Mai 2016 - 21:07
Vangelis a écrit:
aliochaverkiev a écrit:
Non je ne suis pas d'accord avec vous, "purs jugements a priori", ce n'est pas la même traduction que "jugements, purs, a priori". Non. C'est "un pur plaisir" ce n'est pas la même chose "qu'un plaisir pur"; "un pur bonheur" ce n'est pas pareil "qu'un bonheur pur"; non. Si vous êtes écrivain vous n'employez pas ces locutions en pensant qu'elles s'équivalent. 
L'adjectif peut se placer avant ou après le nominatif sans que cela ne change le sens, sauf exception comme un brave homme et un homme brave, par exemple. Et placé avant le nominatif, l'adjectif se voit dans certains cas renforcé. Un pur plaisir et un plaisir pur a exactement le même sens. D'un point de vue stylistique c'est autre chose, mais ça ne change pas la définition.
Je reste donc dans le sujet ouvert ci-dessus à propos du mot "pur" pour simplement renvoyer aux considérations sur le mot pur exprimées par Arcturus.

Et je continue mon développement sur Kant, si toutefois cela est toujours d'actualité.
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aliochaverkiev
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Mar 3 Mai 2016 - 7:29
I ) Première division de la logique transcendantale  : l'analytique transcendantale (page 153)


Il s'agit d'identifier tous les éléments de la connaissance pure de l'entendement, ces éléments étant les concepts purs.
Pour trouver un guide dans cette recherche de la totalité de ces concepts purs  Kant va s'armer d'une Idée de la totalité que constitue cette connaissance a priori. 

"Ainsi l'ensemble de la connaissance de l'entendement constituera-t-il un système à saisir et à déterminer sous une Idée"

Cette partie de la logique transcendantale (l'autre partie étant la dialectique transcendantale) se composera de deux livres  dont l'un contient les concepts, l'autre les principes de l'entendement pur.


Livre I : analytique des concepts.


Il s'agit de décomposer le pouvoir même de l'entendement pur en "traquant "(vocabulaire de Kant) les concepts purs.

A )  Chapitre premier : du fil conducteur permettant de découvrir tous les concept purs de l'entendement.

1) Première section : du fil conducteur transcendantal de la découverte de tous les concepts purs de l'entendement c'est-à-dire : de l'usage logique de l'entendement en général.

L'entendement n'est pas un pouvoir d'intuition. En dehors de l'intuition il n' y a pas d'autre manière de connaître que par l'intermédiaire de concepts. La connaissance de l'entendement (humain) est une connaissance par concepts, non intuitive, mais discursive (qui repose sur le raisonnement).

Les intuitions en tant que sensibles reposent sur des affections

Les concepts, eux, reposent sur des fonctions.


" J'entends par fonction l'unité de l'action consistant à ordonner des représentations diverses sous une représentation commune" (page 155)

Il est important de s'arrêter à cette définition.

Une fonction c'est une action, une action qui implique une unité agissante, la fonction elle-même étant de faire correspondre à un divers (de représentation) une unité de représentation, un commun de représentation, cette correspondance étant ordonnée.
 
Pour employer un langage mathématique, le concept est une fonction (la fonction est elle-même, dans sa mise en œuvre, l'effet d'une unité décidante) faisant correspondre à plusieurs variables une seule image selon un ordre donné par la fonction elle-même.
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